Grève étudiante : Québec ordonne aux cégeps de continuer l'enseignement

Des étudiants de l'UQAM attendent pour voter sur le déclenchement de la grève (archives) Des étudiants de l'UQAM attendent pour voter sur le déclenchement de la grève (archives)  Photo :  Jean-Ann Bouchard

Une directive du gouvernement du Québec aux enseignants des cégeps, leur demandant de franchir les piquets de la grève étudiante contre la hausse des droits de scolarité, a fait réagir samedi autant les étudiants que certains enseignants.

Dans une lettre datée du 16 février, envoyée aux administrations collégiales et signée par la sous-ministre adjointe à l'enseignement supérieur, Christiane Piché, le ministère du l'Éducation (MELS) rappelle que les étudiants « ne sont pas assujettis à l'application du Code du travail » et qu'ainsi, « les établissements peuvent continuer d'offrir la formation malgré le mandat de grève ».

Les étudiants demandent au gouvernement de renoncer complètement à la hausse annuelle de 325 $ par année, prévue dans le dernier budget. À terme, cette hausse ferait passer les droits de scolarité pour une année d'études universitaires d'environ 2200 $ à 3800 $ par année.

La ministre « envenime la situation », selon les étudiants

« Nous travaillons d'arrache-pied pour que les votes de grève se fassent d'une manière démocratique et pacifique. En envoyant le mot d'ordre aux employés des cégeps de dispenser la formation et de franchir les lignes de piquetage, la ministre envenime la situation et s'apprête à créer des situations conflictuelles et dangereuses », s'insurge Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), par voie de communiqué.

Il ajoute que ce mot d'ordre du MELS vise à « utiliser les employés des cégeps à des fins politiques pour briser le mouvement de la grève étudiante ».

« Il s'agit non seulement d'une ingérence dans la démocratie étudiante, mais également d'une décision irresponsable qui va monter les étudiants et les employés des cégeps les uns contre les autres », ajoute le président de la FECQ, qui représente 80 000 étudiants du cégep.

Le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, croit pour sa part que cette directive est la preuve que le mouvement de grève se porte bien et favorisera une plus grande solidarité envers les étudiants.

« Je crois que des lettres comme ça, loin d'entraver la mobilisation étudiante, ça va mobiliser les gens et ça va convaincre les enseignants de nous appuyer encore plus qu'ils ne le font déjà », a-t-il dit.

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamps, n'était pas disponible samedi pour commenter cette directive, a affirmé son attaché de presse, qui s'est limitée à qualifier la lettre de « procédure administrative »

Des enseignants « scandalisés »

Jean Trudelle, président de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ), s'est dit également « scandalisé » par la demande du MELS.

« Un piquet de grève, il y a quelque chose de symbolique là-dedans, et placer les étudiants dans une situation où il faudrait qu'ils soient plus durs et placer les enseignants dans une situation où ils doivent traverser [les piquets], on trouve cela pour le moins malhabile » a-t-il déclaré lors d'un entretien avec Radio-Canada.

Pour M. Trudelle, le problème réside dans l'absence d'un « débat social » autour de la question des frais de scolarité.

« Il n'y a pas eu de réflexion préalable sur l'avenir des universités, sur [leur] conduite, sur la manière dont elles gèrent leur budget », poursuit-il.

Des milliers d'étudiants en grève

Plus de 18 000 étudiants de l'Université du Québec à Montréal, de l'Université Laval et du cégep du Vieux-Montréal sont en grève générale illimitée depuis cette semaine. Ce nombre devrait augmenter d'ici lundi, selon le site de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE).

La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a indiqué à plusieurs reprises que le gouvernement ne reculerait pas sur la hausse des droits de scolarité, et que des mesures ont été prises pour ne pas nuire à l'accessibilité.

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