La fièvre du Black Friday gagne le Canada

Mathieu Nadon fait le point sur le Black Friday au Canada.

La tradition américaine du Black Friday - l'équivalent des soldes du lendemain de Noël - gagne le nord de la frontière. Certains magasins offrent des promotions spéciales pour l'occasion depuis plusieurs années.

C'est le cas notamment de la chaîne Cadillac Fairview, qui gère une cinquantaine de centres commerciaux au Canada. La chaîne a décidé d'en ouvrir neuf dès six ou sept heures du matin en ce Black Friday.

« Ce n'est pas dans nos gènes, le Black Friday, explique le professeur au département d'études urbaines et touristiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), Benoît Duguay. « Mais, il y a des Canadiens qui s'en vont aux États-Unis - des autobus entiers semble-t-il [pour faire des achats] ». La valeur du dollar canadien, qui est à parité avec le dollar américain, contribue à cet exode des consommateurs.

Les commerçants canadiens ont décidé de suivre le phénomène et d'offrir des soldes afin de retenir ces consommateurs au Canada.

Le nom « Black Friday » provient de la couleur de l'encre utilisée par les comptables. Utilisant de l'encre rouge tant que leurs clients étaient déficitaires, les comptables commençaient à utiliser de l'encre noire au moment où les commerçants faisaient des profits. Or, c'est vers le vendredi suivant l'Action de grâce que les commerçants commencent à enregistrer des profits, d'où le nom de « Black Friday ».

Autre tendance importée des États-Unis, la précocité des grands soldes. Aux États-Unis, des commerçants ont ouvert leurs portes dès la soirée de l'Action de grâces pour des soldes du Black Friday.

La tendance avait commencé par des commerçants qui ouvraient leurs portes plus tôt le vendredi jusqu'à ouvrir dès minuit. Mais, d'autres les ont devancés pour ouvrir en soirée le jeudi de l'Action de grâces. Le phénomène crée de la controverse aux États-Unis où des employés se plaignent de ne pouvoir fêter l'Action de grâces en famille pour aller travailler.

Le phénomène se vérifie au Canada avec la précocité des soldes de Noël qui font leur apparition dès le mois de novembre. « On essaie d'attirer le consommateur le plus vite possible pour que les sous qu'il a à dépenser, il les dépense chez nous et non chez quelqu'un d'autre », mentionne M. Duguay.

Les commerçants sont aux prises avec une problématique de gestion d'inventaire, ajoute le professeur à l'UQAM. Plusieurs articles deviennent obsolètes tellement rapidement - surtout dans le domaine de la technologie - qu'il faut se débarrasser des inventaires rapidement pour éviter des pertes. « Il faut absolument se défaire du stock existant pour faire de la place à ce qui doit rentrer, explique M. Duguay. On va être obligé de le solder de toute façon. »

M. Duguay précise que les commerçants tentent de s'accaparer le budget des consommateurs alloué au temps des Fêtes. Mais si le consommateur dépense tout au « Vendredi noir », il ne disposera plus de cette somme pour Noël, conclut M. Duguay.

Après vendredi, viens lundi. Le Cybermonday entre scène à la fin du week-end où les commerçants canadiens et américains offrent d'importantes aubaines en ligne lors du lundi suivant l'Action de grâces.

Aux États-Unis, on estime que 150 millions d'Américains effectueront des achats pour un montant total de 11 milliards de dollars au cours de cette fin de semaine de l'Action de grâce. Les commerçants réalisent environ le tiers de leur chiffre d'affaires entre l'Action de grâce et la fin de l'année.

À titre d'exemple, le « Mall of America » à Bloomington, un centre commercial regroupant 520 magasins, attend quelque 200 000 clients pour la seule journée du « Black Friday ».

Paradoxalement, la « Journée mondiale Sans Achats » coïncide avec le « Black Friday », cette année.