La commission Charbonneau

L'entrepreneur Trudel contrôle Mascouche grâce au maire, dit Durocher

François Messier
Radio-Canada
L'entrepreneur Normand Trudel et le maire de Mascouche, Richard Marcotte (archives) L'entrepreneur Normand Trudel et le maire de Mascouche, Richard Marcotte (archives)

L'entrepreneur Normand Trudel de Transport et Excavation Mascouche « contrôle » la Ville de Mascouche, grâce à la complicité du maire Richard Marcotte, affirme le président d'Excavations Panthère, André Durocher.

« Normand Trudel et le maire Marcotte, c'est le même monde », a dit l'entrepreneur de Blainville, lors d'un interrogatoire qui s'est déroulé sous ordonnance de non-publication mercredi après-midi à la commission Charbonneau.

Ce témoignage peut maintenant être diffusé grâce à une entente entre les avocats des médias et du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Pour illustrer la manière dont les contrats publics de Mascouche sont verrouillés par cette complicité entre Normand Trudel et le maire Marcotte, André Durocher a raconté comment il s'est fait écarter d'un appel d'offres pour la construction d'un réseau d'aqueducs dans le secteur du domaine du Lac Samson.

L'entrepreneur affirme que dès qu'il a mis la main sur les documents d'appels d'offres, Normand Trudel a tenté de le joindre à plusieurs reprises, mais sans succès : André Durocher ne le rappelait pas.

La veille de la date limite pour déposer les soumissions, le 13 décembre 2007, M. Durocher dit avoir reçu la visite de Gilles Cloutier, qu'il a décrit comme un organisateur politique actif « dans toutes les municipalités de la Rive-Nord », à l'exception de Sainte-Thérèse.

« C'est un personnage entre une firme d'ingénieurs et une ville. C'est lui qui fait la relation d'affaires entre ces messieurs-là », a-t-il ajouté au sujet de Gilles Cloutier, en soulignant qu'il avait déjà travaillé pour les firmes de génie-conseil Dessau-Soprin et Roche.

Selon André Durocher, Gilles Cloutier lui a fortement conseillé de ne pas soumissionner. Il lui a en outre offert d'embarquer dans un système grâce auquel Excavations Panthère pourrait travailler tout le temps si André Durocher avait « la tête moins dure ».

M. Durocher a refusé l'offre de M. Cloutier. Peu après, il a reçu un appel de l'entrepreneur en construction Christian Blanchette, de CJRB. Selon Durocher, CJRB et Transports Excavation Mascouche se sont partagé les contrats de la Ville pendant 6 ou 7 ans. M. Durocher a de nouveau refusé.

Le matin même du dépôt de la soumission, Normand Trudel a lui-même téléphoné à André Durocher sur son téléphone cellulaire. Il a dit appeler depuis Paris, après avoir obtenu le numéro de téléphone de l'entrepreneur auprès de Christian Blanchette.

Selon André Durocher, Normand Trudel s'est montré « convaincant » en lui disant que l'appel d'offres serait rejeté si Excavations Panthère l'emportait. « Ça va être rejeté tant et aussi longtemps qu'on ne l'aura pas », lui aurait dit Normand Trudel.

Devant ces arguments, André Durocher a cédé. « On baisse les bras et on ne dépose pas la soumission », a-t-il déclaré. Transport Excavations Mascouche a finalement décroché le contrat avec une soumission de 5,15 millions de dollars.

Selon André Durocher, il est très facile pour une firme de génie-conseil de faire annuler un appel d'offres. Il suffit de modifier quelque peu les plans, puis de préparer une proposition recommandant le rejet de l'appel d'offres antérieur, qui sera entérinée par le conseil municipal.

M. Durocher soutient que toutes les cinq autres firmes qui ont déposé une soumission dans ce projet - CJRB, Arctic Beluga, Sintra, Raymond Bouchard et Anor - étaient de mèche avec Transport Excavations Mascouche.

Il s'agissait donc, selon lui, de soumissions de complaisance. Anor et Sintra, a-t-il noté, font d'ailleurs très peu de contrats d'égouts puisqu'ils se spécialisent plutôt dans le pavage.

Ces firmes, a-t-il dit, peuvent être récompensées en étant embauchées en sous-traitance. Il est aussi possible que Transport Excavation Mascouche renvoie l'ascenseur en présentant des soumissions de complaisance sur d'autres contrats convoités par ces entrepreneurs dans d'autres municipalités.

Trudel et Marcotte fauchés par Gravier

En avril 2012, Normand Trudel et Richard Marcotte étaient parmi les 15 personnes arrêtées par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et l'escouade Marteau dans le cadre de l'opération Gravier, qui a conduit au démantèlement d'un réseau de partage de contrats municipaux à la Ville de Mascouche.

Les 15 personnes visées par des mandats d'arrestation répondront à un total de 47 chefs d'accusation, dont fraude, fraude envers le gouvernement, abus de confiance, trafic d'influence, actes de corruption, complot et utilisation de documents contrefaits.

Des accusations ont aussi été portées contre Transport et Excavation Mascouche.

Richard Marcotte 65 ans

6 chefs d'accusation: fraude, complot, acte de corruption dans les affaires municipales, abus de confiance, fraude envers le gouvernement (2 chefs)

Normand Trudel, 59 ans

6 chefs d'accusation : fraude, complot, avoir influencé un fonctionnaire municipal, abus de confiance, fraude envers le gouvernement (2 chefs)


Transport et Excavation Mascouche

6 chefs d'accusation: fraude, complot, avoir influencé un fonctionnaire municipal, abus de confiance, fraude envers le gouvernement (2 chefs)