Droits de scolarité au Québec : un débat de société

Grève étudiante : Charest intransigeant

Le premier ministre Jean Charest Le premier ministre Jean Charest

Le premier ministre Jean Charest et Pauline Marois ont eu des échanges très vifs jeudi après-midi à Québec devant le comité des crédits.

Pauline Marois a imputé la responsabilité du chaos social au premier ministre, qu'elle a accusé d'avoir prémédité cette crise afin de masquer son bilan. « Le maintien de la paix sociale est le premier devoir du premier ministre, pourtant il agit comme s'il voulait, au contraire, ébranler la paix sociale », a-t-elle dit.

La chef de l'opposition officielle a proposé au gouvernement de suspendre la hausse des droits de scolarité.

Jean Charest a répliqué en affirmant que la chef de l'opposition pratique la politique de la « terre brûlée », que la décision de la hausse a été prise il y a un an et que seuls le PQ, la CAQ et les médias parlent d'élections.

M. Charest a jugé que la position du Parti québécois sur la question n'est pas claire, ajoutant que Mme Marois est, au fond, favorable à la hausse des droits de scolarité.

Ces échanges sont intervenus peu de temps après le rejet par le gouvernement Charest de l'invitation lancée par la FEUQ et la FECQ pour la reprise des négociations en présence de deux délégués de la CLASSE.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre a défendu la décision de sa ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, d'expulser la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) des négociations visant à mettre fin à la grève étudiante en cours depuis la mi-février.

Dans un bref point de presse donné dans les corridors de l'Assemblée nationale, le premier ministre du Québec s'est insurgé contre l'idée que la ministre a jeté de l'huile sur le feu en expulsant la CLASSE sous prétexte qu'elle a choisi le camp de la perturbation sociale.

Poser la question en ces termes, dit-il, revient à adopter « la prémisse que le gouvernement, en assumant ses responsabilités, qui sont des responsabilités démocratiques, légitimes, aurait légitimé des actions ».

« C'est faux ça. Je m'oppose beaucoup à la prémisse de ces questions-là, parce que c'est justement le genre de choses que nous devons beaucoup, surtout le lendemain de gestes de violence, dénoncer avec beaucoup de fermeté », a déclaré Jean Charest.

« Ce n'est pas au prix de la violence qu'on accepte de négocier. Ce n'est pas au prix de l'intimidation qu'on accepte de négocier. » — Jean Charest

« Je veux vous dire que rien ne justifie la violence ou l'intimidation. Il faut le dire et le redire. Là-dessus, les leaders d'opinion ont la responsabilité de dénoncer les gestes de violence et de le faire sans réserve. [...] L'intimidation et la violence sont un affront à nos valeurs démocratiques », a-t-il affirmé.

M. Charest a révélé que le négociateur du gouvernement dans ce dossier a le mandat d'entrer en contact avec la Fédération étudiante collégiale (FECQ), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Table de concertation étudiante du Québec (TACEQ) pour reprendre les négociations.

« On va continuer, comme nous l'avons fait, avec ouverture, à travailler avec ceux qui veulent travailler avec nous, sur la base des mêmes valeurs, et avec la même ouverture. » — Jean Charest

Le premier ministre Charest rappelle que le gouvernement a déjà tendu la main aux associations étudiantes en modifiant son régime de prêts et bourses afin d'améliorer l'accessibilité aux études.

La FECQ et la FEUQ souhaitent aussi reprendre les négociations avec Québec, dès vendredi 14 h, mais veulent inclure des membres de la CLASSE au sein de leurs équipes de négociations.

Quelque 175 000 étudiants des cégeps et universités de la province demeurent en grève pour dénoncer la hausse des droits de scolarité à l'université de 1625 $ sur cinq ans. Certains d'entre eux débraient pour une 11e semaine.

Beauchamp et Dutil attaquent aussi la CLASSE

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et son collègue à la Sécurité publique, Robert Dutil, ont aussi montré du doigt la CLASSE dans des points de presse donnés quelques minutes après Jean Charest.

La ministre Beauchamp s'est aussi dite prête à continuer à négocier avec trois des quatre associations étudiantes, mais non avec la CLASSE. « Nous on a encore des éléments à proposer aux trois fédérations, la FEUQ, la FECQ et la TACEQ autour de la table », a-t-elle dit.

« Le gouvernement ne peut pas répondre à la violence, [mais peut] mener des négociations de bonne foi, sur le bon sujet. » — Line Beauchamp

Elle exclut cependant l'imposition d'un moratoire sur la hausse des droits de scolarité en attendant de régler la question de fond, comme le réclament notamment le Parti québécois et les professeurs de cégeps et d'université. Agir de la sorte, dit-elle, serait « faire gagner ceux qui utilisent la violence » comme moyen de « chantage ».

Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, juge de son côté que la CLASSE « encourage la violence » et que son porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, agit de façon « extrêmement grave » dans ce dossier.

« Je pense que quand on décode l'ensemble de ce [que la CLASSE] dit, à travers toutes les tergiversations, ça semble très clair : c'est un mode opératoire qu'ils ont adopté et c'est malheureux. » — Robert Dutil

Le ministre Dutil admet que des casseurs professionnels peuvent détrôner des manifestations étudiantes, mais affirme que cela ne se produirait pas « s'il était clair que les gens qui organisent les manifestations étudiantes disaient qu'on exclut, qu'on ne veut pas, qu'on ne s'entendra pas avec des gens qui veulent faire de la casse. »

Le ministre Dutil continue de défendre les agissements de la police depuis le début du conflit. Il soutient que les policiers de Montréal ont laissé les gens manifester librement pendant plus d'une heure hier, avant d'intervenir devant la multiplication des méfaits.

Une manifestation dégénère à Montréal

La police tente de disperser la foule au centre-ville. La police de Montréal tente de disperser la foule au centre-ville.

Quelques heures après que la CLASSE eut été expulsée de la table des négociations mercredi, une manifestation rassemblant au moins 10 000 personnes a eu lieu au centre-ville de Montréal. D'abord pacifique, le rassemblement a dégénéré en affrontements avec les policiers, qui l'ont déclaré illégal vers 22 h 15.

La soirée s'est soldée par 85 arrestations, quelques blessés, dont trois policiers, des manifestants incommodés par les gaz irritants utilisés par la police, et de nombreux actes de vandalisme visant des banques, des institutions gouvernementales et des médias.

Des manifestations ont aussi eu lieu à Québec, à Gatineau et à Sherbrooke.

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