Enseignement supérieur au Québec : un débat de société

Frais de gestion des universités québécoises : des chiffres et leur signification

Des étudiants en grève de l'UQO continuent de lutter contre la hausse des droits de scolarité. Des étudiants en grève de l'UQO protestant contre la hausse des droits de scolarité.

Les dépenses des universités pour la gestion ont-elles augmenté de manière démesurée au cours des dernières années? Radio-Canada a examiné l'évolution de ces frais pour les grands établissements universitaires du Québec au fil des cinq dernières années.

Les étudiants du Québec qui s'élèvent contre les politiques gouvernementales en matière de droits de scolarité ont présenté un nouvel argumentaire mercredi pour justifier leur demande de gel. Les fédérations estiment que les universités devraient plutôt freiner l'augmentation de leurs dépenses, comme les salaires qu'elles paient à leurs gestionnaires. Selon les chiffres des fédérations, « couper dans le gras » permettrait de dégager sans difficulté 300 millions de dollars sur cinq ans, ce qui rendrait toute augmentation des droits de scolarité inutile.

En épluchant la masse de documents soumis chaque année par les universités au gouvernement, on constate que ces dépenses de gestion ont augmenté.

En cinq ans, la masse salariale pour la gestion à l'UQAM a augmenté de 16,2 %. À l'Université de Montréal, on parle de 28,1 %, de 36,9 % à Laval, de 37,1 % à Sherbrooke, et de 38,2 % à McGill.

Et à Concordia, ces dépenses salariales ont augmenté de 180 % en cinq ans, une donnée contestée par la direction de l'université.

Concordia explique que ce résultat provient principalement d'une nouvelle façon de comptabiliser ses dépenses dans les rapports annuels. Par exemple, à partir de 2006, Concordia a décidé d'inclure les employés de soutien au poste budgétaire de gérance, ce qui a fait passer le nombre d'employés de ce poste de 43 à 123.

Au total, les coûts de masse salariale de gestion pour les six établissements se chiffrent à 286,8 millions de dollars pour 2009-2010.

La Fédération québécoise des professeurs d'université déplore l'augmentation des dépenses en gestion. L'étude réalisée par le syndicat va dans le même sens, et montre que les professeurs ont perdu du terrain par rapport aux gestionnaires.

MéthodologieLa masse salariale de « direction » et de « gérance » tirée du fonds de fonctionnement et du fonds avec restrictions, tel qu'il est décrit dans le Cahier des définitions, des termes et des directives de présentation du rapport financier annuel préparé par le Ministère de l'éducation, des loisirs et du sport, a été utilisée. Ces fonds regroupent l'essentiel des activités d'enseignement et de recherche des universités.

Au-delà des chiffres

Ces données seules ne révèlent pas toute la complexité qui entoure la gestion d'un grand établissement universitaire. Peut-on en conclure qu'il y a bel et bien du gras à couper dans la gestion, comme l'avancent certains mouvements étudiants?

À ce sujet, Jean-Marie Toulouse, professeur émérite aux HEC de Montréal, estime que tirer des conclusions de ces chiffres sans analyse détaillée, y compris dans le cas de Concordia, serait une grave erreur qui a déjà été commise par le passé. « Il y a trop de chiffres. On se perd, on ne sait plus ce que les chiffres veulent dire », résume celui qui a présidé, en 2007, le comité sur la gouvernance des universités.

« Il n'y a pas de gras dans les universités, vous aurez beau chercher, vous ne trouverez pas. » — Jean-Marie Toulouse

Il précise que ces données dépendent d'un nombre infini de variables, mais que nulle université n'embauche d'employé ou de gestionnaire sans raison valable, « pour ne rien faire, pour lire le journal ».

M. Toulouse juge plus pertinent de mettre l'accent sur la reddition de comptes des établissements.

Fin mars, une compilation obtenue par Radio-Canada montrait que certains recteurs d'établissement québécois reçoivent plus de 500 000 $ par année.

D'après un reportage de Benoît Giasson et Danny Croussette

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