Refonte des commissions scolaires : les réactions hostiles se multiplient

Réjean Parent Le président de la CSQ, Réjean Parent, le 21 octobre 2011.

La CSQ, syndicat majoritaire parmi les enseignants québécois, « promet la guerre » au gouvernement Charest s'il persévère dans son projet de refonte des commissions scolaires. La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) implore pour sa part les libéraux de ne pas commettre une « erreur dévastatrice ».

Quant à l'Association des directeurs généraux des commissions scolaires (ADIGECS), elle « s'objecte avec vigueur » contre un système de financement basé sur la réussite et la performance des écoles.

Radio-Canada révélait jeudi l'intention de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, d'amputer de moitié d'ici trois ans le budget administratif des commissions scolaires pour les transformer « en coopératives de service » et de moduler le financement des écoles en fonction de leur rendement.

En conférence de presse vendredi, à Montréal, le président de la Centre des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, a qualifié de « catastrophique » l'idée de donner plus d'argent aux écoles plus performantes.

« C'est comme si on plaçait l'école dans une dynamique de séries éliminatoires de fin de saison », a-t-il imagé.

La FCSQ exhorte les délégués libéraux « à réfléchir »

À l'issue d'un congrès sur la persévérance scolaire, qui se tenait jeudi et vendredi à Québec, la présidente de la FCSQ a lancé un appel aux délégués du Parti libéral qui se réunissent cette fin de semaine. Josée Bouchard leur demande de ne pas adopter l'orientation de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.

Selon la dirigeante de la Fédération, la formule boni aux écoles performantes ne respectera pas « une des valeurs fondamentales de notre système public d'éducation ». À savoir : « l'accès et l'égalité de l'éducation pour tous les élèves, quels que soient leur lieu d'habitation et leur milieu socio-économique ».

« Depuis l'annonce, le téléphone ne dérougit pas. Les gens expriment leur indignation. » — Josée Bouchard, présidente de la FCSQ

Josée Bouchard considère que ce système de boni n'aidera en rien « à mobiliser et à motiver les personnels des écoles en milieu défavorisé ». Elle ajoute qu'il n'améliorera pas non plus la réussite scolaire. « Des études démontrent que ce n'est pas efficace », souligne-t-elle.

Cette affirmation est confirmée par le président de la CSQ. Réjean Parent cite une étude dévoilée en juillet par le gouverneur de l'État de la Géorgie, où un système de financement au rendement a été implanté. L'étude démontre que 38 directeurs et 140 enseignants avaient triché en gonflant les notes des élèves pour obtenir plus de financement.

Selon l'Association des directeurs généraux des commissions scolaires (ADIGECS), la réussite des élèves « gagnerait davantage à s'appuyer sur l'application des conventions de gestion et de réussite où les services de la commission scolaire sont en soutien aux établissements ».

L'Association aimerait surtout avoir la certitude que les mesures mises en place et les réductions administratives n'affecteront pas la qualité des services aux élèves.

« Chaque dollar investi dans le réseau de l'éducation doit servir à offrir une éducation de qualité et permettre une formation adéquate de la relève de demain », explique son président Serge Pelletier. Il estime qu'il y « a encore place à l'amélioration pour augmenter l'efficience des investissements en éducation », même s'il admet que les commissions scolaires ont fait « des efforts considérables au cours des derniers mois (pour) diminuer les dépenses administratives et maximiser les ressources pour les élèves ».

De l'argent en moins pour le budget de l'éducation

En la matière, Réjean Parent s'oppose à la réduction des budgets des commissions scolaires de 100 millions par année, durant trois ans. Selon lui, il s'agit d'une réduction pure et simple du budget de l'éducation.

« On retranche des centaines de millions, et on ne le réinjecte pas nulle part. [...] C'est une tentative de mystification pour faire croire que ce sera sans effets », a déclaré M. Parent.

Selon le président de la CSQ, le transfert du pouvoir des commissions scolaires vers les écoles aura pour effet d'isoler les écoles publiques et de les « livrer à la commercialisation et à la marchandisation et d'ouvrir la porte à la sous-traitance et aux fondations ».

« Ça ne restera pas là. C'est une promesse de résistance, c'est une promesse de guerre. Le gouvernement nous trouvera sur son chemin. » — Réjean Parent, président de la CSQ

Des réactions mitigées

Le cofondateur de la Coalition pour l'avenir du Québec, François Legault, estime que le Québec doit se réjouir de cette nouvelle, lui qui prône l'abolition des commissions scolaires. Il accueille donc favorablement l'annonce de la ministre Beauchamp, tout en précisant que ses intentions pour améliorer la performance des écoles allaient plus loin.

« Ce qui sera fait sera fait, mais si Line Beauchamp coupe la moitié du budget des commissions scolaires comme on le propose, bien tant mieux pour les Québécois », a-t-il déclaré au lendemain de l'annonce de la ministre.

De son côté, la présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement (FQDE), Chantal Longpré, estime qu'il s'agit d'un pas dans la bonne direction, mais exprime des inquiétudes quant à la proposition de moduler le financement des écoles en fonction de leur rendement.

« Ce qui va arriver, c'est que les écoles en milieu défavorisé, qui ont souvent un taux de réussite beaucoup plus faible que les écoles favorisées, vont payer pour ça. Elles auront moins de budget parce qu'elles auront moins réussi que les autres. Ça ne tient pas la route », a-t-elle souligné.