La commission Charbonneau

Le maire Vaillancourt recevait 2,5 % de la valeur des contrats accordés à Laval, allègue Zambito

François Messier
Radio-Canada
Reprise du témoignage de Zambito

Les entrepreneurs qui obtenaient des contrats de construction à Laval au début des années 2000 versaient 2,5 % de leur valeur au maire Gilles Vaillancourt par l'entremise de Marc Gendron de la firme de génie-conseil Tecsult, a allégué Lino Zambito devant la commission Charbonneau. Il a aussi fait état de collusion dans plusieurs villes de la couronne nord.

Le bureau du maire a rapidement nié les allégations et précisé que Gilles Vaillancourt n'avait jamais reçu d'argent.

L'ex-propriétaire d'Infrabec, poursuivant son témoignage entrepris à la fin du mois de septembre, a raconté que Construction Louisbourg, Poly-excavation, Nepcon Inc., Mergad, Timberstone, Giuliani, Sintra Inc. division Laval, G. Dufresne Asphalte et Jocelyn Dufresne Inc. étaient les firmes qui faisaient de la collusion pour se répartir les contrats.

M. Zambito a raconté qu'il n'avait pas réussi à obtenir un contrat à Laval dans les années qui ont suivi la création d'Infrabec en 1998. En 2003, il a cependant fait savoir qu'il ne voulait plus « se tasser ». Les choses ont alors changé.

Le dossier a débloqué lorsque M. Zambito a été invité à assister à l'ouverture d'un magasin de meubles Vaillancourt, qui appartient à la famille du maire. Après des discours protocolaires, le maire Vaillancourt est venu le voir.

« Ta job, ton contrat s'en vient sous peu », lui aurait alors dit le maire Vaillancourt. « Les gars vont me dire lequel et tu vas avoir le champ libre pour faire ce que tu veux », aurait-il ajouté. M. Zambito obtiendra finalement un contrat pour installer une canalisation sous le boulevard Cléroux.

Au terme de ce contrat, dit M. Zambito, Infrabec a présenté une réclamation de 400 000 $ à la firme Tecsult, chargée de la surveillance des travaux. Un responsable, Roger Desbois, lui aurait alors demandé d'aller discuter de l'affaire avec Marc Gendron.

« Ça a été assez clair », a relaté Lino Zambito. « Il m'a dit : "Vous avez fait des réclamations pour des extras sur le contrat et vous avez eu des difficultés. Vos extras sont possiblement recevables. Je pense que t'es au courant de la façon que ça fonctionne à Laval. [...] Si tu veux que tes extras soient autorisés, ça prend 25 000 $ qui va directement au maire Vaillancourt" ».

Lino Zambito dit avoir donné son accord à M. Gendron. L'homme d'affaires dit que la firme lui a finalement payé 280 000 $ ou 300 000 $ en extras, et qu'il a versé la somme requise à M. Gendron.

Les responsabilités de Gilles Vaillancourt

Depuis 10 jours, des agents de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et de l'escouade Marteau ont mené une série de perquisitions à Laval. Les résidences du maire Gilles Vaillancourt, l'hôtel de ville et les locaux d'au moins cinq entreprises - Poly Excavation, Louisbourg Construction, J. Dufresne Asphalte, Nepcon et Construction Mergad - ont notamment été visités.

De la collusion ailleurs sur la Rive-Nord

Des collusionnaires sont aussi actifs dans plusieurs villes de la banlieue nord de Montréal, dont Mascouche, Terrebonne, Saint-Jérôme et Blainville, a aussi raconté Lino Zambito, grâce à des ententes entre les bureaux d'ingénieurs et les constructeurs.

« Les ingénieurs nous donnaient de l'information sur les données, les bordereaux, sur ce qui allait se faire ou ne pas se faire », a-t-il expliqué, en précisant que tout cela était difficilement détectable pour des enquêteurs.

Par exemple, une firme de génie pouvait indiquer sur les plans et devis qu'un entrepreneur devrait fournir 10 000 mètres cubes de remblai pour un projet donné, mais en disant en l'entrepreneur que 1000 mètres cubes suffiraient. Cela avantageait sans contredit l'entrepreneur qui avait obtenu le tuyau.

À Terrebonne, a dit M. Zambito, Infrabec n'était aucunement concurrentiel lorsqu'il soumissionnait pour des contrats publics. Infrabec « n'était jamais dans les prix », a-t-il dit, parce qu'elle n'avait pas les informations privilégiées. Selon lui, Doncar, CJRB et Excavations Mascouche décrochaient une bonne partie des contrats.

Lino Zambito raconte en outre que lorsqu'il a obtenu un contrat de 3 millions de dollars la réfection du chemin Sainte-Marie à Mascouche, en 2010, il a reçu un un appel de l'entrepreneur Normand Trudel, qui était fort mécontent. Ce dernier lui aurait non seulement fait part de son désaccord, mais aurait demandé à Lino Zambito de lui accorder le contrat en sous-traitance. M. Zambito aurait refusé et exécuté le contrat.

À Saint-Jérôme, Lino Zambito raconte qu'il a raflé un contrat qui était destiné à Pavages Quatre-Saisons. La soumission de cette entreprise avait été disqualifiée en raison d'une erreur. Selon M. Zambito, un responsable de cette firme, nommé Mario Leclerc (ou Leclair), a alors demandé à ce qu'on lui donne le contrat.

Lino Zambito dit avoir refusé, parce qu'il était alors dans la mire des autorités. Résultat : ces équipements ont été vandalisés, et les réparations lui ont coûté 30 000 $, a-t-il dit.

M. Zambito a suggéré à la commission de faire des études afin de déterminer quelles entreprises en construction et quelles firmes de génie obtiennent des contrats dans les municipalités de Saint-Jérôme, Mascouche, Terrebonne, Blainville, Repentigny. « Les chiffres vont parler », a-t-il dit.

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