Amiante : Québec rendra les registres publics

De l'amiante dans les murs

Le gouvernement Marois cède aux pressions et s'engage à rendre publics les registres des établissements qui contiennent de l'amiante.

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a pris cette décision à la suite de la diffusion d'un reportage de Radio-Canada, qui révélait lundi qu'au moins une centaine d'établissements de santé et de services sociaux contiennent de l'amiante.

La liste des établissements, obtenue grâce à une demande d'accès à l'information, comprend entre autres le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), des CLSC et des centres jeunesse.

« Notre objectif est de rendre ce registre public et transparent pour que les travailleurs du Québec sachent où ils mettent les pieds quand ils font des travaux d'entretien et de réparation », a expliqué le ministre de la Santé à Radio-Canada.

Les registres, poursuit M. Hébert, vont permettre de connaître le niveau d'amiante contenu dans chacun des édifices et de savoir comment procéder lors des travaux pour éviter que les particules d'amiante se propagent dans l'air.

Le ministre de la Santé confirme tout de même l'utilisation de l'amiante dans la construction d'édifices publics, comme le CHUM et le CUSM, mais soutient qu'elle n'est pas dangereuse pour la population et les travailleurs.

Le ministre Hébert admet toutefois qu'il faudra réfléchir à l'utilisation et à la production de l'amiante au Québec. « Il faudra réfléchir sur l'utilisation de l'amiante au Québec et surtout sur son exportation, confie-t-il. Ça, c'est une réflexion en cours actuellement au gouvernement. »

Conscient de l'impact économique de telles mesures sur la région de l'amiante, le ministre de la Santé précise que le gouvernement a allongé 50 millions de dollars pour aider les acteurs socio-économiques concernés à diversifier leur économie. « On va faire tout ce qu'il faut pour que cette région-là puisse réorienter son économie vers des choses qui ont beaucoup plus d'avenir que la fibre d'amiante », conclut-il.

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Une politique de l'amiante

Mardi matin, le coprésident de la Société pour vaincre la pollution, Daniel Green, déclarait sur les ondes de Radio-Canada avoir « appris qu'il y a des tuyaux ciment-amiante installés dans les derniers six mois dans les nouveaux hôpitaux et les hôpitaux en rénovation au Québec ».

« Au Québec, encore aujourd'hui, on a une politique d'utilisation accrue de l'amiante. Le gouvernement Marois n'a pas enlevé cette politique des livres [...] Même si on a fermé nos mines au Québec, l'amiante continue à être mis dans les hôpitaux. » — Daniel Green

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert, a confirmé les révélations de M. Green. « On est au courant de ça », a confié M. Hébert, mais « l'amiante qui est dans ces tuyaux-là est bien encapsulé et ne cause pas de problème au niveau de la santé », a-t-il tenu à dire, se faisant rassurant. 

« Ce n'est pas les vapeurs d'amiante qui sont nocives, ce sont les fibres, poursuit M. Hébert. Et, ça, ça ne traverse pas les murs. Alors, l'amiante qui est dans les murs et les plafonds n'a pas d'effet sur la santé des gens. Il n'y a pas d'amiante à l'air libre. »

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) avait ajouté sa voix pour réclamer un registre des établissements dans lesquels il y a de l'amiante, afin de permettre aux travailleurs de prendre les mesures de prévention nécessaires.

« Il y a eu un règlement en ce sens qui a été prépublié en décembre dernier », avait expliqué le ministre Hébert. Le règlement devrait entrer en vigueur en juin, et le gouvernement procédera « à l'inspection de tous les bâtiments pour être en mesure de déterminer quel est le niveau d'amiante et comment on doit procéder lorsqu'on fait des travaux d'entretien et de réparation ».

La CSN presse le gouvernement de mettre en application ce règlement prônant la gestion sécuritaire de l'amiante le plus rapidement possible. Le règlement obligera les employeurs à localiser les matériaux susceptibles de contenir de l'amiante, à vérifier la présence d'amiante dans ces matériaux et à apporter les correctifs qui s'imposent pour assurer la sécurité des travailleurs.

« Nous espérons que les employeurs se soumettront au règlement en collaboration avec nos syndicats, car nous avons tous intérêt à faire le travail de façon diligente et vigilante, puisque c'est la santé de tout un chacun dont il est question ici », précise le vice-président de la CSN, Jean Lacharité.

Un danger pour la population

Le coprésident de la Société pour vaincre la pollution, Daniel Green, maintient que l'amiante demeure un danger pour la population. « L'amiante est la plus importante cause de maladies professionnelles et de mortalité compensées par la CSST tous les ans », avance-t-il.

Il souligne qu'entre 3000 et 4000 personnes meurent chaque année à cause de l'amiante en France, et ce, même si l'amiante a été banni de ce pays depuis plusieurs années.

De son côté, le coporte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, estime que la solution s'impose d'elle-même. « Il faut bannir l'amiante » du Québec, dit-il, invoquant le consensus international des milieux scientifiques sur ses dangers pour la santé humaine. Il déplore d'ailleurs que le gouvernement se laisse influencer lorsqu'il y a des enjeux industriels.

« Le gouvernement nie l'évidence, essaie de cacher les choses ou refuse de reconnaître la dure réalité. C'est qu'il faut qu'on se débarrasse de l'amiante », soutient-il.

La CSN prône également l'interdiction de l'amiante et demande au gouvernement canadien de l'inclure dans la liste des produits dangereux prévue dans la convention de Rotterdam.

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