Déménagement : ces propriétaires qui craignent les accents

Camion de déménagement

Dénicher un nouveau logis peut s'avérer difficile pour toutes les familles québécoises, mais en cette saison des déménagements la tâche est souvent plus difficile encore pour les nouveaux arrivants. Trahis par leur accent étranger, plusieurs immigrants sont discriminés par certains propriétaires.

« Ce n'est pas arrivé à une ou deux personnes, c'est vraiment une expérience généralisée », explique la conseillère en immigration au Carrefour le Moutier de Longueuil, Ève Palardy. Elle explique qu'il y a deux types de discrimination auxquels doivent faire face les immigrants : les discriminations consciente et inconsciente.

Le premier type se manifeste lorsqu'un propriétaire prétend que son logement est loué lorsqu'il entend un accent étranger. Le second est plus insidieux. Il peut se manifester devant une difficulté de communication. En voulant éviter des problèmes appréhendés, le propriétaire rejette la candidature. « Des fois, quand il voit que c'est trop compliqué - peut-être par peur d'avoir des problèmes dans le futur de communication avec un locataire - il va préférer passer au suivant. »

« Naturellement, les accents sont le reflet de l'origine », explique le professeur de psychologie sociale à l'UQAM, Richard Bourrice. « Les propriétaires vont utiliser l'accent étranger comme un filtre. C'est illégal, mais ils vont le faire quand même. »

La situation est familière pour Lazare Vertu qui vit pourtant au Québec depuis 37 ans. Son accent le trahit toujours malgré toutes ces années. Il se fait encore répondre que le logement vient d'être loué, alors que sa collègue - sans accent - téléphone ensuite pour se faire offrir le logement.

L'homme, qui travaille au Bureau consultation jeunesse, aide des jeunes qui se retrouvent dans cette situation à dénicher un appartement. M. Vertu souligne que ces immigrants finissent par se retrouver dans des ghettos, à Montréal ou à Longueuil, où l'on accepte de leur louer un appartement. « Cette même société [qui les forcent à louer dans des ghettos] va les critiquer », déplore M. Vertu. « Ils vont dire "ces gens-là vivent en ghettos, on ne comprend pas pourquoi". Je pense que les gens doivent se poser des questions. »

La Commission des droits de la personne n'a reçu aucune plainte à ce sujet cette année. Le personnel de la commission souligne que peu d'immigrants osent se plaindre. De plus, il est difficile de prouver ce type de discrimination.

D'après un reportage de Marie-Laure Josselin

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