L’affaire Luka Rocco Magnotta

Luka Rocco Magnotta arrêté à Berlin

Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Arrestation de Luka Rocco Magnotta : Anne-Marie Dussault s'entretient avec un criminalste et un psychiatre.
Vidéo de l'arrestation de Luka Rocco Magnotta

Luka Rocco Magnotta, accusé d'avoir tué et démembré un étudiant chinois à Montréal, a été arrêté lundi après-midi, dans un cybercafé du quartier de Neukölln, à Berlin, en Allemagne.

Selon le porte-parole du Service de police de Montréal, Ian Lafrenière, l'homme de 29 ans a été reconnu par des gens qui se trouvaient sur place vers 14 h, heure locale, ou 8 h, heure avancée de l'Est (HAE).

Interpol n'a confirmé son identité que vers 12 h 40 HAE, précise-t-il, après avoir procédé à une vérification des empreintes digitales. La police de Berlin a fait savoir qu'il était seul au moment de l'arrestation et qu'il n'a pas résisté.

Vêtu d'une veste à capuche noire et portant des lunettes de soleil, il était en train de lire des informations sur sa fuite sur un écran au moment de son arrestation, a indiqué un témoin au site Internet du magazine Der Spiegel.

Magnotta a tenté dans un premier temps de donner de faux noms aux agents venus l'arrêter, mais a ensuite concédé : « ok, vous m'avez eu », précise la police berlinoise.

Selon un porte-parole de la police de Berlin, Stefan Redlich, Luka Rocco Magnotta est maintenant détenu et devrait comparaître devant un juge mardi. Le magistrat lui lira le contenu du mandat d'arrêt international délivré contre lui.

« Il est toujours détenu sur place à Berlin. Plusieurs démarches restent à faire pour s'assurer qu'il va revenir au Canada », a ajouté le porte-parole du SPVM. « S'il ne conteste pas [son extradition], ça peut être très rapide ».

La police de Montréal donnera plus de détails sur les circonstances de son arrestation et les procédures d'extradition qui seront entreprises lors d'une conférence de presse convoquée à 11 h, mardi.

Luka Rocco Magnotta s'adresse à l'employé du café internet où il a été arrêté. Luka Rocco Magnotta s'adresse à l'employé du café internet où il a été arrêté.

« Le web a mené à sa perte », dit le SPVM

« C'est un beau travail d'enquête et de partenariat. [Le suspect] a utilisé beaucoup le web pour se glorifier, mais c'est le web qui a mené à sa perte et qui a permis de l'arrêter », a affirmé Ian Lafrenière.

Les photos du suspect avaient été largement diffusées dans les médias et les réseaux sociaux depuis que son identité a été révélée mercredi dernier.

Les enquêteurs vont par ailleurs vérifier s'il pourrait être relié à d'autres crimes potentiels commis au Canada, a dit M. Lafrenière, en précisant que les policiers n'avaient « pas de crime particulier en tête ».

Luka Rocco Magnotta est formellement accusé par la Couronne de meurtre prémédité, d'outrage à un cadavre et de harcèlement criminel envers le premier ministre canadien Stephen Harper. Pour se conformer aux exigences d'un mandat international, trois autres accusations ont été déposées contre Magnotta, soit corruption de moeurs, profération de menaces, et utilisation de la poste pour livrer quelque chose d'obscène.

La victime du meurtre dont Magnotta a été accusé est Lin Jun, un ressortissant chinois originaire de la ville de Wuhan, dans la province du Hubei (centre de la Chine), qui étudiait à l'Université Concordia et se trouvait au Québec depuis juillet dernier.

Un pied de la victime a été envoyé aux locaux du parti conservateur à Ottawa, tandis qu'une main destinée au Parti libéral a été intercepté par Postes Canada. Des morceaux du cadavre de Lin Jun n'ont toujours pas été retrouvés.

M. Lafrenière a par ailleurs indiqué qu'un site Internet d'Edmonton continuait encore récemment de diffuser la vidéo du meurtre qui a été mise en ligne. « Les gens ont bien collaboré dans l'ensemble. Il y a des cas d'espèce. Dans notre enquête, si on est en mesure de les accuser... », a-t-il laissé tomber.

Séjour en France

La police française, qui était sur ses traces, a averti son homologue allemande lundi matin que le fugitif avait quitté Paris pour Berlin à bord d'un autocar de la compagnie Eurolines, a précisé une source policière à Paris à l'agence Reuters.

