Policier suspendu sans salaire pour brutalité envers un aîné

Le reportage d'Anne-Louise Despatie

La famille de l'homme de 85 ans brutalisé par un agent de la Sûreté du Québec en juin 2009 est déçue de la sanction imposée par le Comité de déontologie policière. Le Comité a suspendu le policier Vincent Langlais sans salaire pendant 17 jours, insistant sur le fait qu'il n'a pas exprimé de regrets pour sa conduite et que « rien ne permet de croire qu'il a tiré une leçon de ces événements ».

Le fils d'Yvon Trudel, Gérald Trudel, estime que la sanction n'est pas suffisante.

« Si on transposait cette situation-là avec un citoyen normal, qui aurait agi de la sorte avec une personne âgée, le traîner au sol, le tirer de force, l'injurier [...] d'après moi, il y aurait des poursuites criminelles. » — Gérald Trudel

Rappel des faits

Le 5 juin 2009, Yvon Trudel était attablé au restaurant Plaza Deli, à Salaberry-de-Valleyfield, en face de la résidence pour aînés où il demeurait. L'agent Langlais est alors entré dans l'établissement, alerté par une préposée de la résidence qui avait demandé de l'aide afin de retrouver un aîné qui n'avait pas la permission de sortir seul.

Ayant repéré M. Trudel, l'agent lui a ordonné de le suivre. L'aîné voulait finir son repas, Vincent Langlais a donc essayé de le sortir de force et l'a traîné par terre.

Dix jours après cet incident, Yvon Trudel a fait un infarctus. Il est mort quatre mois plus tard.

En juillet 2012, le comité de déontologie policière avait blâmé l'agent Langlais, estimant qu'il avait fait preuve d' « un manque flagrant de jugement et d'incompétence grossière ». Il soulignait également que le policier n'avait pas pris la peine d'aborder M. Trudel de façon appropriée ni de se renseigner plus à fond sur l'information qui lui avait été communiquée, à savoir si l'aîné était effectivement en danger s'il sortait seul. De plus, il aurait dû prendre en compte, vu l'âge de M. Trudel, les risques que pourrait comporter le recours à la force.

« L'intérêt public est desservi lorsqu'un policier, tel que l'agent Langlais l'a fait à l'intérieur du Plaza Deli, agit par automatisme et de manière autoritaire lorsqu'il intervient auprès d'une personne âgée afin de la ramener à la résidence privée pour personnes âgées où elle habite, au lieu de faire enquête, par des moyens qui sont respectueux des droits de cette personne, afin d'être en mesure d'apprécier si le fait d'être sortie seul peut présenter un danger pour elle. » — 

De plus, le comité souligne qu'« en posant des actes fondés sur l'âge de M. Trudel, l'agent Langlais a porté atteinte aux droits fondamentaux de ce dernier. »

L'agent a 30 jours pour faire appel.

Avec les informations d'Anne-Louise Despatie