Forte mobilisation, calme et bonne humeur pour la manifestation contre la hausse des droits de scolarité

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans le calme et dans une atmosphère plutôt bon enfant jeudi, au centre-ville de Montréal, pour exprimer haut et fort leur opposition à la hausse des droits de scolarité.

Peu après 18 heures, les étudiants avaient pour la plupart quitté la place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal, après avoir marché dans les rues du centre-ville en après-midi.

La grande journée de manifestation se terminait par un spectacle de solidarité au Métropolis à partir de 19 h 30.

Plusieurs artistes, dont Paul Piché, Dan Bigras, Martin Léon, Jérôme Minière, Paul Ahmarani, Chloé Ste-Marie, Manu Militari, Nomadic Massive, Ivy et Paul Cargnello sont montés sur scène à cette occasion.

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Menés par les trois grands regroupements d'associations étudiantes - la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) , ils étaient partis de la place du Canada vers 13 h 45 et ont suivi un long parcours dans les rues du centre-ville. Des élèves du secondaire, ainsi que des professeurs et des parents faisaient aussi partie du cortège.

Les regroupements étudiants prédisaient une manifestation « d'ampleur historique ». En fin d'après-midi, certains organisateurs estimaient la foule à 200 000 personnes.

« C'est sans contredit la plus grande manifestation étudiante de l'histoire du Québec, et peut-être la plus grande manifestation de l'histoire du Québec. Les libéraux ne peuvent plus ignorer les demandes étudiantes », a affirmé en entrevue le président de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, au terme de la marche.

Le SPVM dresse un bilan très positif de la manifestation. « Ça s'est très bien déroulé. Chapeau aux gens qui ont organisé cette manifestation. Ils ont été très responsables. Il y a toujours des opportunistes qui profitent de l'événement. Mais la manifestation n'a pas été entachée par ces groupes », a soutenu Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM.

Les leaders étudiants soutiennent toutefois qu'ils poursuivront les manifestations dans les jours à venir, notamment avec des événements prévus le 27 mars et le 4 avril.

« Le gouvernement pense que la mobilisation va s'essouffler, la mobilisation d'aujourd'hui est historique, on est nous-mêmes très surpris. Le gouvernement a cherché la guerre, c'est aujourd'hui que ça commence, on n'est pas prêts d'arrêter. J'espère que le gouvernement va faire preuve d'ouverture », a dit en début d'après-midi le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo-Bureau Blouin, en entrevue.

Le président de la CLASSE prévient de son côté que le mouvement étudiant « n'aura pas le choix de passer à l'étape suivante », ce qui implique de « s'attaquer à des cibles politiques et économiques » dans les jours à venir pour tenter de faire revenir le gouvernement sur sa décision.

Les étudiants ont manifesté en masse Les étudiants ont manifesté en masse

Des appuis politiques

Plusieurs politiciens et leaders syndicaux ont pris part à la manifestation.

« C'est une belle manifestation. Les gens sont très décidés à signifier dans le calme que la décision du gouvernement de hausser les frais de scolarité n'a aucun sens », a dit la chef péquiste, Pauline Marois, en entrevue avant la grande marche.

Plus tôt, La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a dit souhaiter que la manifestation se déroule sans débordement. Elle a ajouté que le débat sur les droits de scolarité était fait et que le gouvernement n'avait pas l'intention de reculer quant à l'augmentation des droits de scolarité.

Avant le début de la manifestation, plusieurs associations étudiantes ont mis en place des piquets de grève devant leur institution d'enseignement.

« Les étudiants sont aussi motivés par l'espoir d'une éducation un peu plus abordable parce qu'on est inquiet de ce qui s'en vient au Québec et on pense que, pour relever les défis économiques et sociaux, ça prend une éducation abordable à tous. » — Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin

Vers 9 h, une activité « de perturbation économique », annoncée par la CLASSE, a avorté. Une centaine d'étudiants ont quitté la place Émilie-Gamelin pour tenter d'en rejoindre une vingtaine d'autres qui étaient déjà au port de Montréal. Les policiers leur ont toutefois interdit l'accès au site. Pris de court, les étudiants ont ensuite joué au chat et à la souris avec les policiers. Il n'y a pas eu d'arrestation.

L'effet du budget Bachand

Alors que quelque 310 000 étudiants sont en grève, le gouvernement Charest a réitéré dans son budget déposé mardi que la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans annoncée l'an dernier sera maintenue. « Le dépôt du budget a vraiment jeté de l'huile sur le feu, soutient le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin. Les étudiants ont l'impression d'être considérés comme une seconde classe de citoyens. »

Dans l'éventualité où le gouvernement Charest continuerait à ignorer les revendications des étudiants après les manifestations du 22 mars, la CLASSE tiendra un congrès de deux jours au cours duquel les étudiants détermineront de la suite des événements.

« Toute la question des droits de scolarité a fait l'objet d'un long débat au Québec [...] depuis des années », a soutenu le premier ministre Jean Charest en matinée. Il a reproché aux étudiants d'avoir boycotté la consultation effectuée par son gouvernement en prévision du budget 2011 et soutenu que son gouvernement a choisi de se donner les moyens d'offrir un système d'Éducation postsecondaire « de calibre mondial » aux Québécois.

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a quant à elle affirmé qu'elle respectait la manifestation, mais qu'elle souhaitait qu'elle se déroule dans le respect des règles. Elle a aussi répété que le gouvernement n'avait pas l'intention de reculer.

En fin d'avant-midi, une conférence de presse a réuni les trois associations étudiantes, ainsi que les présidents de la CSN, Louis Roy, et de la CSQ, Réjean Parent, Pauline Marois, chef du Parti québécois, et Françoise David, porte-parole de Québec solidaire, venus les appuyer. Françoise David a revendiqué la gratuité scolaire de la maternelle à l'université.

Le PQ annulerait la hausse des droits

Mercredi, la chef du Parti québécois (PQ) a exhorté le gouvernement à entamer un dialogue avec les associations étudiantes.

Pauline Marois a soutenu qu'un gouvernement du Parti québécois annulerait cette hausse des droits de scolarité sans toutefois promettre un retour au gel desdits droits. Si son parti était porté au pouvoir, il organiserait aussi un sommet réunissant les acteurs de l'enseignement supérieur pour trouver des solutions au financement des universités.

« Nous sommes contents de voir que Mme Marois s'oppose à la hausse actuelle, cependant qu'elle s'engage ou non à maintenir le gel là n'est pas l'important pour nous », a déclaré le président de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. « Nous avons choisi la mobilisation, nous avons choisi la grève comme moyen de se faire entendre. De toute façon, nous ne faisons confiance à aucun parti politique pour mettre de l'avant nos revendications politiques. »

« Nous préférons nous fier sur la force du nombre, sur notre force de mobilisation. C'est ce qui nous a permis de faire reculer le gouvernement en 2005 et c'est ce qu'on va refaire cette année. » — Gabriel Nadeau-Dubois

Mercredi encore, la FEUQ et la FECQ ont plaidé que ce sont les familles de la classe moyenne qui feront le plus les frais de la hausse annoncée.