La commission Charbonneau

L'entrepreneur Durocher barré au MTQ

François Messier
Radio-Canada
André Durocher d'Excavations Panthère André Durocher d'Excavations Panthère

Le contre-interrogatoire de l'entrepreneur de Blainville André Durocher s'est terminé peu après midi à la commission Charbonneau. Il sera suivi par Michel Cadotte.

L'avocat du procureur général du Québec, Benoît Boucher, s'est appliqué à faire ressortir des contradictions dans le témoignage du président d'Excavations Panthère.

Me Boucher a notamment souligné que l'entrepreneur avait obtenu plus de contrats avec le ministère des Transports du Québec (MTQ) après 2002 qu'avant. Il cherchait ainsi à mettre en évidence le fait qu'Excavations Panthère n'avait pas subi de préjudices même s'il ne s'est jamais étroitement associé à une firme de génie-conseil alors que, de l'avis même de M. Durocher, la collusion s'est implantée après 2002.

L'avocat du procureur général a aussi fait ressortir qu'Excavations Panthère avait fait l'objet d'une évaluation de rendement négative dans la foulée d'un contrat exécuté en 2009 pour le remplacement de ponceaux dans la région de Lanaudière.

L'évaluation, faite conjointement par le MTQ et la firme chargée de la surveillance du chantier, Dessau-Soprin, a eu comme conséquence qu'Excavations Panthère a été interdit de soumissionner pour d'autres contrats du MTQ.

M. Durocher s'est montré très contrarié par cette situation, en laissant entendre que, justement, il avait été mis à l'écart par Dessau-Soprin. Il dit avoir été placé sur « une liste noire ». Il a d'ailleurs écrit au ministère pour se justifier, mais n'a jamais reçu de réponse.

« Je me suis battu avec ça. J'ai fait plusieurs contrats de déneigement avec le MTQ, plusieurs contrats de pose de ponceaux, mais quand on veut empêcher un entrepreneur de soumissionner au ministère des Transports, on fait quoi? On sort une liste noire », affirme-t-il.

« Si vous regardez mes antécédents avec le ministère des Transports, j'ai n'ai que des A », a-t-il aussi fait valoir.

Le rapport du MTQ et de Dessau-Soprin conclut que le travail d'Excavations Panthère dans ce dossier a été insatisfaisant au chapitre de la qualité des ressources, de la qualité des communications et de la collaboration, de la qualité du suivi administratif, du respect des échéanciers et du respect des exigences environnementales.

Curieusement, M. Durocher dit n'avoir jamais consulté ce rapport d'évaluation de rendement négatif fait par le ministère. Il a cependant demandé à un ingénieur de Dessau, Francis Boivin, pourquoi il avait eu tant de misère pour ce contrat. « Il a répondu: "ça vient de plus haut que moi" », a relaté le témoin.

Selon André Durocher, ce rapport a pourtant marqué le début de la fin d'Excavations Panthères, puisqu'il n'a pu renouveler des contrats de déneigement qu'il avait jusqu'alors avec le MTQ. Les équipements nécessaires à ces travaux ne lui servaient plus à rien, a-t-il dit.

Les Excavations Panthère se sont placées sous la protection de la loi sur les faillites en 2011.

L'entrepreneur avait auparavant dit qu'il avait cessé de faire des affaires avec le MTQ parce que deux contrats, « un avec le groupe Séguin et un avec Dessau-Soprin », ne lui avaient pas été payés.

Plus tôt lors du contre-interrogatoire, M. Durocher a soutenu qu'un système de collusion pour l'obtention des contrats du MTQ a commencé à prendre forme après 2002, pour s'atténuer en 2009.

Me Boucher a plutôt fait ressortir qu'Excavations Panthère n'avait obtenu que deux petits contrats totalisant 1,4 million de dollars avec le MTQ entre 1999 et 2002, alors qu'il en a eu sept totalisant 7,45 millions entre 2006 et 2010.

Une partie du témoignage en non-publication

Le témoignage de M. Durocher s'était d'abord poursuivi sous ordonnance de non-publication, en début de journée. Les propos qu'il a tenus dans ce cadre ne peuvent donc être ni diffusés ni rapportés par les médias.

L'ordonnance de non-publication avait été demandée mercredi par le Directeur des poursuites criminelles et pénales dans le but d'éviter de contaminer les jurys potentiels sur des faits en lien avec des procès à venir concernant les opérations policières Fiche et Gravier.

Lors de la partie publique de son témoignage, mardi et mercredi, André Durocher avait admis qu'après avoir été écrasé par les pratiques collusoires de ses rivaux, il avait lui-même tenté, en vain, de mettre sur pied un système de collusion pour les contrats publics lancés par des municipalités de la Rive-Nord de Montréal.

Un texte de François Messier