Droits de scolarité au Québec : un débat de société

Conflit étudiant : ouverture au dialogue, mais positions bien campées

Le compte rendu de Martine Biron

Tout en martelant leur position, les principaux acteurs impliqués dans le conflit étudiant se disent néanmoins tous prêts à renouer les pourparlers, qui pourraient reprendre d'ici quelques jours.

Interrogée par les journalistes mercredi après-midi, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'est montrée disposée à rencontrer les leaders étudiants rapidement, affirmant que le gouvernement avait toujours été ouvert à la discussion. « S'ils veulent venir aujourd'hui, je suis tout à fait prête », a-t-elle déclaré à sa sortie du Conseil des ministres, disant faire de ce dossier une « priorité ».

Mais si les leaders étudiants posent l'abrogation de la loi spéciale et l'application d'un moratoire sur la hausse des frais de scolarité comme conditions aux pourparlers, il ne peut pas y avoir de discussions, a cependant averti la ministre.

« C'est autour d'une table qu'on trouve des solutions. Il faut avoir des solutions pragmatiques [...] qui vont permettre le dénouement de cette situation. » — Michelle Courchesne

Mme Courchesne a indiqué que les discussions ne reprendraient que lorsque les trois principales associations étudiantes - la FEUQ, la FECQ et la CLASSE - auraient autre chose à proposer qu'un moratoire sur les droits de scolarité. Pas question, pour le gouvernement de renoncer à la hausse des frais.

« Je ne lâcherai pas. Je suis tenace, vous savez. [...] Les associations étudiantes savent très bien que ce n'est pas une possibilité », a-t-elle déclaré, soulignant qu'il en avait été abondamment question lors du marathon de négociations des 4 et 5 mai.

Le gouvernement a fait des compromis dans les dernières semaines et c'est maintenant aux étudiant à « faire leur bout de chemin », a-t-elle ajouté, se disant prête à « accueillir » les propositions des étudiants.

Oui à la négociation, non à la simple discussion, disent les leaders étudiants

Léo Bureau-Blouin de la FECQ et Martine Desjardins de la FEUQ Léo Bureau-Blouin de la FECQ et Martine Desjardins de la FEUQ

En entrevue à RDI, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, a précisé que la suspension de la loi adoptée la semaine dernière n'était pas une condition à la reprise des pourparlers, pas plus que le moratoire sur les frais de scolarité. Les sujets doivent cependant être abordés à la table de négociations, a-t-elle soutenu.

Si la ministre est « allergique au terme moratoire, je suis prête à apporter mon dictionnaire des synonymes », a-t-elle ironisé, ne reculant pas sur le principe du moratoire.

« On veut trouver une sortie de crise, mais il faut être sérieux. Le gouvernement dit: "on est prêt à faire des compromis", mais ne recule pas sur la question des frais de scolarité », a ajouté Mme Desjardins.

Affirmant que les leaders étudiants étaient prêts à « faire leur bout de chemin », elle a à son tour invité le gouvernement à faire de même. Mme Desjardins a fermé la porte à une simple « discussion », mettant plutôt de l'avant la solution d'une « négociation ». « Il va falloir considérer toutes les avenues et ne pas dire "on ne parlera pas de moratoire". Tout doit être sur la table », a-t-elle martelé.

« Ce que les Québécois attendent de nous, ce ne sont pas juste des discussions mais des solutions. » — Léo-Bureau-Blouin, président de la FECQ

« C'est bien beau de parler, mais il faut que ce soit dans une intention de régler », a renchéri, à ses côtés, son homologue de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo-Bureau-Blouin. « Une négociation, c'est ça : chacune des parties part de sa position et on essaie de trouver des compromis », a-t-il ajouté.

Il a en outre souligné les difficultés créées par la loi spéciale, qui n'a pas mis un terme aux manifestations.

« Depuis le début - je le réitère - notre intention, c'est de régler ce conflit, de pouvoir pacifier le climat social au Québec », a-t-il ajouté.

