Nancy Neamtan
Pendant que les manifestants du mouvement Occupons Wall Street campent aux quatre coins de la planète pour dénoncer les excès du capitalisme, des représentants de 70 pays sont réunis à Montréal pour discuter des moyens de « ramener l'économie au service des hommes et des femmes ».
Quelque 1200 personnes participent au Forum international de l'économie sociale et solidaire, organisé par le Chantier de l'économie sociale en partenariat avec le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal.
Pour Nancy Neamtan, PDG du Chantier de l'économie sociale, cette initiative va de pair avec le mouvement Occupons Wall Street.
Ce « reflet d'un ras-le-bol qui dure depuis des années » n'est qu'une autre facette de la volonté de plus en plus grande de « développer une économie à visage humain, centrée sur d'autres valeurs que simplement le rendement des actionnaires », explique Mme Neamtan.
« Mais malheureusement, poursuit-elle, les politiques publiques et les politiques économiques sont encore orientées sur une vision de développement économique version Wall Street. »
L'une des pistes de solution consiste précisément en des exemples qui seront présentées tout au long de la semaine dans le cadre du Forum international de l'économie social et solidaire.
Des quelque 70 pays représentés, au forum, certains ont déjà des projets d'envergure pour développer une économie plus juste, explique Mme Neamtan. « Le gouvernement du Mali vient d'adopter une loi cadre sur l'économie sociale et solidaire, comme l'a fait le gouvernement espagnol, pour soutenir davantage (la population), comme la ville de Rio de Janeiro. Donc, on va s'inspirer ici au Canada de ces initiatives ».
« C'était le temps de se mettre ensemble pour exiger cette reconnaissance autant des institutions internationales, qui sont présentes cette semaine à Montréal, que des pouvoirs publiques pour qu'on ait finalement des politiques économiques qui soutiennent cette forme de développement », soutient Mme Neamtan.
Une option pour contrer la collusion?
Au passage, Mme Neamtan soutient par ailleurs que les entreprises d'économie sociale peuvent aider les municipalités qui déplorent le peu de marge de manoeuvre dont elles disposent pour octroyer certains contrats.
« Quand nos entreprises travaillent avec une municipalité, il n'y a pas de cachette [et] l'objectif est de s'entendre sur un prix qui est juste par rapport à la valeur du travail, et après il n'y a pas de spéculation. [...] On le voit dans certains secteurs où des multinationales vont soumissionner pour ensuite couper les prix et éliminer la compétition, et après évidemment quand elles sont seules, on voit comment les prix montent. Les entreprises sociales peuvent s'assurer qu'elles sont là pour créer des emplois et que les retombées sont là à long terme », explique Mme Neamtan.
« On a des entreprises collectives au Québec qui produisent des biens et services qui sont transparentes, démocratiques, qui ne font pas de cachette », ajoute-t-elle.
« Je pense que, de plus en plus, c'est ce genre de chose qu'on doit promouvoir et assurer que nos municipalités puissent le faire [...] et je crois qu'il y a des cadres réglementaires et toutes sortes de choses qu'on peut faire pour assurer que les entreprises qui sont gérer démocratiquement avec une grande transparence puissent être plus présentes en réponse aux marchés publics », estime-t-elle.
Le Forum international de l'économie sociale et solidaire se tient au Palais des congrès de Montréal jusqu'au 20 octobre.