Droits de scolarité au Québec : un débat de société

Amir Khadir décrit son action contre la loi 78 comme une lutte historique

Anne-Marie Dussault s'entretient avec le député Amir Khadir.

Le député de Québec solidaire s'est livré à un féroce plaidoyer contre la loi 78 au lendemain de son arrestation avec quelque 64 personnes lors d'une manifestation nocturne à Québec.

« Quand une loi est aussi injuste, il est moralement juste de la défier », a-t-il répondu en conférence de presse à une question en anglais d'une journaliste, tout en soutenant d'un même souffle ne pas encourager les gens à défier la loi.

Le député a fait tour à tour référence à Martin Luther King et Gandhi pour expliquer son action comme sa vision de la situation. Il a affirmé que sa « loyauté n'est pas aux institutions, mais au peuple », lorsqu'il lui a été souligné qu'en tant que membre de l'Assemblée nationale, sa décision de ne pas quitter la marche, une fois déclarée illégale, porte à conséquence.

Il a plutôt déploré que les élus péquistes n'aient « pas le courage d'accompagner leur peuple ».

Amir Khadir estime que cette loi, « injuste », a été imposée « pour faire avaler au 99 % les privilèges du 1 % ».

« Qu'on arrête des gens pour ça alors qu'il y a des ministres qui rencontrent la mafia pour ramasser de l'argent pour leur parti ! », a déploré le député solidaire, qui décrit le gouvernement libéral comme « corrompu et illégitime », « sous l'influence des élites d'affaires ».

« On a laissé 1 % prendre le contrôle de toutes nos institutions démocratiques. » — Amir Khadir
Amir Khadir

Le député de QS regrette enfin tout le bruit autour de sa seule arrestation, rappelant que plus de 60 personnes ont été arrêtées lors de cette manifestation qu'il décrit comme ayant été joyeuse. Il refuse cependant de critiquer le travail des policiers, s'attaquant plutôt à leur hiérarchie.

Amir Khadir arrêté à Québec

Le député de Québec solidaire a été arrêté et menotté mardi soir en compagnie de 64 autres personnes à Québec lors d'une manifestation nocturne contre la hausse des droits de scolarité et contre la loi 78.

Après une vingtaine de minutes de marche, les manifestants ont été pris en souricière par les membres de l'escouade antiémeute du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) dans le quartier Petit Champlain, sur la Côte de la Montagne.

La manifestation avait quitté l'Assemblée nationale vers 20 h 45, avant d'être déclarée illégale par les autorités policières. Selon la porte-parole du SPVQ, Marie-Ève Painchaud, les participants n'auraient pas respecté le trajet fourni au préalable aux policiers, ce qui expliquerait l'arrestation de masse.

Amir Khadir a tenté de discuter avec les policiers, mais en vain. Il n'aurait notamment pas aimé le fait que les marcheurs aient été menottés.

Dans la foule encerclée par les policiers, le politicien a déclaré que si certaines choses étaient illégales, comme s'attaquer à des individus ou être violent, rien de tel ne s'était passé hier soir à Québec. « On est pas arrêté à cause de la loi 78 », a-t-il ajouté.

Amir Khadir a été embarqué à bord d'un autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC) en compagnie des autres manifestants appréhendés.

Ils recevront une contravention de 494 $ pour avoir contrevenu à l'article 500.1 du Code de la sécurité routière. Notons que les arrestations ont été effectuées dans le calme, sans altercation majeure avec les policiers. Les 65 manifestants ont tous été relâchés peu avant minuit.

Sur le compte Facebook du député, on peut lire qu'Amir Khadir « sortait de l'Assemblée et s'est dirigé devant pour aller rejoindre les manifestant-es. Lorsque le rassemblement s'est mis en marche, il a décidé de marcher avec celui-ci. La manifestation a été déclarée illégale, les gens marchaient calmement au rythme des casseroles ».

« Les policiers ont pris les manifestant-es en souricière, ils ont été menottés et on les a fait monter dans un autobus. Amir recevra une contravention pour une infraction au Code de la route. Bizarrement, tout le monde a été menotté pour une infraction au Code de la route, alors que tout était très calme. » — Extrait du compte Facebook d'Amir Khadir

Une porte-parole du SPVQ a affirmé que la police utilisait les menottes « lorsque les gens peuvent attenter à leur propre sécurité ou à la sécurité des policiers ».

Le député Amir Khadir arrêté, menotté et embarqué à bord du autobus du RTC. Le député Amir Khadir arrêté, menotté et embarqué à bord du autobus du RTC.

Un geste « aberrant », selon Québec solidaire

Par voie de communiqué publié dans la nuit de mardi à mercredi, la présidente et porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a qualifié « d'aberrant » le geste des policiers de Québec.

« Décidément, le ridicule ne tue pas! Un député arrêté et menotté alors qu'il participe à une marche pacifique comme tant d'autres qui se déroulent tous les soirs dans plusieurs villes du Québec! Les policiers de la Capitale nationale n'ont rien de mieux à faire? » — Françoise David, présidente et porte-parole de Québec solidaire

« J'ai participé moi-même à plusieurs marches de casseroles de même qu'à celle du 22 mai. D'autres politiciens et personnalités connues l'ont fait aussi. Pourquoi cette intervention policière alors que tout se passait bien dans la marche de Québec? », a-t-elle demandé.

Québec solidaire s'insurge contre la décision de la police de sanctionner des gens pour une loi qu'elle juge injuste et arbitraire. Françoise David estime que « le peuple québécois a bien raison de s'alarmer d'une justice à deux vitesses et doit continuer de manifester sa réprobation ».

Manifestation à Québec  Photo :  Marc-Antoine Ruest

La veille, la manifestation avait débuté dans une certaine confusion devant le Parlement, lorsque les policiers ne se sont pas présentés pour recueillir l'itinéraire des manifestants.

Les membres de l'escouade de contrôle de foule du SPVQ sont ensuite apparus pour tenter d'encercler les quelque 200 manifestants au cours de la marche. Certains d'entre eux ont pu se disperser, mais le noyau restant a été rabattu vers le Parlement par plusieurs véhicules de police.

Manifestation dans le calme à Montréal

Pendant ce temps, à Montréal, les étudiants et leurs sympathisants se sont rassemblés au parc Émilie-Gamelin pour participer à la 43e manifestation nocturne consécutive.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a déclaré la manifestation illégale avant même qu'elle ne prenne son envol, puisqu'aucun itinéraire n'avait été fourni aux policiers. Le SPVM a toutefois indiqué qu'elle serait tolérée si aucun acte criminel n'était commis.

La foule était beaucoup moins nombreuse qu'au cours des dernières semaines. Munies de leurs casseroles, une centaine de personnes ont sillonné les rues du centre-ville de façon pacifique. Les autorités n'ont rapporté aucun incident et la manifestation a pris fin vers 23 h.

« La lutte continue. Il faut que ça dure parce que rien n'est réglé. » — Un manifestant

En Ontario, de 250 à 300 personnes issues des mouvements étudiants et syndicaux ont manifesté mardi soir dans le centre de Toronto pour exprimer leur soutien aux étudiants québécois.

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