Enseignement supérieur au Québec : un débat de société
Pour une troisième journée consécutive, plusieurs dizaines d'étudiants grévistes ont réussi à empêcher la reprise des cours qu'a ordonnée le tribunal au Cégep de Sherbrooke. La direction a annoncé la suspension des cours peu après 8 h 30.
Les grévistes étaient de nouveau massés devant les portes du pavillon principal mardi matin, une stratégie qui avait déjà forcé la direction à suspendre les cours vendredi et lundi pour des raisons de sécurité.
Les grévistes n'étaient cependant pas seuls ce matin : quelques dizaines de « verts », comme on désigne ceux qui s'opposent au débrayage, se sont aussi rassemblés sur le campus pour manifester leur désir de rentrer en classe.
Quelques étudiants opposés à la grève ont tenu à livrer leur message mardi matin.
Au moment où la direction a annoncé sa décision, les deux groupes se faisaient face, à quelques mètres de distance seulement. Malgré une tension palpable, aucun affrontement n'est à signaler.
Les « verts » n'ont pas tenté d'entrer au cégep, les portes de l'établissement demeurant fermées à la demande de la direction, qui souhaite éviter tout grabuge.
Le retour en classe au Cégep de Sherbrooke est obligatoire en vertu d'une injonction accordée mardi par la Cour supérieure à un groupe d'étudiants désireux de reprendre les cours, suspendus depuis le 1er mars.
Il devait initialement avoir lieu vendredi dernier, au lendemain d'une assemblée générale houleuse au terme de laquelle les étudiants ont décidé de reconduire la grève jusqu'au 4 mai dans une proportion de 55,9 %.
Le cégep pourrait être accusé d'outrage au tribunal s'il ne rouvre pas ses portes. Cette possibilité a fait l'objet d'une audience hier devant le juge Gaétan Dumas de la Cour supérieure.
« Ce qui se passe à Sherbrooke, et c'est ce qu'on a vu en Outaouais, à Valleyfield et à plusieurs endroits, c'est une démonstration que la judiciarisation du conflit est quelque chose de quand même fragile et à laquelle il faut faire attention, parce que cela peut mener à des affrontements et à des tensions »,a commenté mardi le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin.
« C'est pourquoi , à long terme, cela serait peut-être plus simple de codifier, de réglementer le droit de grève des étudiants pour éviter qu'il y ait des recours systématiques aux tribunaux », affirme-t-il.
Cours suspendus au Cégep Maisonneuve
À Montréal, des étudiants du Collège de Maisonneuve ont également réussi à empêcher le retour en classe de certains étudiants qui ont obtenu une injonction interlocutoire la semaine dernière.
Des dizaines d'étudiants, accompagnés de quelques professeurs et de parents, ont bloqué les différentes entrées du cégep, ce qui a forcé la direction de l'établissement à suspendre les cours.
La tension était telle qu'un groupe d'intervention de la police a été déployé sur place pour éviter d'éventuels affrontements ou débordements.
Des étudiants de quatre écoles secondaires de Montréal débraient aussi pour contester la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans. Il s'agit des écoles Louise-Trichet, Louis-Riel, Saint-Louis et Jeanne-Mance.
Au Cégep de Saint-Laurent, des étudiants ont de nouveau érigé des piquets de grève mardi matin, mais sans se livrer à des opérations de blocage. Lundi, la direction a suspendu les cours après que des grévistes eurent effectué du piquetage sur le campus pour empêcher la reprise des cours ordonnée là aussi par la Cour supérieure.
Lundi soir, de 8000 à 10 000 personnes ont marché dans les rues de Montréal pour dénoncer la façon dont le gouvernement du Québec agit dans ce dossier. C'était la septième manifestation nocturne consécutive dans la métropole. Des manifestations de nuit ont aussi eut lieu à Québec et à Gatineau.
Plusieurs manifestations doivent avoir lieu mardi. La FECQ, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) prévoient notamment manifester ce midi devant les bureaux montréalais du premier ministre Jean Charest. Des syndicats soulignant la Journée internationale des travailleurs se joindront à eux.
Ailleurs en province
Au Cégep de Saint-Félicien, le retour en classe se déroule sans heurts mardi matin. Les étudiants, qui étaient en grève depuis 39 jours, ont voté en faveur d'un retour en classe dans une proportion de 51 % lundi. Le taux de participation a été de 72 %.
Le retour en classe se déroule aussi sans problème au campus de Gaspé du Cégep de la Gaspésie, où les étudiants ont voté à 51 % pour mettre un terme à leur grève.
À Gatineau, l'injonction des étudiants réclamant la reprise des cours au Cégep de l'Outaouais a été acceptée.
Par ailleurs, la direction de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) a fait savoir mardi matin qu'elle ne commentera pas la mise en demeure que lui ont envoyée des étudiants en fin de semaine.
Des étudiants en faveur de la grève étudiante avaient envoyé cette mise en demeure afin que l'établissement respecte le vote de grève tenu lors de l'assemblée générale spéciale, jeudi dernier.
L'UQO doit donner des cours en raison d'une injonction de la Cour supérieure qui est en vigueur jusqu'au 4 mai. Les professeurs donnent leurs cours à distance pour empêcher des affrontements sur le campus.
Quatre étudiants de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) ont également fait parvenir une mise en demeure à l'Association générale des étudiants du campus de Rimouski et une autre à la direction de l'établissement.
Ils allèguent que, selon les termes du dernier vote de grève, une nouvelle assemblée devait être tenue trois jours après des négociations avec la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et une proposition sur les droits de scolarité. D'après eux, ces conditions ont été remplies la semaine dernière.
Contre-proposition de la FEUQ et de la FECQ
La FECQ et la FEUQ doivent tenir un conférence de presse mardi, à 13 h 30, pour faire une contre-proposition au gouvernement.
La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, a confirmé au Réseau de l'information que la proposition en sept points comprendra un gel des droits de scolarité qui s'effectuera à coût nul pour les contribuables.
La CLASSE, qui a déjà rejeté l'offre de Québec, fera sa contre-proposition jeudi.