Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Convergence contre la répression politique et policière (CCRPP) s'accusent mutuellement de provocation, au lendemain de la manifestation contre la brutalité policière.
L'évènement s'est soldé par 226 arrestations, des actes de vandalisme contre des commerces et des véhicules à sept endroitset neuf blessés mineurs, dont sept policiers, a révélé le SPVM vendredi matin. La police estime qu'entre 1500 et 2000 personnes ont participé aux manifestations.
Le chef du SPVM Marc Parent a expliqué que des gens ont été arrêtés pour violation des règlements municipaux, méfaits, voies de fait ou parce que les policiers avaient des raisons de croire qu'ils s'apprêtaient à troubler la paix. Seules quatre personnes demeurent détenues vendredi matin.
M. Parent a par ailleurs indiqué que beaucoup de citoyens ont envoyé des vidéos à la police, ce qui pourrait contribuer à faire avancer des enquêtes.
Dans une entrevue accordée préalablement au Réseau de l'information, le porte-parole du SPVM, Ian Lafrenière, a expliqué que les policiers ont déclaré la manifestation illégale, vers 18 h 20, parce que les manifestants avaient décidé d'emprunter la rue Sherbrooke sans avoir prévenu les autorités, et qu'ils « lançaient des projectiles » en direction des policiers.
« Ce que ça fait, c'est qu'on ne pouvait pas bloquer la manifestation pour eux. Ça devenait périlleux pour les manifestants. Vous parlez d'une circulation dense sur la rue Sherbrooke, avec des manifestants qui étaient à pied, alors il n'y avait aucune chance à prendre », a-t-il dit.
« Pour le bien-être des manifestants, on a décidé de scinder le groupe, c'était terminé », a-t-il poursuivi. « Par la suite, s'en est suivi un jeu du chat et de la souris avec des gens qui ont causé des méfaits. Il y a même des citoyens qui ont été pris à partie, des citoyens qui essayaient de s'interposer, qui étaient choqués de voir ce qui se passait. »
« Le danger pour nous, au SPVM, c'est de se ramasser avec un automobiliste qui pourrait être impatient, et de voir cette foule, cette meute qui arrive autour de lui, [et qui pourrait] décider de foncer et faire plusieurs blessés, c'est pour ça qu'on a agi hier », a ajouté M. Lafrenière.
Le porte-parole du SPVM rappelle que c'est la quatorzième fois en 16 ans que la manifestation se termine par de tels gestes de violence. En ce sens, les manifestants ont été « fidèles à eux-mêmes ».
« L'attitude provocatrice » du SPVM critiquée
De son côté, la CCRPP dénonce « l'attitude provocatrice du SPVM qui, en déclarant la manifestation illégale au tout début, n'a fait qu'enflammer les manifestantes et les manifestants ». La police de Montréal, écrit le groupe sur son site Internet, « a empêché la manifestation de suivre son trajet et doit donc être tenue responsable de la tournure des événements ».
« La manifestation a débuté vers 18 h. Alors que le groupe arrivait à l'angle des rues President-Kennedy et Jeanne-Mance, trente minutes à peine après qu'elle ait commencé, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a déclaré la manifestation illégale. Or, tout se déroulait dans le calme à ce moment-là », affirme le groupe.
Le CCRPP soutient que les policiers ont arrêté des gens avant même qu'ils n'arrivent au point de rassemblement prévu, au parc Émilie-Gamelin, qu'ils ont procédé à des fouilles abusives. Il soutient également que la manifestation a donné lieu à des cas de brutalité policière, et que des blessures ont été causées par des grenades assourdissantes.
M. Lafrenière a pour sa part défendu l'utilisation de bombes assourdissantes. « Si on n'y va pas avec ces dispersants, avec ces irritants-là, on doit y aller avec de la force physique, et ça donne des images qui ne sont guère plus reluisantes. Alors on doit trouver des moyens pour disperser la foule », a-t-il dit.
Les étudiants justifient leur présence
Le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, a pour sa part défendu la décision de son mouvement de participer à cette manifestation, malgré son historique de violence.
« Il y avait beaucoup de gens qui voulaient être là personnellement, par solidarité avec ce qui s'est produit dans les dernières manifestations, par solidarité avec ce qui est arrivé au jeune Francis Grenier », dit-il, en parlant de ce jeune homme blessé à l'oeil la semaine dernière lors d'une manifestation étudiante devant le siège social d'Hydro-Québec.
« Le mouvement étudiant trouvait ça important de souligner à tout le moins la cause, l'idée qu'il y a des problèmes avec les forces policières. Évidemment, [...] on n'a pas demandé, on n'a pas invité nos membres à aller renverser des voitures au centre-ville », soutient-il.
Selon lui, les étudiants qui ont participé à la manifestation ont quitté rapidement les lieux lorsqu'elle a été déclarée illégale. « On se dissocie vivement [de la violence] et on ne désire pas être associé à ce qui est arrivé au centre-ville », dit-il. « Ce ne sont pas des moyens qu'on utilise, ce ne sont pas des moyens qu'on encourage, et lors de nos manifestations, ça ne se produit pas. »
Le directeur du SPVM n'a pas été en mesure de dire si des grévistes étudiants ont été arrêtés. Il a cependant noté que plusieurs étudiants étaient « déçus » de la tournure des évènements.
Marc Parent ajoute que la manifestation d'hier a attiré plus de jeunes que par le passé. Il en a profité pour leur livrer un message, qu'il invite les parents à reprendre : « Si tu as un message à livrer et que tu veux participer à la démocratie, ce n'est pas la meilleure façon de le faire, parce que ton message ne sera pas entendu de la même façon. [ ...] Quand on vient casser ou faire des méfaits, ça vient enlever la crédibilité ou la légitimité d'une manifestation ».