La commission Charbonneau

Lino Zambito dit que Vito Rizzuto a joué au médiateur dans un conflit l'opposant à Tony Accurso

François Messier
Radio-Canada
Vito Rizzuto s'adresse à son avocat, pendant son procès, à Montréal, en 2004 (archives) Vito Rizzuto s'adresse à son avocat, pendant son procès, à Montréal, en 2004 (archives)  Photo :  PC/RYAN REMIORZ

Le parrain de la mafia montréalaise Vito Rizzuto a joué au médiateur dans un conflit opposant Tony Accurso à Lino Zambito au sujet d'un contrat de Transport Québec, a affirmé ce dernier lors de sa deuxième journée de témoignage à la commission Charbonneau. Des propos qu'a niés Tony Accurso dans un communiqué.

Selon Lino Zambito, ex-vice-président de la firme Infrabec, le contrat en litige concernait le rond-point L'Acadie, à Montréal. Il s'agissait d'un contrat de plus de 25 millions de dollars accordé en 2003-2004, a-t-il dit. M. Zambito s'est finalement effacé au profit de M. Accurso, a-t-il ajouté.

Selon M. Zambito, la rencontre visant à régler le différend s'est déroulée au restaurant Onyx de Laval. Lorsqu'il s'est présenté à cet endroit, a-t-il raconté, MM. Accurso et Rizzuto l'attendaient dans un salon privé de l'établissement. La rencontre qui a suivi entre les trois hommes a duré une heure ou deux.

« M. Accurso a fait ses représentations. J'ai fait mes représentations. Et il n'y avait pas d'issue : lui le voulait [le contrat], moi je le voulais. Après plusieurs instants de dialogues et avoir tenté de trouver un compromis, je suis resté en discussion seul avec M. Rizzuto », a relaté Lino Zambito.

« Il a vraiment agi en tant que médiateur. Il n'y a jamais rien qui a été imposé. » — Lino Zambito, en parlant de Vito Rizzuto

« C'était cordial. Il m'a demandé si j'avais vraiment de l'intérêt dans ce projet-là [...], si j'étais en mesure de le réaliser. J'admettais que c'était un projet d'envergure et que je voulais juste, puisque j'étais un nouveau joueur, une nouvelle compagnie, qu'on soit des entreprises qui se fassent respecter », a-t-il poursuivi.

« Souvent, pour des compagnies comme la nôtre, les nouvelles compagnies, c'était quand même assez compliqué de soumissionner pour des projets du ministère des Transports du Québec, parce qu'il y avait une clique d'entrepreneurs qui se trouvaient là. Pour eux, le domaine leur appartenait », a-t-il ajouté.

« Finalement, j'ai cédé, j'ai dit que j'allais laisser aller en échange de services à donner », a dit Zambito, en disant n'avoir jamais subi de pression de M. Rizzuto.

« M. Rizzuto a tenté de me faire réaliser que c'était un gros projet et que la décision me revenait. Il était là comme médiateur, il n'était pas là pour imposer rien à l'un ou à l'autre. Il y a du monde qui ont fait appel à lui pour tenter de régler un conflit », a encore expliqué M. Zambito.

« Lui, sa position avait été très claire : "Écoute, essaie de voir. C'est quand même assez gros, d'envergure. Tu commences, ce n'est pas le temps d'aller te planter sur un projet de même. Si tu as intérêt, vraiment, tente de trouver une solution avec lui. Ou cette fois-ci, c'est lui, et la prochaine fois, c'est toi" »

L'ex-vice-président d'Infrabec a dit qu'il avait été surpris de voir M. Rizzuto à l'Onyx. Il a ajouté que s'il l'avait su au préalable, il aurait demandé à son père de l'accompagner. Giuseppe Zambito est originaire du même village que le père de Vito, Nicolo Rizzuto.

La rencontre à l'Onyx, a dit M. Zambito, a eu lieu environ une semaine après qu'une personne de chez Louisbourg Constructions ou Simard-Beaudry l'eut appelé pour l'informer que l'une ou l'autre de ces firmes liées à Tony Accurso était intéressée au projet du rond-point.

Après mûre réflexion, le témoin de la commission Charbonneau a dit croire qu'il s'agissait de Frank Minicucci, qu'il a identifié comme un vice-président de Louisbourg Constructions. Ce dernier l'avait informé que sa firme voulait soumissionner pour ce contrat, mais M. Zambito avait fait savoir qu'il avait l'intention d'y aller lui aussi.

M. Zambito avait pourtant déclaré plus tôt dans la journée que, contrairement à ce qui se passe à Montréal, la mafia n'était pas présente dans les contrats accordés par le ministère des Transports ou la Ville de Laval.

Des allégations démenties par Tony Accurso

Dans un communiqué diffusé lundi soir, Tony Accurso a démenti « plusieurs des allégations » formulées à son endroit par Lino Zambito. Il nie notamment avoir eu « quelque différend que ce soit avec M. Zambito relativement à l'attribution de quelque contrat public que ce soit, dont le contrat attribué par le ministère des Transports du Québec concernant le viaduc l'Acadie ».

Il nie aussi avoir demandé à Vito Rizzuto « d'intervenir relativement à l'attribution de quelque contrat public que ce soit ou de régler quelque différend que ce soit entre eux » ou avoir « participé à quelque rencontre que ce soit » en leur compagnie.

Tony Accurso soutient par ailleurs que le contrat auquel M. Zambito a fait référence devant la Commission Charbonneau « a été attribué conformément aux procédures régissant l'attribution de contrats et dans le cadre d'un appel d'offres auquel plusieurs sociétés ont soumissionné compétitivement ».

Il a précisé qu'il ne ferait aucun autre commentaire et n'accorderait aucune entrevue.

Pour me joindre :
francois.messier-nm@radio-canada.ca

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