Droits de scolarité au Québec : un débat de société

L'ASSE boycotte le Sommet sur l'enseignement

Les explications de Sébastien Bovet

L'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), qui représente 70 000 étudiants, ne sera pas du Sommet sur l'enseignement supérieur prévu la fin du mois.

Les porte-parole de l'organisme en ont fait l'annonce ce matin au cours d'une conférence de presse. Ils soutiennent que le sommet ne permettra pas une vraie réflexion sur l'avenir du système d'éducation postsecondaire, mais qu'« il servira plutôt à légitimer des décisions déjà prises derrière des portes closes. »

L'ASSE, qui prône la gratuité scolaire, s'estime trahie par le gouvernement et soutient qu'elle « ne peut se permettre de légitimer le processus du sommet » dans la mesure où la gratuité n'est pas sur la table.

« Devoir payer pour étudier, c'est nous placer en situation de client ou de cliente face à l'université et non d'un étudiant qui aspire au savoir et à la culture. C'est ça que nous revendiquons. » — Blandine Parchemal, porte-parole de l'ASSE

Les porte-parole étudiants dénoncent également le fait que le sommet ne durera qu'une journée et demie. Ils estiment qu'il sera impossible d'avoir des discussions de fond en si peu de temps.

En 2009-2010, il y avait au Québec 275 472 étudiants universitaires et 213 821 cégépiens. L'ASSE en représente environ 15 %.

Pauline Marois dénonce cette décision

La première ministre Pauline Marois dans les couloirs de l'Assemblée nationale, le 14 février 2013 La première ministre Pauline Marois

La première ministre, Pauline Marois a soutenu que c'était « dommage » que l'ASSE ne participe pas au sommet. « Ils se privent d'un forum, d'un lieu de prise de parole où ils auraient pu faire valoir leur point de vue, » a-t-elle ajouté.

Pour sa part, le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a estimé qu'il s'agissait d'une décision surprenante, puisque l'ASSE a pris part, au cours des dernières semaines, aux rencontres préparatoires.

« C'est la politique de la chaise vide, ils vivront avec les conséquences de leur décision. » — Pierre Duchesne, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie

Le château de cartes du gouvernement s'écroule, croit le PLQ

L'opposition libérale soutient que le gouvernement a fait trop de promesses aux étudiants et qu'il est donc normal que cela génère maintenant des déceptions. « Le château de cartes du ministre s'écroule aujourd'hui », a soutenu le député libéral de Laurier-Dorion, Gerry Sklavounos, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'enseignement supérieur.

Du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), le porte-parole Jean-François Del Torchio soutient que le parti aurait préféré « que tous les acteurs soient autour de la table », mais, en fin de compte, « c'est leur décision de s'exclure eux-mêmes. »

Pour sa part, la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, en a profité pour dénoncer la gestion du dossier de la part du Parti québécois, l'accusant d'avoir changé de position depuis son arrivée au pouvoir. Elle dit comprendre le départ de l'ASSE dans ces circonstances.

« C'est le gouvernement du Québec qui est responsable de cette exclusion d'une large partie du mouvement étudiant. » — Françoise David
Point de presse de Françoise David le 14 février 2013 Point de presse de Françoise David le 14 février 2013

Québec solidaire sera quand même présent au sommet pour défendre l'idée de la gratuité, mais manifestera aussi à l'extérieur avec les étudiants.

Quant à la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU), qui déposait aujourd'hui un nouveau rapport sur le financement des universités, son porte-parole a trouvé « regrettable » que l'ASSE ne soit pas présente au Sommet sur l'enseignement.

Manifestation en marge du sommet

L'ASSE tiendra une manifestation nationale mardi 26 février, en marge du sommet. Huit associations étudiantes regroupant environ 15 000 étudiants ont voté la tenue d'une journée de grève pour y prendre part. Au cours des prochains jours, 33 associations étudiantes représentant quelque 60 000 étudiants tiendront des assemblées de grève.

L'organisation étudiante a promis de poursuivre ses moyens de pression si c'est l'option de l'indexation qui est retenue au sommet.

Qui sont les porte-parole de l'ASSE?

Jérémie Bédard-Wien, 20 ans, est finissant au cégep Saint-Laurent en sciences humaines. L'automne prochain, il compte s'inscrire en sciences politiques à l'UQAM

Blandine Parchemal, 24 ans, détient une maîtrise de la Sorbonne, à Paris. Au Québec depuis septembre 2011, elle est étudiante au doctorat en philosophie à l'Université de Montréal; sa thèse porte sur le rôle de l'université dans la société.

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