Vers une nouvelle rencontre ?

Mme Desjardins a indiqué qu'une réunion pourrait se tenir au cours des prochains jours, peut-être même vendredi, précisant que la ministre Courchesne avait demandé à la FECQ et à la FEUQ de suggérer une date de rencontre. L'entretien pourrait se dérouler à Québec ou à Montréal, où la ministre se serait montrée ouverte à se rendre.

Après avoir contacté la FECQ mardi soir, le bureau de la ministre Courchesne avait contacté la FEUQ mercredi avant-midi. « Il ne s'agit pas négociations, il s'agit plutôt de discussions plus générales, plus préliminaires », a précisé Léo-Bureau-Blouin. « On ne peut pas parler de quoi que ce soit de très officiel ».

L'autre grande association étudiante, la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), n'a pas été appelée. La ministre Courchesne dit présumer que le groupe ne veut pas négocier parce qu'il appelle à la désobéissance civile.

Les négociations entre Québec et les trois grandes associations étudiantes du Québec sont au point mort depuis le rejet, par la quasi-totalité des associations étudiantes des cégeps et des facultés universitaires, au début du mois, de l'entente de principe ratifiée par les principaux leaders étudiants, le 5 mai.

L'impasse a mené à l'adoption d'une loi spéciale qui prévoit la suspension des sessions dans les institutions touchées par des grèves étudiantes et établit de nouvelles règles pour la tenue de manifestations, règles qui sont assorties de sévères sanctions.

Les associations étudiantes prévoient contester cette loi en déposant une requête en nullité devant les tribunaux, jeudi ou vendredi.

L'opposition en faveur de la négociation

À l'Assemblée nationale, le Parti québécois est une fois plus revenu à la charge pour demander au premier ministre Jean Charest de rencontrer lui-même les étudiants.

« M. Charest n'a pas pris cinq minutes pour s'asseoir avec les étudiants, a soutenu la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois. Il est lui-même responsable de cette crise qui n'en finit plus. Sa première responsabilité, comme premier ministre, c'est d'aller s'asseoir avec les étudiants, d'ouvrir un véritable dialogue et de parler de ce qui préoccupe les étudiants, soit la hausse des droits de scolarité. »

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, qui appuie la hausse des droits de scolarité et la loi 78, s'est montré favorable à des négociations entre les associations étudiantes et le gouvernement du Québec.

« Est-ce que les étudiants sont d'accord pour augmenter d'un dollar les droits de scolarité? Il faut leur demander. » — François Legault

Le chef caquiste a cependant affiché son scepticisme quant aux résultats. « Il faut être deux pour négocier. Est-ce qu'il y a une volonté vraiment, du côté des étudiants, de proposer autre chose qu'un gel des droits de scolarité? », a-t-il demandé.

Le chef du parti indépendantiste Option nationale, Jean-Martin Aussant, a déposé à l'Assemblée nationale une pétition demandant au gouvernement de revenir sur sa décision de hausser les frais de scolarité. La pétition, en ligne pendant trois mois, a été signée par 53 556 personnes. Option nationale défend le principe de la gratuité scolaire.

La ministre de la Culture approuve la loi 78

À leur sortie du Conseil des ministres, plusieurs membres du Cabinet Charest se sont dits solidaires du caucus libéral dans le dossier de la loi 78. La loi « n'empêche pas les manifestations - contrairement à ce que l'on tente de véhiculer - elle les encadre », a fait valoir la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine Christine St-Pierre.

« Quand on n'est pas d'accord avec un gouvernement, on s'implique sur le plan électoral on va dans une campagne électorale, on fait valoir nos idées. Si les gens ne sont pas d'accord avec nous, avec nos positions, il y a des forums pour ça qui sont démocratiques. » — Christine St-Pierre

Il est nécessaire, dans un État de droit, que les citoyens respectent la loi, a ajouté la ministre.

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