Placement syndical : un nouveau système impossible à respecter, dit la FTQ

Le reportage de Benoit Giasson

Fini, le « placement syndical » dans l'industrie de la construction. Une loi entrée en vigueur dimanche stipule que les travailleurs et employeurs de cette industrie doivent désormais passer par une plateforme de placement pour obtenir un emploi ou recruter des employés. Le problème, toutefois, est que cette plateforme n'existe toujours pas.

Résultat, dès la reprise des activités lundi, l'industrie de la construction tombera dans « un vide », dénonce le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, furieux que les députés de l'Assemblée nationale se « foutent » des travailleurs, pour reprendre son expression.

Au départ, l'élimination du placement d'employés par les syndicats devait arriver au même moment où le Service de référence de la main-d'oeuvre de l'industrie de la construction, administré par la Commission de la construction du Québec, allait être mis en place. Or ce système - qui doit servir d'intermédiaire entre les syndicats et les entrepreneurs - n'a pas encore vu le jour. Il devrait être en activité le 9 septembre 2013 seulement.

Devant l'impasse, M. Ouellet dénonce une situation « inacceptable », une loi « impossible à respecter », car elle oblige les syndicats à passer par une plateforme qui n'existe pas. Il exhorte les députés de l'Assemblée nationale à se concerter et à en venir à solution rapidement.

À la Confédération des syndicats nationaux (CSQ), secteur Construction, on est loin de s'alarmer de la même façon. Pour ce syndicat, l'abolition du placement syndical dans l'industrie de la construction est « une grande victoire ». La CSQ-Construction se désole que le règlement encadrant la référence de la main d'oeuvre n'ait pas encore été adopté, mais soutient que l'industrie « ne s'en trouvera pas paralysée » pour autant.

« Il est clair que les législateurs doivent prendre leurs responsabilités et s'entendre dans les meilleurs délais pour que le règlement soit adopté en tout respect [...] de la loi qui proscrit les communications entre un syndicat et un employeur, pour ce qui a trait à l'embauche », a indiqué le président de la CSN-Construction, Aldo Miguel Paolinelli, dans un communiqué diffusé dimanche.

Le syndicat dit avoir communiqué avec tous ses membres afin qu'ils fassent systématiquement part de leur disponibilité d'emploi à la CCQ.

« Tout ce qui change demain [lundi], c'est que les syndicats ne pourront plus entrer en contact directement avec les employeurs pour leur imposer leurs propres membres », a déclaré M. Paolinelli. « Il y aura un grand progrès dès maintenant », a-t-il ajouté. « Les employeurs devront désormais déclarer toutes leurs embauches et toutes leurs mises-à-pied: une mine d'informations considérable pour les organisations syndicales qui souhaitent combattre le travail clandestin, la discrimination et les entorses aux conventions collectives. »

Rejoint par La Presse Canadienne samedi, le cabinet de la ministre du Travail, Agnès Maltais, a refusé de commenter l'affaire. Elle doit se prononcer à ce sujet lundi, au terme d'une fin de semaine fort inquiétante pour M. Ouellet et les membres qu'il représente.

À la mi-novembre, Mme Maltais a proposé un projet de loi visant à retarder l'entrée en vigueur de la loi sur l'élimination du « placement syndical » dans l'industrie de la construction, mais sans succès.

Puisque le nouveau mécanisme de référence présenté par la ministre Maltais laissait aux employeurs la possibilité d'entrer en contact avec les syndicats pour combler leurs besoins de main-d'oeuvre, la Coalition avenir Québec et le Parti libéral du Québec s'y sont vivement opposés.

Pour ces deux partis, ce règlement reniait les principes fondamentaux de la loi 30, adoptée à l'unanimité il y a un an pour favoriser le pluralisme syndical et empêcher l'hégémonie exercée par certaines centrales sur les chantiers.