Enseignement supérieur au Québec : un débat de société
Si la rencontre de la veille avec la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, avait « rassuré » les leaders étudiants, l'annonce du dépôt d'un projet de loi spéciale pour mettre fin au conflit étudiant les a fait déchanter.
Selon la CLASSE, il ne fait aucun doute que le projet de loi proposé par Québec envenimera la crise « comme jamais auparavant ». Ses porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds, ont relancé leur appel à la mobilisation et invité la population à sortir dans les rues dès ce soir.
« Si le but de cette loi-là est de calmer les choses, on va assister à un échec. Cette loi-là va plutôt mettre le feu aux poudres, littéralement », a lancé Jeanne Reynolds en point de presse, quelques minutes après celui de la ministre Courchesne et du premier ministre Charest.
« Le gouvernement libéral semble être un gouvernement qui préfère frapper la jeunesse, qui préfère ridiculiser la jeunesse plutôt que de l'écouter », a pour sa part déclaré Gabriel Nadeau-Dubois.
La CLASSE assimile le projet de loi à un « lock-out ».
La FECQ dénonce une « pièce de théâtre » à des fins politiques
Léo Bureau-Blouin de la FECQ et Martine Desjardins de la FEUQ
Lors d'une conférence de presse distincte, le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, et sa collègue de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins n'ont pas non plus mâché leurs mots, particulièrement à propos du premier ministre, Jean Charest.
M. Bureau-Blouin a évoqué « une grande frustration pour des milliers de jeunes qui vont s'en souvenir ». « Ce n'est pas à coups de matraques ou de lois qu'on va mettre fin à ce conflit politique! », a-t-il ajouté.
M. Bureau-Blouin a en outre répété que l'organisation avait déjà donné le mandat aux services juridiques de la Fédération de contester le projet de loi.
Il a aussi déploré que le gouvernement ne se soit pas montré ouvert à la proposition qu'il lui a soumise il y a quelques jours et qu'il avait évoquée plus tôt dans la journée.
« Le gouvernement, avec la mise en place d'une loi spéciale, avec son entêtement face à la hausse des frais de scolarité, vient mettre ce soir un fossé important entre lui et la jeunesse du Québec », a pour sa part lancé Mme Desjardins.
Mme Desjardins a qualifié les mesures proposées par le gouvernement Charest de « mesures palliatives ». Un bachelier québécois termine son parcours universitaire avec une dette de 14 000 $, a-t-elle rappelé, ajoutant que la hausse prévue allait porter à près de 5000 $ le coût de la scolarité universitaire, tous frais confondus. Malgré la bonification des bourses pour les moins bien nantis, quelque 50 000 autres verront leur endettement augmenter, a-t-elle déploré.
Selon elle, 80 % des étudiants sont contre la hausse des frais de scolarité.
Tous deux ont regretté que le gouvernement ait attendu à la mi-avril pour entamer des discussions avec les étudiants, alors qu'ils étaient déjà en grève depuis 10 semaines.
Le déroulement de la prochaine campagne électorale ne sera pas de tout repos pour les libéraux, a par ailleurs averti Mme Desjardins. « On a déjà un plan mis en place », a-t-elle a lancé.
« Après des lois spéciales comme celle-là, il ne faut pas se demander pourquoi les jeunes perdent foi en leurs institutions démocratiques », a affirmé M. Bureau-Blouin, en référence à Line Beauchamp, qui, lors de sa démission, lundi, avait déploré le peu de confiance accordée aux élus par les leaders étudiants.
Un article de Sophie-Hélène Lebeuf et de Lili Boisvert