Grève à la CCQ : la proposition du conciliateur est insuffisante, dit la direction

Manifestation d'employés de la CCQ

Le conseil d'administration de la Commission de la construction du Québec (CCQ) est insatisfaite de la proposition soumise par un conciliateur dans le cadre des négociations avec ses 600 employés de bureau.

La CCQ a rejeté cette proposition lundi soir, ce qui a poussé les syndiqués à déclencher la grève à minuit une minute mardi. Les employés de bureau sont sans contrat de travail depuis décembre 2009.

Dans un communiqué publié mardi après-midi, la CCQ dit qu'elle « reconnaît dans l'hypothèse de règlement une avancée du syndicat au sujet du déficit courant du régime de retraite », mais que le conseil d'administration a néanmoins jugée qu'elle n'était « pas suffisante ».

Le conseil d'administration « souhaite donc que les discussions s'engagent sur la base de l'hypothèse déposée ».

La CCQ soutient que le régime de retraite et le régime d'assurance actuellement en vigueur « créent une pression financière lourde présentement assumée par l'industrie de la construction ».

La Commission minimise par ailleurs les impacts de la grève sur ses activités. Les 153 000 chèques émis par l'organisme en vue des vacances de la construction « sont imprimés et l'envoi se fera par une firme externe comme par les années passées ».

Elle souligne également que les 300 employés de la CCQ qui disposent de pouvoirs d'enquête poursuivent leurs activités, de sorte que les responsabilités de l'organisme concernant la lutte à l'évasion fiscale et le respect des conventions collectives ne sont pas compromises. Il en va de même pour les enquêtes portant sur des actes d'intimidation et de discrimination.

La CCQ dit en outre qu'elle a pris les mesures nécessaires pour qu'un arrêt de travail ne perturbe pas le vote d'allégeance syndicale des 160 000 travailleurs de l'industrie qui se tient du 4 au 25 juin. Il était déjà prévu que ce vote se déroule par voie postale.

La ministre du Travail Lise Thériault a repris les mêmes arguments lorsqu'elle a été interrogée par les journalistes dans les corridors de l'Assemblée nationale.

« Concernant toutes les inspections, il y a quand même 300 personnes qui ne sont pas en grève présentement à la Commission de la construction. Donc, l'inspection des chantiers va se poursuivre, c'est évident », a-t-elle souligné. « Et par rapport aux [...] payes de vacances, elles sont déjà prêtes. Donc ça partira en temps et lieu. »

La ministre du Travail a aussi indiqué qu'une « liste de services essentiels a été déposée » à la Commission des relations du travail.

Le syndicat surpris

En entrevue à Radio-Canada mardi matin, le directeur général du Syndicat des employés professionnels et de bureau (SEPB-Québec), Serge Cadieux, n'a pas caché qu'il a été surpris par la décision de la CCQ.

La proposition du conciliateur, dit-il, « est en tout point conforme aux paramètres financiers » utilisés l'an dernier par le gouvernement dans ces négociations avec les syndiqués des secteurs public et parapublic.

Son hypothèse de règlement, dit-il, « ramène le coût courant du régime de retraite en équilibre » en le faisant passer de 22,3 % à 17 %. « Ça prend 18 % pour le ramener en équilibre et c'est ce que les parties contribuent, 9 % de chaque côté ».

« Je croyais que c'était réglé », admet M. Cadieux. Selon lui, la « décision irresponsable » de la CCQ dans ce dossier « va causer beaucoup de tort à l'industrie de la construction ».

Le syndicaliste demande au gouvernement du Québec de se saisir du dossier, en rappelant que le Conseil du Trésor est le responsable du dossier en vertu de la Loi sur le régime de négociation des secteurs public et parapublic.

« La loi est très claire : à partir du moment où les mandats et les paramètres financiers autorisés par le Conseil du Trésor sont respectés, ni la CCQ ni son conseil d'administration n'ont la latitude d'imposer un règlement à l'extérieur de ce cadre », fait valoir M. Cadieux.

« Il est temps que le gouvernement ramène à l'ordre Mme Lemieux, qui semble un peu diriger la commission comme si c'était une entreprise privée qui lui appartenait, ce qui n'est manifestement pas le cas », lance-t-il.

Mme Lemieux « est en train de saboter les efforts du gouvernement pour faire le ménage dans l'industrie de la construction », affirme M. Cadieux. « Son mandat, c'est de gérer l'industrie, un des secteurs clés de l'économie québécoise, pas de mettre le feu dans la maison ».

Des impacts réels sur l'industrie de la construction

Selon Serge Cadieux, la grève aura divers impacts sur l'industrie de la construction. Pour les paies de vacance, « tout est censé être terminé à la fin du mois de juin, mais si les syndiqués ne sont pas là, ça risque d'être problématique », soulignait-il.

« La CCQ voit à tout l'encadrement législatif de l'industrie de la construction. Donc, ça risque d'être problématique. » — Serge Cadieux
Le directeur exécutif du SEPB-Québec, Serge Cadieux Le directeur exécutif du SEPB-Québec, Serge Cadieux

Le débrayage va aussi nuire aux « inspections des chantiers de construction, [à la délivrance d'] infractions, et [aux] inspections de livres des entrepreneurs pour s'assurer que les heures sont bien rapportées », a fait valoir M. Cadieux.

« Le problème, c'est que quand [les inspecteurs] doivent valider des informations, il n'y a pas d'employés pour leur donner des informations pour valider ce qu'ils ont comme renseignement sur les chantiers. Donc, c'est difficile d'émettre des constats d'infraction à ce moment-là », précise le syndicaliste.

La grève nuira aussi à la délivrance des cartes de compétence aux nouveaux travailleurs de l'industrie, dont les étudiants qui viennent de terminer leurs études.

« On me dit qu'il y a entre 11 000 et 13 000 personnes qui s'apprêtent à entrer dans le secteur de la construction. Ces gens-là doivent passer leur carte de qualification à la CCQ, et c'est nos gens qui s'occupent de ça », indique M. Cadieux.

Négociations laborieuses

La PDG de la Commission de la construction du Québec, Diane Lemieux La PDG de la Commission de la construction du Québec, Diane Lemieux

La semaine dernière, les 600 employés de la CCQ avaient rejeté à 86 % la dernière offre patronale et s'étaient prononcés en faveur d'une grève générale illimitée.

En réaction, la direction avait décrété un lock-out de deux jours « devant l'absence de volonté » du syndicat « de négocier de bonne foi le renouvellement de leur convention collective ».

En raison de la reprise des négociations samedi dernier, le syndicat avait décidé de repousser le déclenchement de la grève prévu dimanche et s'était « dit prêt à recommander [à ses membres] l'acceptation de cette hypothèse de règlement » proposée par le conciliateur. Un règlement du conflit de travail semblait alors possible.

La convention collective des employés de la CCQ est échue depuis décembre 2009. La direction accuse le syndicat de négocier de mauvaise foi, tandis que le syndicat estime que la directrice générale de la CCQ, Diane Lemieux, fait preuve de mépris et d'intransigeance.

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