Des professeurs préviennent qu'ils respecteront les votes de grève

Lili Boisvert
Radio-Canada
Des professeurs prennent la parole pour dénoncer la loi 78. Des professeurs prennent la parole pour dénoncer la loi 78.

À quelques jours de la rentrée scolaire imposée par la loi 78, et alors que plusieurs associations étudiantes sont appelées à se prononcer sur la poursuite de la grève, des professeurs préviennent qu'ils respecteront le vote de grève des étudiants et affirment qu'ils seront des milliers à refuser de forcer le retour en classe.

Environ 200 professeurs rassemblés lundi à l'agora de l'Université du Québec à Montréal ont présenté un manifeste signé par près de 2000 enseignants de cégeps et d'universités pour se montrer solidaire des associations étudiantes. Ils y dénoncent la loi 78 (devenue la loi 12), qu'ils considèrent comme « liberticide » et « d'une incroyable férocité ».

Ils clament qu'ils ne se laisseront pas instrumentaliser par cette loi instaurée par les libéraux dans le cadre du conflit étudiant.

« Nous tenons pour inacceptable que les professeurs québécois soient désormais contraints d'être un rouage de ce dispositif répressif digne d'un roman d'Orwell. » — Paul Dumais, professeur

Ils estiment que cette loi « crée un climat de guerre sociale » et instaure un monde où les directions d'établissement, les professeurs et les étudiants sont tous appelés à agir les uns contre les autres. La loi les oblige à bafouer les décisions démocratiques des étudiants, disent-ils.

« [La loi 78] travestit le métier d'enseignants. Nous ne sommes ni des machines distributrices de note de cours, ni des machines distributrices de notes ou de diplômes. Ce n'est pas en nous forçant à enseigner, peu importe les conditions, que le gouvernement s'assurera de la qualité de la formation que nous dispensons. » — Diane Lamoureux, professeure

Le professeur Martin Jalbert associe la loi 78 à un instrument de violence néolibérale « faite aux collectifs étudiants ainsi qu'aux autres organisations du monde de l'éducation - les syndicats de professeurs au premier chef - mais aussi à tous ceux et celles qui sont en mesure de se prévaloir de ces libertés publiques, liberté d'expression, liberté de conscience politique, liberté de faire grève, liberté de manifester ».

Les signataires du manifeste viennent principalement du Québec, mais plusieurs viennent aussi de l'étranger. Stéphane Enjalran, un professeur français, déclare que les enseignants de plusieurs pays sont solidaires de la cause des étudiants québécois, qui luttent « avec tant de courage, avec tant d'intelligence ». Il croit qu'ils « se trouvent littéralement à la pointe d'un combat international ».

Passibles d'amendes

Si les professeurs décident de ne pas donner leur cours pour respecter des votes de grève, ils devraient continuer de recevoir leur salaire, comme lors de la dernière session scolaire, puisque la loi 78 n'a rien prévu de particulier à ce sujet. Par contre, en vertu de la nouvelle loi, les professeurs pourraient s'exposer à des amendes s'ils refusent de donner leurs cours.

La professeure Diane Lamoureux croit toutefois que les « zones d'ombre » dans la loi pourraient les en prémunir.

La Fédération des enseignants et enseignantes de Cégep recommande pour sa part aux professeurs de respecter la loi, « dans la mesure du possible ». Le président de la fédération, Mario Beauchemin, expose que les enseignants n'ont pas à briser des piquets de grève si leur sécurité, par exemple, est en jeu.

Un texte de Lili Boisvert.

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