Des travailleurs sur un chantier de construction à Montréal (archives)
Photo : PC/Ryan Remiorz
Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) sonne l'alarme dans le domaine du logement au Québec. Devant ce que le groupe qualifie d'abandon de la construction d'immeubles locatifs par le secteur privé, l'organisme communautaire demande aux gouvernements d'investir dans ce type de construction pour éviter qu'une crise du logement n'éclate dans la province.
Le FRAPRU soutient que l'abandon de la construction de logements locatifs par le secteur privé entraînera inévitablement une crise si les gouvernements demeurent immobiles. L'organisme souligne les fortes diminutions de mises en chantier dans le logement locatif dans l'ensemble du Québec (32 % de diminution de 2007 à 2011). Cette diminution, pour la même période, atteint 58 % dans la région de Montréal et 78 % sur l'île. Dans les régions de Québec et de Gatineau, les baisses de mises en chantier sont de 50 % et 56 %.
Or, la situation s'aggrave en 2012. « Sur l'île de Montréal, par exemple, à peine 160 logements locatifs privés ont été mis en chantier au cours des cinq premiers mois de l'année », explique le FRAPRU par voie de communiqué. « C'est 49 % de moins qu'à pareille date l'an dernier. » Le FRAPRU souligne également la situation préoccupante de l'Abitibi et de la Côte-Nord, des régions frappées par une « sévère pénurie de logements locatifs ». Peu ou pas de mise en chantier ont été effectuées dans les principales villes de ces régions.
La baisse de la construction de logements, combinée aux taux d'inoccupation sous la barre des 3 % au Québec, contribue à alimenter une crise larvée du logement dans la province.
L'organisme communautaire explique la diminution des mises en chantier dans le milieu locatif privé par le succès des condominiums et les taux d'intérêt qui demeurent bas au pays. L'augmentation du nombre de mises en chantier de condos a dépassé la construction d'unités de logement locatif. Elle atteint même le double dans certaines régions comme celle de Québec (2,5 fois plus de condos que de logements locatifs) et Gatineau (2 fois plus). Elle atteint même 14 fois plus de condos mis en chantier, de janvier à mai 2012, sur l'île de Montréal et à Longueuil.
Le FRAPRU explique qu'il s'agit d'une tendance lourde qui ne se résorbera pas une fois la popularité des condos retombée. Les locataires qui louaient les appartements les plus chers ont maintenant les moyens de s'offrir un condo. Une situation heureuse pour les nouveaux propriétaires, mais qui a l'effet pervers d'entraîner à la baisse la construction d'unités de logement privés.
C'est pourquoi le FRAPRU réclame l'intervention des gouvernements. L'organisme souhaite qu'ils se substituent au secteur privé et qu'ils fassent construire de nouveaux logements sociaux. M. Saillant estime d'ailleurs que c'est grâce à la construction de logements coopératifs subventionnés que la situation ne s'est pas trop aggravée à Montréal. « Près de 1900 logements coopératifs ont été mis en chantier sur l'île de Montréal entre 2007 et 2011, poursuit M. Saillant. C'est près de 30 % de l'ensemble des mises en chantier d'appartements à louer. »
Une organisatrice du FRAPRU, Marie-Josée Corriveau, estime que le gouvernement devrait aider davantage les ménages qui se retrouvent à la rue, faute de logement. Mme Corriveau souhaite que le gouvernement leur vienne en aide comme il le faisait au début des années 2000 quand les ménages dans cette situation étaient plus nombreux.