Randy Cunneyworth
Le choix de Randy Cunneyworth pour succéder à Jacques Martin comme entraîneur-chef par intérim du Canadien de Montréal suscite la controverse, au point où le propriétaire, président et chef de la direction de l'équipe, Geoff Molson, a justifié publiquement cette décision pour calmer le jeu.
Un ancien directeur général du Canadien, Serge Savard, est perplexe devant ce choix d'un unilingue anglophone que dénonce pour sa part le Mouvement Québec français (MQF).
Serge Savard, qui a dirigé le Canadien de 1983 à 1995, croit que la nomination par intérim d'un nouvel entraîneur-chef unilingue anglophone est l'expression d'une tendance observée depuis des années au sein de la formation.
À l'émission C'est bien meilleur le matin de la radio de Radio-Canada, Serge Savard a expliqué qu'à l'époque où il dirigeait le club, le Canadien s'efforçait d'incarner une équipe canadienne-française, puisqu'elle était en compétition au Québec avec les Nordiques qui « portaient le fleurdelisé sur leurs chandails ».
Depuis le départ des Nordiques, ce souci de représentativité s'est estompé, selon M. Savard.
Il dit voir dans la nomination de Randy Cunneyworth « une erreur de parcours » de la famille Molson qui devrait bientôt être corrigée, selon lui.
Le MQF déplore la décision du Canadien
Le Mouvement Québec français se dit pour sa part déçu du choix de la direction du club de hockey montréalais, puisqu'il considère que l'usage de l'anglais est déjà prédominant pendant les parties de hockey, tant dans la musique d'ambiance que dans l'animation. Il déplore également le nombre déclinant de joueurs francophones. « C'est d'autant plus paradoxal qu'au départ, les Canadiens, les Habs, les Habitants, c'était un club qui représentait les canadiens-français », fait-il valoir.
Randy Cunneyworth est le premier entraîneur unilingue anglophone nommé à la barre du Canadien depuis 30 ans. Le dernier entraîneur unilingue anglophone du Canadien avant M. Cunneyworth était Bob Berry, au début des années 1980. Il a été remplacé par Jacques Lemaire pendant la saison de 1983-1984.
Pour le Mouvement Québec français, le club de hockey de Montréal devrait être un levier de la fierté nationale « et non pas un facteur d'anglicisation ». Son président, Mario Beaulieu, dit que plusieurs critiques ont déjà été émises à cet effet. « Au niveau symbolique, c'est très important », considère M. Beaulieu.
L'organisme Impératif français appelle quant à lui au boycottage des produits de la famille Molson, pour sa « grossière inconduite » et sa « mise en échec à l'endroit du Québec ».
La décision du Canadien a eu des échos jusqu'à l'Assemblée nationale, lundi. La ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine Saint-Pierre, n'a pas caché qu'elle aurait préféré un entraîneur francophone.
Le Canadien est une « institution », dit-elle, et il est donc important que son entraîneur puisse communiquer dans la langue de l'immense majorité de ses fans québécois. Elle se garde cependant d'en appeler à un boycottage.
« Moi, je ne vais pas jusque-là. Bien sûr, il y a des gens qui lancent des appels, et c'est leur droit de lancer un appel. Ce qui est important, c'est de réaliser à quel point on tient aux Canadiens, on les aime les Canadiens », soutient-elle.
Elle ajoute du même souffle : « Vous savez, l'année dernière, pendant la coupe Stanley, quand Boston jouait contre Vancouver, les deux entraîneurs-chefs étaient des francophones. Et on a suivi la coupe Stanley aussi parce qu'il y avait ça. »
« Il y avait une fierté là-dedans. C'était des anciens entraîneurs-chefs du Canadien de Montréal. Alors, c'est la porte ouverte aussi pour des francophones pour leur permettre d'évoluer », commente la ministre.
Les réserves de Patrick Roy
L'ancien joueur étoile et entraîneur des Remparts de Québec, Patrick Roy, a également commenté le fait que Randy Cunneyworth est unilingue anglophone. Il dit comprendre que la direction du club a voulu embaucher « quelqu'un qui venait de l'intérieur de l'organisation ».
En conférence de presse, Patrick Roy a tout de même dit souhaiter que M. Cunneyworth apprenne le français, mais devant les rires sceptiques de la salle, il a avoué :« On a tous une réserve, mais on espère bien. »
Patrick Roy affirme qu'il n'a pas été approché jusqu'ici par la direction du club de hockey pour succéder à Jacques Martin comme entraîneur-chef du Canadien, mais il a déclaré cette fin de semaine qu'il serait disposé à entendre une offre à cet effet.