Droits de scolarité au Québec : un débat de société

Des concerts de casseroles partout au Québec

Manifestation et concert de casseroles à Longueuil. Manifestation et concert de casseroles à Longueuil.  Photo :  Bahador Zabihiyan

Munies de leurs casseroles, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de différentes villes du Québec jeudi soir pour manifester leur mécontentement et leur opposition à la loi spéciale adoptée par l'Assemblée nationale.

Alors que se déroulait la 31e manifestation nocturne à Montréal, des symphonies de casseroles étaient entendues dans les banlieues de la métropole, mais aussi à Sherbrooke, à Trois-Rivières, à Gatineau, à Granby, à Québec et à Saguenay.

Des manifestations ont été rapportées dans des villes peu connues pour être contestataires comme Saint-Jérôme, La Prairie, Saint-Basile-le-Grand ou Saint-Eustache. Plusieurs dizaines de personnes se sont également rassemblées dans le Vieux-Longueuil pour frapper sur des casseroles et faire du bruit.

À Saguenay, de 150 à 200 manifestants de tous âges se sont rassemblés devant l'église Saint-Dominique de Jonquière pour un tintamarre de casseroles. La manifestation a été déclarée illégale puisqu'aucun itinéraire n'a été fourni aux policiers.

Au point de rassemblement, les manifestants ont scandé des slogans contre la loi spéciale et contre le gouvernement de Jean Charest. L'attroupement s'est ensuite déplacé pacifiquement et les policiers ont encadré la marche pour éviter les débordements.

Concert de casseroles dans un quartier de Montréal. Concert de casseroles dans un quartier de Montréal.  Photo :  Luc Lavigne

À Québec, les 176 arrestations de la veille n'ont pas empêché plusieurs centaines de personnes de se rassembler devant l'Assemblée nationale, munies de casseroles et de tout objet pouvant faire du bruit.

La manifestation était légale puisque les organisateurs avaient remis un itinéraire aux policiers. Quelques heures après le début de la manifestation, de retour devant le parlement, les gens ont commencé à se disperser. Trois personnes auraient été arrêtées, dont une qui arborait un costume de banane.

À Sherbrooke, où de nombreuses altercations ont eu lieu au cours des derniers jours, une vingtaine de groupes de 20 personnes se sont répartis dans la ville, ustensiles et casseroles à la main.

À Trois-Rivières, une centaine de personnes sont descendues dans les rues et ont fourni leur parcours aux autorités policières. Une centaine de personnes ont également manifesté à Gatineau et quelque 500 personnes se sont mobilisées à Granby.

En marge de la manifestation nocturne, un joyeux tintamarre se faisait également entendre dans les différents quartiers de la métropole, allant de Rosemont à Villeray, passant par Ahuntsic au Plateau-Mont-Royal.

Depuis près d'une semaine, des milliers de citoyens dénoncent la loi 78 en tapant sur des casseroles, certains descendant dans les rues. Un groupe sur Facebook invite la population à se munir d'accessoires de cuisine, tous les soirs, à 20 h, et à « taper dessus avec toute la rage » que la loi 78 leur inspire.

Cette idée est notamment inspirée du Chili où ce vacarme programmé est appelé « cacerolazo ». Il a été observé à partir des années 1970 pour dénoncer la dictature d'Augusto Pinochet. Il a ensuite été récupéré dans les dernières années par le mouvement étudiant chilien, qui s'oppose lui aussi à une hausse des droits de scolarité. En espagnol, « cacerola » signifie « casserole » et « azo » veut dire « coup ».

Plus près de nous, les Acadiens font chaque année, le 15 août, leur grand tintamarre. Ce charivari de sons divers et joyeux remonte à 1979. Le tintamarre acadien célèbre la survie d'un peuple que les Britanniques ont tenté de décimer avec la déportation de 1755 à 1762.