La Cour suprême du Canada
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PC/Pawel Dwulit
Les parents de Drummondville qui demandaient que leurs enfants soient exemptés du cours d'éthique et culture religieuse (ECR) instauré par le ministère québécois de l'Éducation en 2008 ont perdu leur cause devant la Cour suprême du Canada.
Le plus haut tribunal du pays à l'unanimité conclut qu'ils « n'ont pas fait la preuve que le programme ECR portait atteinte à leur liberté de religion ni, par conséquent, que le refus de la commission scolaire d'exempter leurs enfants du cours ECR contrevenait à leur droit constitutionnel ».
Les plaignants dans cette cause alléguaient que le programme n'était pas neutre et qu'il exposait les enfants à un relativisme qui allait entraver leur capacité de transmettre leur foi à leurs enfants. Cela allait créer de la confusion chez les enfants, disaient-ils.
Or les parents, dont l'identité n'est pas divulguée afin de préserver l'anonymat des enfants, n'ont pas réussi à démontrer que le programme ECR constituait « une entrave à leur capacité de transmettre leur foi » catholique à leurs deux enfants.
Selon la Cour suprême, il ressort plutôt de la preuve que le ministère de l'Éducation n'avait pas pour objectif de « transmettre une philosophie fondée sur le relativisme ou d'influencer les croyances particulières des jeunes », comme le prétendaient les parents.
« Le fait même d'exposer les enfants à une présentation globale de diverses religions sans les obliger à y adhérer ne constitue pas un endoctrinement des élèves qui porterait atteinte à la liberté de religion » des parents, estime la Cour.
« De plus, l'exposition précoce des enfants à des réalités autres que celles qu'ils vivent dans leur environnement familial immédiat constitue un fait de la vie en société », peut-on lire dans le jugement.
Les parents avaient subi une première défaite en 2009 devant la Cour supérieure du Québec. La Cour d'appel a confirmé ce jugement.
Depuis l'entrée en vigueur du cours, des centaines de demandes d'exemptions ont été présentées. En 2011-2012, seulement une cinquantaine de parents ont soumis une requête en dérogation.
La décision a été accueilli avec satisfaction par la ministre de l'Éducation Line Beauchamp et suscité le désarroi des parents de Drummondville qui demandaient une exemption pour leurs enfants.
Une décision qui conforte la direction prise par Québec
Selon Louis Rousseau, professeur du département des sciences des religions à l'Université du Québec à Montréal, le jugement de la Cour suprême vient sanctionner la direction que le Québec a prise en matière d'enseignement des religions.
Si le plus haut tribunal du pays avait pris le parti des parents, dit-il, cela aurait pu par exemple ouvrir la porte à un « certain nombre de parents, qui estiment que la théorie de Darwin sur l'évolution met en cause les récits fondateurs sur la création dans la Bible ».
« De ce point de vue-là, ça calme les choses, et ça crée un fonds de discussions au plan juridique qui est beaucoup plus clair », se réjouit M. Rousseau.
Le professeur Rousseau note par ailleurs que la Cour voit de plus en plus le Canada comme « un lieu où il n'y a plus de religion majoritaire qui puisse s'imposer à tout le monde ». Conséquemment, « on ne peut transmettre à l'école une religion qui soit présentée comme objectivement supérieure, ou qui doit s'imposer à tous. »
Deux magistrats de la Cour suprême émettent des réserves
Deux juges, Louis LeBel et Morris Fish, qui souscrivent au jugement, ont cependant émis des réserves, expliquées par le juge LeBel. « Je n'entends pas pour autant confirmer définitivement la validité constitutionnelle du programme ÉCR, ni, surtout, de son application particulière dans la vie quotidienne du système d'éducation », écrit-il.
« La conception du programme et la teneur du cadre pédagogique et administratif ne facilitent pas l'évaluation des conséquences concrètes du programme », ce qui suscite plusieurs questions auxquelles la preuve versée au dossier ne répond pas, soutient-il.
Le magistrat ajoute : « À cet égard, le seul manuel scolaire versé au dossier laisse dans une certaine mesure perplexe quant à la présentation des rapports entre le contenu religieux et le contenu éthique du programme. Par exemple, le contenu des exercices proposés à des élèves de six ans à l'occasion de la fête de Noël inviterait-il à la folklorisation d'une expérience et d'une tradition assimilées à de simples contes sur des souris ou des voisins surprenants? »