Recours collectif : témoin expert entendu malgré l'objection des cigarettiers

Tabac : recours collectif

La Cour supérieure du Québec a reconnu à l'historien américain Robert Proctor le statut de témoin expert dans le cadre d'un recours collectif contre les compagnies de tabac, malgré les objections des fabricants.

Le tribunal s'est rendu aux arguments de la poursuite, qui a fait valoir, jeudi, qu'il était apte à être un témoin expert dans cette cause-ci. Détenteur d'un doctorat de l'Université Harvard, M. Proctor enseigne l'histoire des sciences à l'Université Stanford, en Californie. Il a témoigné à 30 procès en plus d'avoir écrit de nombreux articles sur le sujet.

Les avocats des cigarettiers ont tenté sans succès de miner sa crédibilité, dénonçant de nombreuses déclarations controversées qui prouvent selon eux qu'il n'est pas impartial dans cette affaire.

M. Proctor a déjà décrit les responsables de l'industrie du tabac comme des menteurs, des coquerelles, des vendeurs de drogues, des manipulateurs d'enfants ou même des marchands de cancer. Il a également déclaré que les cigarettes devraient être abolies.

À l'issue de la décision du tribunal, Robert Proctor témoignera pendant quatre jours. Il viendra entre autres raconter comment les compagnies de tabac ont sciemment cultivé la controverse sur la nocivité du tabac en finançant des études qui niaient le lien entre l'usage du tabac et le cancer.

Dans son rapport déposé en cour, le chercheur a fait valoir que les cigarettiers ont longtemps tenté de minimiser les dangers liés l'usage de leurs produits. Il réfute l'un des principaux arguments des compagnies de tabac, qui affirment que les fumeurs connaissaient bien les risques auxquels ils s'exposaient en fumant.

M. Proctor a passé les dix dernières années à consulter la documentation interne des fabricants de cigarettes qu'ils ont été forcés de dévoiler lors d'une entente à l'amiable aux États-Unis, en 1998. Il dénonce notamment les failles de trois expertises présentées par les compagnies de tabac au Canada. « Les trois experts n'ont pas consulté les documents internes de l'industrie du tabac, qui montrent une conspiration sur plusieurs décennies pour minimiser les dangers du tabac », a indiqué le professeur dans son rapport.

ll déplore en outre que les experts n'aient pas tenu compte des stratégies déployées par les cigarettiers pour rassurer les fumeurs, comme les cigarettes « douces » ou « légères ».

Selon Robert Proctor, les agissements des compagnies de tabac face aux consommateurs sont ni plus ni moins qu'une « des conspirations les plus meurtrières de l'histoire de l'humanité ».

Le procès en recours collectif actuellement entendu au palais de justice de Montréal représente 45 000 Québécois qui réclament 27 milliards de dollars aux compagnies de tabac en guise de dédommagement.

Si les cigarettiers sont condamnés à indemniser les défendeurs, le gouvernement fédéral n'aura pas à partager la facture comme ils le réclamaient, a récemment statué la Cour d'appel du Québec.

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