Qui est Tony Accurso?

L'entrepreneur Tony Accurso s'est retiré du monde des affaires en octobre 2012. Depuis quelques années, lui et des entreprises qui lui étaient liées ont été associés à des histoires de fraude, de complot, d'abus de confiance et de corruption. Qui est cet homme dont le nom fait régulièrement les manchettes?

Le magnat de la construction Tony Accurso quitte le quartier général de la SQ, à Montréal, le 17 avril 2012. Le magnat de la construction Tony Accurso quitte le quartier général de la SQ, à Montréal, le 17 avril 2012.  Photo :  PC/Paul Chiasson

Antonio « Tony » Accurso a commencé sa carrière d'entrepreneur en 1982 en reprenant la petite entreprise familiale Constructions Louisbourg, à Laval. Son père, Vincenzo Accurso, avait lancé l'entreprise en 1954.

Peu à peu, Constructions Louisbourg grossit, notamment grâce à l'aide du Fonds de solidarité de la FTQ.

En 1999, toujours avec l'aide du Fonds de solidarité, Tony Accurso acquiert la majorité des actions de Simard-Beaudry, un entrepreneur et producteur d'asphalte, de béton et de pierre concassée.

La résidence de Tony Accurso, à Deux-Montagnes La résidence de Tony Accurso, à Deux-Montagnes

Aujourd'hui, Tony Accurso est lié à des dizaines d'entreprises dans des secteurs divers : construction, matériaux, gestion des déchets, restauration, génie-conseil, paris sur des courses de chevaux, centres commerciaux, etc. La commission Charbonneau a d'ailleurs rendu public un document qui montre les ramifications de son empire.

Les entreprises liées à Tony Accurso font affaire avec plusieurs municipalités, dont Montréal et Laval, de même qu'avec Hydro-Québec et le ministère des Transports du Québec.

Lors de son témoignage devant la commission Charbonneau, l'ex-entrepreneur Lino Zambito a affirmé que le parrain de la mafia montréalaise Vito Rizzuto avait servi de médiateur dans un conflit opposant M. Zambito à Tony Accurso au sujet d'un contrat du ministère des Transports du Québec.

Des contacts dans tous les milieux

Le yacht de Tony Accurso a souvent fait les manchettes. D'une longueur de 36 mètres, ce luxueux bateau, baptisé le Touch, pouvait se louer 55 000 $ par semaine.

L'entrepreneur y a invité des personnalités des milieux politiques, d'affaires et syndicaux. C'est le cas du maire de Mascouche, Richard Marcotte, de l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino, du président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arseneault, de l'ex-président de la FTQ-Construction Jean Lavallée, et de dirigeants de la FTQ et du Fonds de solidarité.

Le Touch Le Touch

Trois ministres du Parti libéral du Québec (PLQ) auraient aussi séjourné sur le Touch, a affirmé la députée Sylvie Roy à l'Assemblée nationale, en octobre 2009. Le député caquiste Jacques Duchesneau, ancien patron de l'Unité anticollusion, a repris cette affirmation pendant la campagne électorale de 2012, sans toutefois fournir de noms. Jean Charest a toujours nié cette affirmation.

L'ancien chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a confirmé s'être fait offrir des repas par Tony Accurso lors d'un voyage à Hawaï en juillet 2007. Il a expliqué que cette situation ne l'avait pas mis mal à l'aise et que les deux hommes se trouvaient au même hôtel par hasard. Mario Dumont a toutefois refusé d'accepter l'invitation de l'homme d'affaires sur le Touch.

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Des liens étroits avec la FTQ et le Fonds de solidarité

Antonio « Tony » Accurso Antonio « Tony » Accurso

Plusieurs des entreprises liées à Tony Accurso ont vu le jour ou grandi avec l'aide du Fonds de solidarité de la FTQ.

Le Fonds a investi dans Constructions Louisbourg. Il a aussi participé, avec Tony Accurso, à l'achat de Simard-Beaudry. En tout, le Fonds de solidarité affirme avoir investi 114 millions de dollars dans les entreprises liées à Tony Accurso.

