Droits de scolarité au Québec : un débat de société

100e jour du conflit étudiant : une foule monstre dans les rues de Montréal

La manifestation des 100 jours - Entrevue Léo Bureau-Blouin

Des dizaines de milliers de personnes, voire davantage, se sont retrouvées au parc La Fontaine en fin d'après-midi après avoir marché plusieurs heures dans les rues du centre-ville de Montréal contre la hausse des droits de scolarité et la loi 78 adoptée vendredi par Québec.

La manifestation, organisée par les fédérations étudiantes et les syndicats réunis au sein de l'Alliance sociale, s'est pour l'essentiel déroulée dans le calme, alors que le mouvement étudiant est entré dans sa centième journée de grève.

La foule est partie de la place des Festivals, vers 15 h, avec la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) à sa tête. Une importante partie des manifestants ont suivi la CLASSE lorsqu'elle a dévié de l'itinéraire officiel. Bien que ce geste contrevienne à la loi 78, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n'est pas intervenu, en raison du bon déroulement de cette marche.

Ces deux groupes se sont éventuellement retrouvés pour cheminer ensemble vers le parc La Fontaine.

Entre-temps, un autre groupe, vêtu de noir et masqué, s'est joint un moment à la marche avant de partir et de se diriger vers le quartier des affaires pour manifester. Ils ont été repoussés par la police et se sont retrouvés rue Sherbrooke. Des projectiles ont été lancés. Le SPVM a alors déclaré cette marche illégale.

Une partie importante de la foule réunie au parc La Fontaine a quitté pour rentrer chez elle en début de soirée, quelques milliers de personnes ayant plutôt décidé de continuer à marcher dans le centre-ville.

Cette foule réduite a emprunté un itinéraire en direction sud-ouest, marchant jusqu'au secteur des rues Sainte-Catherine et Peel, avant de revenir vers les nord-ouest, pour emprunter l'avenue De Lorimier vers le sud.

Les manifestants ont été déviés de leur cours par la police, à l'approche du pont Jacques-Cartier. La foule, alors clairsemée, s'est rendue au parc Émilie-Gamelin, où devait débuter un rassemblement en vue d'une manifestation nocturne.

Par ailleurs, en soirée, sur le Plateau-Mont-Royal et dans les secteurs adjacents, plusieurs personnes, sur leur balcon, se sont mises à cogner sur des casseroles. Il s'agit d'un mouvement populaire lancé sur Internet au cours du week-end, qui reprend un moyen de contestation utilisé en Amérique du Sud.

Les manifestations au centre-ville ont rendu la vie difficile aux automobilistes et aux usagers des transports publics, notamment durant l'heure de pointe.

Outre le SPVM présent sur les réseaux sociaux, la Société de transport de Montréal (STM) communique en direct l'état du service pour le métro et réseau d'autobus en proposant des trajets alternatifs pour ses clients, qui voudraient contourner les voies bloquées par les manifestants.

Lors d'un point de presse en début d'après-midi, le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, a demandé aux manifestants de respecter le trajet fixé par la FECQ, la FEUQ et l'Alliance sociale.

Itinéraire de la manifestation

« 100e jour de grève, 100e jour de mépris de la part du gouvernement, qui refuse toujours de négocier avec les étudiants. La loi 78, visiblement, ne fonctionne pas. Une table de négociation serait beaucoup plus appropriée », a dit de son côté Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.

Le co-porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, dit que le gouvernement ne pourra plus associer la désobéissance civile au vandalisme. Contrairement à la FECQ, la FEUQ et l'Alliance sociale, la CLASSE n'avait pas fourni l'itinéraire qu'elle comptait emprunter.

« Le gouvernement semble avoir sous-estimé la capacité de mobilisation des étudiants. [...] Des rassemblements comme celui-là, il y en aura tout l'été, s'il le faut. Le problème, ce n'est pas la grève étudiante, mais la hausse des droits de scolarité », a affirmé en point de presse Jeanne Reynolds, co-porte-parole de CLASSE.

Des autobus ont été nolisés ailleurs dans la province, à Québec et à Gatineau, pour le transport de manifestants vers la métropole.

Le SPVM satisfait

Le SPVM dresse un bilan somme toute positif de la journée.

« On est heureux de voir que le résultat est bien », a dit en entrevue Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM, qui confirme qu'il n'y a pas eu d'arrestation. « La majorité ont pris l'itinéraire prévu, avant de se rassembler au parc La Fontaine. C'est un grand message qu'ils ont envoyé sans faire de casse », soutient-il.

Par ailleurs, M. Lafrenière explique que même si des manifestants se sont écartés de l'itinéraire annoncé, les policiers pouvaient difficilement intervenir, même s'ils auraient pu le faire en vertu de la loi 78.

« Plusieurs personnes ne savaient même pas où elles s'en allaient, elles suivaient la manifestation, croyant qu'elles se rendaient à la bonne place. Certains organisateurs ont dit que c'était une bonne idée de ne pas donner l'itinéraire. Ça me laisse perplexe. 98 % des gens qui font des manifestations à Montréal donnent leur itinéraire et ça se déroule bien. Moi je de la misère à leur dire qu'ils font la mauvaise chose », soutient-il.

Par ailleurs, M. Lafrenière souligne que les policiers en sont encore à déterminer comment appliquer la loi 78, notamment pour permettre aux citoyens de faire parvenir leur itinéraire aux policiers. « Il y a entre 1000 et 1500 événements par année à Montréal. [Il faut voir] comment faire pour que ce soit facilitant pour tous », dit-il.

Des appuis à New York et à Paris

Par ailleurs, le mouvement québécois reçoit des appuis de l'étranger. Des étudiants de l'Université de la ville de New York ont organisé un rassemblement devant les bureaux de la délégation générale du Québec, située au Rockefeller Center.

Un peu plus tard, une marche devait partir de Washington Square. Les organisateurs de l'événement ont demandé aux participants de porter du rouge.

À Paris, en France, un rassemblement a eu lieu en soirée devant la fontaine Saint-Michel.

Lundi, la CLASSE a déclaré qu'elle refusait de se soumettre à la loi 78.

Le même jour, l'association a mis en ligne un site web pour inviter tous les citoyens à afficher publiquement leur intention de désobéir à cette loi. Mardi matin, plus de 2700 personnes avaient affiché leur photo sur « arretezmoiquelquun.com », en dévoilant publiquement leur identité sur le site Internet.

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Consultez notre tableau résumé de la Loi permettant aux étudiants de recevoir l'enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent.

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