La police française est parvenue à retracer une bonne partie de l'itinéraire de Magnotta depuis son arrivée en sol français, en se basant notamment sur les signaux envoyés par son téléphone cellulaire, des photos prises par des caméras de surveillance dans les lieux publics et les moyens de transport, et les témoignages de commerçants et résidents qui l'auraient aperçu.

L'homme est arrivé à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle le samedi 26 mai en provenance de Montréal. Des clichés se trouvant sur la page des personnes recherchées d'Interpol montrent un homme vêtu d'un chandail Mickey Mouse qui se soumet aux vérifications de sécurité à l'aéroport.

Magnotta aurait d'abord été hébergé chez un homme à Clichy-la-Garenne, en banlieue de Paris. Cet homme se serait lui-même signalé aux autorités en découvrant plus tard le portrait du tueur présumé dans les médias.

La présence de Magnotta a aussi été signalée dans le quartier des Batignolles, dans le 17e arrondissement, où il aurait passé deux nuits dans un petit hôtel. Il a été vu dans un bar et aurait tenté sans succès de s'inviter à une soirée privée. « Il voulait faire la fête », a dit un habitant du quartier à des journalistes.

Un témoin, qui a requis l'anonymat, aurait vu vendredi soir des policiers dans le bar Le petit Batignolles. Ils auraient regardé des images de vidéosurveillance, montré la photo du suspect au patron, et emporté des bouteilles de boisson gazeuse vides en prenant la précaution de ne pas y déposer d'empreintes, probablement pour vérifier si elles ont été utilisées par Magnotta.

Selon le quotidien Le Parisien, le gérant d'un bar dans le même quartier du 17e arrondissement aurait aperçu l'homme dans son établissement, dans la nuit de mercredi à jeudi. Magnotta serait ensuite reparti avec un autre homme « au physique impressionnant », selon le témoignage du gérant aux enquêteurs.

Photo diffusée par Interpol montrant présumément Luka Rocco Magnotta à l'aéroport Roissy. Photo diffusée par Interpol montrant vraisemblablement Luka Rocco Magnotta à l'aéroport Roissy.  Photo :  Interpol (site de CBC)

Le fugitif a été ensuite vu dans le 11e arrondissement, près de la Bastille, avant d'être signalé à Bagnolet, dans la proche banlieue de Paris.

La police s'est rendue dans un hôtel de Bagnolet après avoir été alertée par des témoins. Le suspect n'y était pas, mais les enquêteurs auraient trouvé des effets personnels dans sa chambre, dont des revues pornographiques et des sacs vomitoires de la compagnie aérienne à bord de laquelle il a fait le voyage Montréal-Paris.

Les enquêteurs le soupçonnaient d'avoir pris un autocar pour un autre pays d'Europe, la commune de Bagnolet abritant la gare routière internationale.

La police jugeait que Magnotta était à court d'argent et qu'il serait « obligé de sortir du bois pour assurer sa subsistance », selon un enquêteur cité par Le Figaro.

Selon Le Figaro, il semble que le suspect soit cleptomane, puisqu'il serait déjà à l'origine de deux vols au moins dans le quartier des Batignolles, notamment dans une parfumerie.

Harper se félicite de l'arrestation

À Londres, où il participe aux festivités du Jubilé de diamant de la reine Élisabeth II, le premier ministre canadien Stephen Harper a brièvement commenté l'arrestation de Magnotta. « Je suis content que le suspect a été arrêté et je voudrais féliciter les forces policières pour leur travail », a-t-il déclaré.

Avant l'arrestation en Allemagne, Pékin avait exhorté le Canada à arrêter le plus vite possible le meurtrier. « Cela concerne un étudiant chinois au Canada [...]. La nature et l'impact de ces crimes sont absolument épouvantables et nous sommes profondément choqués », a déclaré Liu Weimin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Le chef par intérim du Parti libéral du Canada, Bob Rae, a eu une pensée pour la victime. « Je pense que dans toute la publicité sur l'arrestation, sur les évènements, il ne faut pas oublier qu'un homme est mort, un jeune homme qui est venu au Canada pour faire ses études, et qui est mort dans des circonstances absolument tragiques », a-t-il dit.

« Mes sympathies vont à la communauté chinoise », a pour sa part souligné le maire de Montréal, Gérald Tremblay. « On a eu l'occasion de parler avec la consule de Chine. Et on a vu à Pékin comment la Chine au complet est horrifiée par ce qui s'est passé ici à Montréal ».

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