De plus, c'est Construction Marton, une entreprise de Tony Accurso, qui a construit le siège social de la FTQ et du Fonds de solidarité, boulevard Crémazie à Montréal, un contrat d'une valeur de 76 millions de dollars.

M. Accurso était présent lors de la célébration des 25 ans du Fonds, au Mount Stephen Club, à Montréal. Et plusieurs dirigeants de la FTQ ont été invités par Tony Accurso dans sa loge au Centre Bell.

M. Accurso a aussi offert des cures d'amaigrissement à ses contacts. Il a invité Jean Lavallée et Louis Bolduc, hauts dirigeants de la FTQ, à l'accompagner dans un centre de santé en Allemagne pour suivre de telles cures, qui peuvent coûter jusqu'à 5000 $ par semaine.

L'ancien président de la FTQ Louis Laberge en compagnie de Tony Accurso L'ancien président de la FTQ Louis Laberge, en compagnie de Tony Accurso

Louis Laberge, ancien président de la FTQ et fondateur du Fonds de solidarité de la centrale syndicale, s'était lié d'amitié avec Tony Accurso. Les deux avaient l'habitude de jouer aux cartes ensemble toute la nuit. C'est M. Laberge qui a présenté Tony Accurso à Michel Arseneault, actuel président de la centrale. Les deux hommes sont devenus amis et se sont invités mutuellement sur leurs bateaux respectifs.

Michel Arseneault affirme que Tony Accurso n'a jamais obtenu de traitement de faveur et que les investissements du Fonds dans ses entreprises ont été profitables. Des sources ont toutefois confié à l'émission Enquête que les dossiers de Tony Accurso étaient traités en priorité.

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Fraude fiscale

En décembre 2010, Simard-Beaudry Construction Inc. et Constructions Louisbourg Ltée ont plaidé coupables à des accusations d'évasion fiscale envers l'Agence de revenu du Canada. Grâce à un stratagème de fausses factures et à la complicité de fonctionnaires de l'Agence, les deux entreprises auraient soustrait 4 millions de dollars au fisc.

Depuis décembre 2011, Tony Accurso ne figure plus comme administrateur de ces entreprises. Sa fille Lisa lui a succédé.

Chantier de Simard-Beaudry

Puis, le 9 août 2012, Tony Accurso est arrêté et impliqué à titre personnel dans le même stratagème, en même temps que trois autres personnes. Il s'agit entre autres de l'entrepreneur Francesco Bruno, dont les entreprises auraient fourni de fausses factures aux entreprises de Tony Accurso. Simard-Beaudry et Constructions Louisbourg lui payaient ces factures, qui étaient par la suite déduites de leur impôt sur le revenu.

Le 19 septembre, les avocats de M. Accurso ont contesté la légalité des perquisitions qui ont mené à l'arrestation de leur client. La cause a été reportée au 31 octobre.

En plus de ce stratagème avec les entreprises de M. Bruno, Simard-Beaudry et Constructions Louisbourg auraient camouflé des dépenses personnelles au profit de M. Accurso et des membres de sa famille. Il s'agit par exemple de travaux sur le Touch, de rénovations à la résidence personnelle de M. Accurso et à celle de son fils, de factures d'hôtels ainsi que d'achats de vêtements et d'accessoires.

Simard-Beaudry et Constructions Louisbourg ont remboursé les 4 millions dus à l'Agence du revenu du Canada et ont payé une amende équivalente au montant de l'évasion fiscale. Elles ne peuvent plus obtenir de contrats publics avant 2015 et ont aussi été radiées temporairement par la Régie du bâtiment du Québec.

Les autres entreprises liées à M. Accurso peuvent toutefois continuer à obtenir des contrats. C'est ainsi que Louisbourg SBC, fondée en 2008, a pu récemment obtenir des contrats d'Hydro-Québec et de la Ville de Montréal.

