Enseignement supérieur au Québec : un débat de société
Des affrontements ont opposé vendredi des policiers et des centaines de manifestants aux abords du Palais des congrès de Montréal, où se déroule le Salon Plan Nord.
Les heurts ont éclaté en fin d'avant-midi. Les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont repoussé en force plusieurs dizaines de manifestants qui ont tenté d'investir le Palais des congrès en s'engouffrant dans les garages et les portes principales du bâtiment.
L'objectif avoué par les organisateurs de la manifestation, la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), était de perturber le déroulement du salon où le premier ministre Jean Charest devait prendre la parole devant des hommes d'affaires et des membres de l'industrie minière.
Les forces policières ont eu recours à des gaz lacrymogènes, du poivre de cayenne et diverses armes non létales pour disperser la foule. Des cordons de policiers ont aussi multiplié les charges stratégiques pour tenir les manifestants à distance.
De nombreuses vitres ont été fracassées et des gestes de vandalisme ont été commis au Palais des congrès ainsi que dans les rues avoisinantes. Plusieurs vitrines et des façades de commerces ont été fracassées et endommagées.
Le porte-parole du SPVM, Ian Lafrenière, croit que la contestation étudiante n'est pas la seule responsable des débordements. « Il y avait des gens [...] qui avaient des casques de vélo, des casques de ski et des lunettes, qui avaient le visage caché par une cagoule et qui étaient là vraiment pour se battre avec les policiers. Et j'aurais beaucoup de misère à attribuer ça seulement au mouvement étudiant. Il y a peut-être des gens avec des intentions criminelles qui ont décidé de se joindre à ce mouvement-là », a-t-il dit lors d'un point de presse où il dressait le bilan de l'opération policière.
Des organismes et des groupes militants se sont joints vendredi matin à la manifestation. Plusieurs d'entre eux ont cependant quitté les lieux lorsque la manifestation a dérapé. Des membres de la CLASSE auraient aussi quitté les lieux, selon un journaliste de Radio-Canada sur les lieux.
Des agents de la Sûreté du Québec en uniforme antiémeute sont aussi intervenus.
Le site du ministère de l'Éducation a été piraté, comme le montre cette image :
La manifestation des étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans décrétée par le gouvernement libéral a été placée sous le slogan : « Le 20 avril, annulons le Salon Plan Nord. Non à la gratuité minière! Oui à la gratuité scolaire! »
Pour relire notre couverture de la journée :
Les cours sont suspendus à l'UQO et à l'UdeS
Il n'y a pas eu de cours vendredi à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) et à l'Université de Sherbrooke (UdeS), même si elles sont visées par un ordre de la Cour les intimant de reprendre leurs activités.
La direction de l'UQO a fait savoir jeudi qu'elle suspendait tous ses cours aux pavillons Lucien-Brault et Alexandre-Taché pour des « raisons de sécurité » motivées par les « événements survenus au campus de Gatineau » jeudi. Cette levée de cours se poursuivra lundi.
Depuis le début de la semaine, les étudiants grévistes défient sans relâche l'injonction accordée par la justice la semaine dernière, dans un climat très tendu. Plus de 300 personnes ont été arrêtées au cours des deux derniers jours.
À l'UdeS, la levée des cours, initialement prévue jeudi midi, se poursuivra jusqu'à lundi. La décision a été prise après avoir discuté avec « les représentants des associations étudiantes des modalités nécessaires à mettre en place pour se conformer à l'injonction ».
Plus tôt cette semaine, l'Université de Montréal a aussi décidé de suspendre les cours dans les départements qui sont touchés par des mouvements de grève, après avoir tenté en vain de forcer un retour en classe.
Selon la CLASSE, 168 000 étudiants des cégeps et universités du Québec sont actuellement en grève au Québec. Certains débraient depuis maintenant 10 semaines.
Photo : Luc Lavigne
Photo : Luc Lavigne
Photo : Luc Lavigne
Photo : Luc Lavigne
Photo : Luc Lavigne
L'escouade anti-émeute du SPVM intervient
Un étudiant blessé à un oeil par un projectile tiré par les policiers.