Enseignement supérieur au Québec : un débat de société
Le premier ministre Jean Charest ne cache plus son exaspération envers le mouvement étudiant, alors que les manifestations contre la hausse des droits de scolarité se poursuivent dans les rues du Québec.
Depuis São Paulo, au Brésil, où il est en visite, M. Charest a dénoncé toute forme d'intimidation exercée par le mouvement étudiant.
Le premier ministre Charest a indiqué que personne ne devait empêcher les étudiants de cégep et d'université de retourner en classe. Il a même comparé la situation qui prévaut lors des votes des étudiants au climat d'intimidation qui règne dans l'industrie de la construction.
« On ne doit pas céder le pas à l'intimidation », a affirmé le premier ministre, avant de se demander : « Dans quelle sorte de société on vit, si on accepte que des personnes sont intimidées parce qu'elles veulent aller étudier? »
M. Charest a rappelé que le Québec venait de faire « un gros débat dans le domaine de la construction, on ne veut pas ça pour ailleurs », dans un autre secteur d'activité.
Beauchamp veut que les cours soient donnés
La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a déclaré mercredi que les cégeps et les universités devaient offrir leurs cours normalement, peu importe que les étudiants y assistent ou non.
« Ma responsabilité est de rappeler aux directeurs d'établissements des universités et des cégeps que toutes les mesures doivent être prises pour que les cours puissent se donner », a-t-elle déclaré mercredi matin au Réseau de l'information, lors d'une entrevue qu'elle a elle-même sollicitée.
« Avant de décider qu'on annonce que les cours ne se donnent pas, il faut évaluer si on a accès ou pas à l'édifice, et il faut faire cette évaluation-là quotidiennement ou même à la demi-journée », a-t-elle précisé dans une seconde entrevue donnée ultérieurement.
La ministre soutient que la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans décidée par son gouvernement équivaut en fait à une hausse de 230 $ par année ou 115 $ par session, si l'on tient compte d'un crédit d'impôt applicable.
Faisant écho à des propos tenus mardi par le premier ministre Jean Charest, la ministre affirme que les étudiants qui manifestent contre la hausse des droits de scolarité ne représentent que 35 % de la population étudiante, et ils exercent un boycottage plutôt qu'un débrayage.
« On n'est pas dans un mouvement de grève au sens des lois qui encadrent le domaine du travail. On est devant des gens - certaines gens, parce que ce n'est pas la majorité - qui décident de boycotter leurs cours, mais les autres sont en plein droit de demander aux établissements d'avoir accès à leurs salles de classe et de recevoir les cours. »
« Il faut qu'on mette tout en oeuvre pour qu'ils puissent exercer leur droit de recevoir leurs cours », poursuit-elle. « Ce serait inacceptable et intolérable qu'on ne permette pas à un établissement de respecter la loi et respecter les responsabilités que donne la loi ».
Pas de négociations en vue
Interrogée au sujet d'une possible négociation avec les étudiants, la ministre Beauchamp se montre peu enthousiaste. Elle déplore que les leaders du mouvement cherchent constamment à refiler la facture à quelqu'un d'autre.
« Systématiquement, tout le temps, leur revendication est de dire : "Nous voulons le gel des droits de scolarité". Et à la fin, ce que ça veut dire, c'est que d'année en année, un étudiant universitaire paie toujours de moins en moins la partie de la valeur de son diplôme universitaire, et c'est là où nous, on dit non », dit-elle.
« Pour nous, ce ne sera jamais le bon sujet de discussion », poursuit la ministre Beauchamp. « La question de la hausse des droits de scolarité, c'est une décision qui fait partie du cadre budgétaire du gouvernement, et sur ça, on sera ferme. On a ouvert la porte pour pouvoir parler d'accessibilité aux études, et on n'a pas voulu venir s'asseoir pour parler de ça. »
« Le contribuable québécois, c'est lui qui fait le plus gros de l'effort pour financer les universités. Traditionnellement, au Québec, on a toujours demandé aux étudiants de payer une part de leur facture universitaire. Dans cinq ans, il est appelé à payer 17 % de la valeur de son diplôme universitaire », affirme-t-elle.
La ministre reconnaît que certains établissements font face à « un scénario de sessions très perturbées », mais soutient que le coût est nul pour le gouvernement jusqu'à nouvel ordre.
« Au moment où on se parle, il n'y a pas de coûts supplémentaires, parce que les professeurs sont disponibles pour donner leur cours. Quand je parle [...] de l'exemple ultime, d'une session qui se terminerait au mois d'août, c'est en tout respect des conventions collectives des professeurs », affirme-t-elle.
Des fédérations mécontentes
La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) ont dénoncé en après-midi le mot d'ordre envoyé par la ministre de l'Éducation aux administrations postsecondaires. Pour la FECQ et la FEUQ, cette directive ne fera qu'augmenter la tension et les conflits entre les étudiants.
Les étudiants rappellent à la ministre que la grève a été votée de manière démocratique et qu'elle doit respecter la volonté des étudiants.
Dans une conférence de presse tenue mercredi avant-midi, les fédérations étudiantes universitaire et collégiale du Québec ont par ailleurs fait valoir que le réseau universitaire du Québec pouvait trouver en son sein la marge de manoeuvre nécessaire pour assurer son financement sans qu'une hausse des droits soit imposée aux étudiants.