Enseignement supérieur au Québec : un débat de société

Conflit étudiant : Pauline Marois implore le gouvernement de ne pas recourir à une loi spéciale

Loi spéciale : analyse et entrevue

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, demande au premier ministre Jean Charest de ne pas aller de l'avant avec l'adoption d'une loi spéciale pour mettre fin au conflit étudiant, comme le veulent les rumeurs. La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, fera le point en soirée sur les intentions du gouvernement.

« Je peux dire au premier ministre que je serai la première à le féliciter s'il règle cette crise sans coup de force », a-t-elle dit au cours d'un point de presse. Il faut « reprendre le dialogue de bonne foi », a-t-elle ajouté. C'est à titre de chef de l'opposition officielle, mais « aussi surtout comme mère de famille » qu'elle a dit lancer ce message.

Elle a, à nouveau, plaidé pour un moratoire de la hausse des frais de scolarité. « Nous pouvons être pour ou contre la hausse des frais de scolarité mais nous ne pouvons pas être contre la jeunesse québécoise », a-t-elle lancé.

« Les carrés blancs, les carrés rouges et les carrés verts sont tous d'accord pour la solution du moratoire. Personne ne perdra la face. » — Pauline Marois

Selon les journalistes de Radio-Canada, le projet de loi spéciale aurait pour but de permettre le retour en classe des étudiants qui le désirent. Il prévoirait des infractions qui introduiraient des amendes importantes pour ceux qui y contreviendraient.

En matinée, le quotidien La Presse affirmait qu'un tel projet de loi serait dans les cartons du gouvernement Charest depuis plusieurs jours.

Plusieurs croient plutôt que cette solution attiserait les tensions dans les campus. Au cours d'un point de presse, le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, a lui aussi prévenu des dangers que comporterait un projet de loi spéciale, susceptible, selon lui, de « menacer encore plus la paix sociale ». Il a plutôt demandé au premier ministre de favoriser la négociation.

La ministre Courchesne évoque un « durcissement de ton »

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne

En matinée, la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a dit avoir constaté un durcissement de la position des étudiants lors de sa réunion avec les principaux leaders du mouvement, la veille.

« La rencontre d'hier m'a permis de constater - j'en ferai rapport au Conseil des ministres dans quelques heures - que le ton s'est raffermi, qu'il n'y a pas davantage de place au compromis. De leur côté, j'ai constaté un durcissement de leur position; ça, c'est très clair dans mon esprit. » — Michelle Courchesne

La ministre Courchesne affirme que, lorsqu'elle aura transmis ses impressions aux ministres, « le gouvernement jugera des décisions qu'il doit prendre ». Elle a fait ces déclarations, ses premières depuis sa rencontre avec les étudiants, dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

Michelle Courchesne est aussi revenue sur le sujet à la période des questions. Elle a expliqué qu'elle avait tenu deux rencontres mardi. Elle a affirmé que la première, avec les recteurs et des représentants des cégeps, avait permis de travailler pour tenter de sauver les sessions des étudiants « en mode solution ».

Sur la deuxième rencontre, la ministre a dit qu'elle s'était en effet, comme l'avaient déclaré les représentants étudiants la veille, déroulée sur un ton « cordial et correct ». Elle a aussi confirmé que les étudiants et elle avaient convenu de garder un lien de communication.

Elle a réaffirmé qu'elle jugeait que la position des étudiants s'était considérablement raffermie depuis le moment où ils ont signé une entente de sortie de crise.

Possible échéancierLe conseil des ministres, au cours duquel Michelle Courchesne doit faire un rapport des discussions tenues mardi avec les étudiants, a commencé à 11 h. Cette réunion se termine généralement autour de 15 h. La ministre de l'Éducation a indiqué qu'elle parlera à la presse après le conseil des ministres.

Selon la procédure parlementaire, le gouvernement pourrait mettre fin à la séance parlementaire actuelle pour en reprendre une autre en soirée, avec une nouvelle période de questions. Après celle-ci, il pourrait déposer un projet de loi spéciale. Il pourrait aussi attendre à demain, après la période de questions prévue à 10 h.

Dès le dépôt d'un tel projet de loi, toutes les règles de procédure seraient levées. Un débat serait ensuite tenu sur le projet de loi, ce qui peut durer de 12 à 14 heures. Ce projet de loi pourrait donc, en théorie, être adopté dans la nuit de mercredi à jeudi, ou encore dans la nuit de jeudi à vendredi.

Sur le terrain, de nouveaux établissements scolaires tentaient d'ouvrir leurs portes, mercredi, afin de faire respecter des injonctions.

Des scénarios de sortie de criseAu cours des derniers jours, plusieurs scénarios pour mettre fin à la crise étudiante ont été évoqués :
  • Conclusion d'une entente
  • Adoption d'une loi spéciale pour mettre fin au conflit
  • Moratoire sur la hausse des frais de scolarité le temps que soient tenus des États généraux sur le financement des universités
  • Déclenchement des élections