La commission Charbonneau

Themens nie toutes les allégations faites sur lui à la commission

François Messier
Radio-Canada
Témoignage de Yves Themens

Yves Themens nie en bloc les allégations faites à son endroit tant par ses anciens collègues Luc Leclerc et Gilles Surprenant que par l'ex-propriétaire d'Infrabec Lino Zambito devant la commission Charbonneau.

Le témoignage du responsable de la planification de l'ensemble des travaux de construction à la Ville de Montréal entre 2004 et 2011, qui s'est terminé ves 15 h, n'a pas permis d'établir qu'il aurait joué un rôle dans le mécanisme de collusion et de corruption mis sur pied par des entrepreneurs en construction.

Ces allégations lui ont valu d'être suspendu sans solde par la Ville de son poste actuel de chef de section, contrôle des matériaux et expertise.

M. Themens a notamment nié les allégations de Gilles Surprenant selon lesquelles il aurait déjà brandi devant lui « une liasse de billets de 100 $ bien cordés », en disant qu'elle venait de Tony. M. Surprenant dit avoir compris qu'il s'agissait de Tony Conte, de Conex Construction, aujourd'hui décédé.

« C'est totalement faux. Je ne comprends pas comment M. Surprenant peut alléguer des choses comme ça », a déclaré l'ingénieur.

« Les deux bras m'ont tombé. Je ne croyais pas ce que j'entendais. [...] J'ai été abasourdi d'entendre ça. Je ne peux pas me l'expliquer encore aujourd'hui. » — Yves Themens

Il a par ailleurs affirmé n'avoir jamais entendu parler, avant la commission, d'argent touché de façon frauduleuse par Luc Leclerc et Gilles Surprenant.

Quelques bouteilles, du golf, mais aucun retour d'ascenseur

M. Themens a aussi nié avoir participé à un voyage de golf en compagnie d'Éric Giguère du groupe Soter, comme l'a soutenu Luc Leclerc. À ce sujet, la commission lui a demandé de produire son passeport d'ici une semaine afin de faire une vérification.

M. Themens a aussi nié qu'il s'était fait payer un voyage de golf au club Marival, au Mexique, par Infrabec, malgré des documents produits par la commission qui semblaient prouver le contraire. L'hôtel appartenait en partie au père et à l'oncle de Lino Zambito.

Il a mis en doute les documents de la commission et a soutenu qu'il avait payé son forfait à l'hôtel par chèque. Il s'est également engagé à faire des démarches auprès de son institution bancaire pour en fournir la preuve d'ici la semaine prochaine.

M. Themens a cependant admis qu'il avait lui aussi reçu des bouteilles de vin et des billets de hockey. Il dit ne pas avoir été invité à manger par des entrepreneurs cependant, outre pour un repas de Noël d'Infrabec lors duquel il a pris une bière.

Il a aussi été établi que M. Themens a joué au golf avec des entrepreneurs, parfois lors de tournois organisés par ces derniers.

Malgré ces avantages, Yves Themens a réitéré qu'il n'était pas en position d'aider les entrepreneurs en retour.

« Dans le cadre de mon travail, je n'avais aucune possibilité de pouvoir soit favoriser quelqu'un à obtenir un contrat d'aucune façon, de modifier des prix de soumission, de lui amener aucun avantage par rapport à un autre soumissionnaire. Mon travail était un travail administratif. » — Yves Themens

Lorsque la procureure Roy lui a soumis qu'il participait tout de même à la préparation des sommaires décisionnels, destinés au comité exécutif de la Ville, et qu'il pouvait notamment discuter avec des ingénieurs responsables de la planification dans ce cadre, il a fait valoir que la complexité du système aurait rendu difficile toute manoeuvre inappropriée.

« Sur la forme, je suis d'accord, mais il fallait que les faits soient prouvables. [...] Des fois c'était plus détaillé comme explication. C'est le prix soumis à tel item par un entrepreneur : "nous l'avons estimé à tant, mais pour telle ou telle raison" », a-t-il dit.

« C'était plus détaillé qu'une phrase, deux ou trois mots. Et plus ça allait, plus on nous demandait que ce soit détaillé. Ce n'est pas vrai qu'on arrivait avec un paragraphe en disant : tiens, ça va aller jusqu'au bout. C'était étudié par plusieurs personnes », a-t-il fait valoir.

M. Themens avait déjà affirmé sous serment lundi qu'il n'avait jamais modifié un document d'appel d'offres, comme l'avait allégué Gilles Surprenant.

L'ex-ingénieur responsable des plans et devis dans le domaine des canalisations avait déclaré à la commission qu'Yves Themens collaborait avec lui pour gonfler les estimations du système informatique Gespro ne correspondant pas aux prix que souhaitaient obtenir les collusionnaires dans le domaine des canalisations.

M. Surprenant affirmait que dans de tels cas de figure, il écrivait des notes explicatives « en collaboration avec M. Themens, qui était chargé, lui, de transmettre les dossiers vers le comité exécutif de la Ville de Montréal ».

Mardi, M. Themens a ajouté qu'il n'avait jamais « vu ou détecté » de « stratagèmes » pour gonfler les coûts avec les notes explicatives. « Ça ne m'a pas sauté au visage que M. Surprenant en particulier faisait des choses... [...] Je n'ai pas été capable de détecter ça ».

M. Themens a aussi confirmé que Luc Leclerc lui avait déjà dit avoir joué au golf avec Vito Rizzuto. Il soutient l'avoir appris au détour d'une conversation en 2007 ou en 2008. Il dit qu'il a d'abord cru que Luc Leclerc blaguait et qu'il a ensuite pensé qu'il avait pu simplement le croiser par hasard. Il n'a pas posé de questions pour en apprendre davantage.

Des coûts élevés qui échappent à son attention

Le témoin a également dit qu'il n'avait pas constaté par lui-même la hausse du coût des contrats de construction à la Ville. L'affaire est apparue au grand jour, dit-il, quand La Presse et Radio-Canada ont commencé à faire des révélations en 2009, notamment sur l'existence du « Fabulous Fourteen », un groupe d'entrepreneurs faisant de la collusion.

Les prix ont commencé à baisser dès l'année suivante, un phénomène qu'il attribue, pêle-mêle, à ces révélations, à la création de l'escouade Marteau, au fait que la liste des soumissionnaires n'était plus disponible et au faible volume de travaux commandés par la Ville.

Des documents présentés en preuve par la commission ont d'ailleurs permis de constater que les prix soumis par les entrepreneurs en 2010 et 2011 pour les contrats de trottoirs, de pavages et d'égouts étaient nettement inférieurs à l'évaluation de la Ville.

Yves Themens a en fait soutenu que ce n'était pas son travail de contester les prix qu'on lui soumettait pour un projet donné. Ces estimations se faisaient en collégialité par les ingénieurs - quand c'était possible - à partir des prix des années précédentes.

« Ce n'était pas mon travail de contester ou de surveiller les prix soumis par chacun des ingénieurs. » — Yves Themens

Yves Themens avait notamment nié, lundi, avoir fourni aux entrepreneurs la liste des soumissionnaires potentiels pour un appel d'offres, après qu'elle eut cessé d'être publique.

Un texte de François Messier et Bernard Leduc

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