La charte des valeurs, entre division et inclusion

Qui est le collectif derrière la manifestation contre la charte?

Les explications de Normand Grondin

Une première marche contre le projet de Charte des valeurs québécoises est organisée samedi, à Montréal, par le Collectif québécois contre l'islamophobie. Outre son porte-parole, le Montréalais Adil Charkaoui, l'identité de ce groupe demeure très floue.

Le Collectif québécois contre l'islamophobie n'a pas de statut légal, ni de numéro de téléphone, seulement un site Internet. L'organisation ne compte pas d'autres membres connus que M. Charkaoui. Interrogé à ce sujet, ce dernier a été avare de commentaires.

Des liens avec des personnages controversés

Salam Elmenyawi Salam Elmenyawi

Lors d'une conférence de presse du collectif, jeudi, Adil Charkaoui était accompagné du président du Conseil musulman de Montréal, Salam Elmenyawi, et de Hajar Jerroumi. Tous deux ont donné leur appui, il y a deux semaines, à un groupe de jeunes musulmans, le collectif 1ndépendance, qui voulait faire venir à Montréal des prédicateurs islamistes controversés ayant tenu des propos sexistes sur les femmes.

Le collectif de M. Charkaoui avait également soutenu la venue de ces prédicateurs au nom de la liberté d'expression et des minorités religieuses.

Rappelons également que l'imam Salam Elmenyawi avait fait des démarches auprès du ministère de la Justice en 2004 pour instaurer au Québec une cour islamique, soit un tribunal de médiation et d'arbitrage basé sur la charia. 

Qui est Adil Charkaoui?

Originaire du Maroc, Adil Charkaoui a été arrêté en mai 2003 en vertu d'un certificat de sécurité. Après plus de 21 mois d'incarcération, il a été remis en liberté en 2005 par un juge de la Cour fédérale, qui lui a néanmoins imposé de strictes conditions, dont le port d'un bracelet électronique. Son certificat de sécurité a été révoqué depuis. En septembre 2009, il a réclamé des excuses officielles du gouvernement, qu'il n'a pas obtenues. En 2011, il annonçait son intention de poursuivre le gouvernement fédéral, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et l'Agence des services frontaliers du Canada pour 26 millions de dollars. Le gouvernement canadien se défend pour sa part d'avoir injustement traité Adil Charkaoui.

Des propos durs envers le collectif

Durant la conférence de jeudi, Adil Charkaoui a parlé de ses « partenaires de la communauté sikhe, juive et musulmane » avec lesquels il entreprenait des actions. La communauté juive s'est par après clairement distanciée du collectif. Dans un communiqué publié vendredi, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes a affirmé ne pas avoir l'intention de participer à la manifestation même s'il s'oppose à la charte, puisqu'il refuse d'être associé aux organisateurs « qui comprennent des intégristes religieux radicaux ».

« La communauté juive parle de sa propre voix et n'acceptera pas d'être cooptée ou manipulée par les objectifs douteux de certains des organisateurs de la manifestation qui comprennent des intégristes religieux radicaux avec lesquels la communauté juive ne fera jamais cause commune.  » — Centre consultatif des relations juives et israéliennes

Le Congrès maghrébin de Montréal a, pour sa part, invité tous les Québécois à participer à la manifestation de samedi. La communauté sikhe ne nous a pas rappelés.

Le Collectif québécois contre l'islamophobie affirme que 5500 personnes se sont inscrites sur sa page Facebook pour participer à la marche, qui doit se mettre en branle à midi, à la place Émilie-Gamelin.

Avec les informations de Normand Grondin

La charte des valeurs, un débat de société