Pour sa part, Revenu Québec cherchait à obtenir des éléments de preuve obtenus par l'Agence du revenu du Canada. Après de longues démarches juridiques, l'agence québécoise a obtenu un mandat de perquisition pour saisir ces preuves. Puis, le 3 octobre, elle a mené une série de perquisitions dans des entreprises liées à Tony Accurso.

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Sur la Rive-Nord

Richard Marcotte Richard Marcotte, maire de Mascouche

Le 19 juin 2012, Tony Accurso et le maire de Mascouche, Richard Marcotte, sont accusés de fraude, d'abus de confiance, de complot et d'actes de corruption. Ils font partie d'un groupe de 17 personnes arrêtées plus tôt par l'Unité permanente anticorruption dans une histoire de partage de contrats municipaux visant à favoriser certaines entreprises.

Le 11 octobre, l'Unité permanente anti-collusion a effectué des perquisitions dans les locaux de plusieurs entreprises de Laval, dont Louisbourg Construction.

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Les voisins de Saint-Léonard

Des proches de la mafia, des dirigeants de la FTQ et l'homme d'affaires Tony Accurso ont tous acheté des condos dans une tour de Saint-Léonard financée par un prêt illégal. Ce prêt a été fait à même la caisse des travailleurs d'un syndicat de la FTQ-Construction.

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L'affaire des compteurs d'eau à Montréal

Tony Accurso était mêlé à l'affaire des compteurs d'eau, qui a éclaté en 2009. Simard-Beaudry Construction s'était en effet associée au Groupe Conseil Dessau-Soprin pour former le consortium GÉNIeau qui a obtenu en 2007 le contrat pour installer des compteurs d'eau dans les industries, les commerces et les institutions de la ville de Montréal et optimiser son réseau d'eau.

D'une valeur de 356 millions de dollars, ce contrat accordé en 2007 se chiffrerait à 600 millions de dollars si on tient compte de différents frais accessoires, selon le vérificateur général de la Ville de Montréal.

Ce contrat a semé la controverse en raison des nombreuses questions d'éthique qu'il a soulevées. Dans son rapport publié en septembre 2009, le vérificateur soulignait entre autres les éléments suivants :

  • La façon dont l'appel d'offres était présenté et les modifications qui y ont été apportées en cours de route ont fait en sorte de réduire la concurrence pour l'obtention du contrat.
  • La philosophie de gestion que la Ville voulait mettre en place n'a pas été respectée, notamment parce que la composition du Bureau de projet mis sur pied par la Ville était déficiente, en particulier sur les plans technique, juridique et financier.
  • Les appels d'offres manquaient de clarté quant à la nécessité d'une indépendance totale entre la Ville et les partenaires externes.

Sur cette question de l'indépendance, les médias ont révélé que plusieurs membres de l'administration municipale avaient des liens étroits avec des firmes mêlées au dossier.

Ainsi, au moment où l'appel d'offres pour le contrat était en cours, le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, a séjourné sur le Touch, le luxueux yacht de Tony Accurso.

M. Zampino a ensuite quitté la politique pour devenir vice-président de Dessau, l'autre entreprise du consortium GÉNIeau. Il a démissionné de son poste en avril 2009, dans la foulée de cette controverse.

Deux autres anciens membres de l'administration municipale ont occupé des fonctions au sein d'entreprises liées au projet des compteurs d'eau. Robert Abdallah, ex-directeur général de la Ville, a été embauché à la direction de Gastier, une filiale de Simard-Beaudry, en novembre 2008. Yves Provost, responsable du dossier de l'eau à la Ville, a été embauché en décembre 2007 par la firme d'ingénieurs BPR, qui a rédigé l'appel d'offres du projet.

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Santé et sécurité au travail

Simard-Beaudry et Constructions Louisbourg ont commis de nombreuses infractions à la Loi sur la santé et la sécurité au travail. Entre 2006 et 2010, Constructions Louisbourg a été reconnue coupable de 32 infractions à cette loi, et Simard-Beaudry Construction en a commis 32 entre 2004 et 2008.

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Un texte d'Isabelle Montpetit, avec la collaboration de Lili Boisvert, à partir des reportages de Marie-Maude Denis et d'Alain Gravel

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