Enseignement supérieur au Québec : un débat de société
Six mois après le début du conflit étudiant, le coporte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante Gabriel Nadeau-Dubois démissionne, disant avoir la « conviction » que la CLASSE « a besoin de nouveaux visages ».
Tandis que les votes de grève reprennent dans les cégeps et les universités à l'approche du retour en classe imposé par la loi spéciale, Gabriel Nadeau-Dubois estime que la lutte contre la hausse des droits de scolarité entre dans une nouvelle étape.
Il souligne que sa décision « n'est ni motivée par l'amertume, ni par le désespoir », se disant plus convaincu que jamais de la nécessité et de l'importance de poursuivre la mobilisation étudiante amorcée il y a maintenant six mois.
Dans sa lettre de démission, Gabriel Nadeau-Dubois lance une charge à fond de train contre le gouvernement sortant et se montre particulièrement virulent envers Jean Charest. Il tire d'ailleurs sa révérence avec un seul regret : quitter ses fonctions « alors que le Québec est toujours dirigé par Jean Charest ».
La CLASSE tiendra un congrès en fin de semaine pour décider si le siège laissé vacant par Gabriel Nadeau-Dubois sera pourvu. L'organisation étudiante compte actuellement deux autres porte-parole, soit Jeanne Reynolds et Camille Robert. La CLASSE représente 65 associations étudiantes de cégeps et d'universités regroupant 100 907 étudiantes et étudiants.
Lettre de Gabriel Nadeau-Dubois
Réactions
Directement visé dans la lettre du leader étudiant, Jean Charest a soutenu qu'il n'a pas invité ni souhaité le mouvement de protestation étudiante. « Je ne fais pas campagne contre M. Nadeau-Dubois. Ce n'est pas personnel à M. Nadeau-Dubois », a insisté M. Charest.
De son côté, la chef du Parti québécois Pauline Marois a mentionné qu'elle avait du respect pour le porte-parole. « Il faut admettre qu'il a été capable de défendre son point de vue avec intelligence et audace, parfois en exagérant, a-t-elle dit. Si on n'est pas capable d'exagérer à 20 ans, je pense qu'on risque d'être bien ennuyant à 60 ans. »
Le candidat péquiste et ex-président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) Léo Bureau-Blouin a quant à lui affirmé avoir « beaucoup de respect pour les gens qui dévouent du temps et de la passion à des causes politiques et des causes sociales ». « Si on veut garder notre vie démocratique vivante, il faut continuer de s'impliquer et remercier les gens qui le font », a-t-il ajouté.
François Legault a pour sa part reconnu que Gabriel Nadeau-Dubois avait beaucoup de talent et était très charismatique. « Je lui souhaite bonne chance même si je ne suis pas du tout d'accord avec ses positions », a déclaré le chef de la Coalition avenir Québec.
Les associations étudiantes affiliées à la CLASSE qui ont tenu une assemblée générale jeudi semblent avoir reçu la nouvelle avec sérénité, l'association s'étant positionnée contre la personnalisation de la lutte étudiante. La coporte-parole de la CLASSE Camille Robert savait depuis quelques jours que son collègue allait tirer sa révérence. « On sait qu'il est parti à un moment où il jugeait qu'on est assez forts et fortes pour continuer », affirme-t-elle.
Martine Desjardins, présidente de la Fédération universitaire du Québec (FEUQ), a appris la nouvelle dans les journaux, en même temps que tout le monde. Elle a exprimé son étonnement devant la décision de M. Nadeau-Dubois à l'approche de l'élection provinciale, mais s'est dite satisfaite que les trois leaders étudiants du printemps soient parvenus à tenir un front uni, malgré leurs différences. « Il va nous manquer », a-t-elle conclu.
Aucun des politiciens ni des leaders étudiants n'a voulu voir dans cette démission le signe d'un essoufflement du mouvement étudiant.