Un donneur de sperme contrevient à la loi

Le reportage de Michel Rochon

Un homme de Westmount âgé de 47 ans, qui affirme être aujourd'hui le père d'une quinzaine d'enfants, offre gratuitement son sperme sur Internet à des femmes désireuses d'avoir des enfants.

Cette pratique est interdite au Canada, car elle contrevient à la loi canadienne concernant la distribution du sperme destiné à la reproduction assistée.

Donneur sur Internet

Philippe, un ingénieur, ne fait pas partie des banques de sperme autorisées.

Il utilise plutôt son propre site Internet pour offrir sa semence à des femmes, en majorité lesbiennes.

« Je suis un donneur qui accepte d'être connu. Je pense que ce qui est important pour les lesbiennes qui me choisissent comme donneur, c'est qu'elles savent que si jamais un jour l'enfant veut me voir, il va pouvoir me voir », soutient-il.

Philippe, 47 ans, offre gratuitement son sperme sur Internet. Philippe, 47 ans, offre gratuitement son sperme sur Internet.

Il affirme être en santé, sans maladies transmises sexuellement et sans maladies héréditaires connues.

Or, selon la Dre Louise Lapensée, obstétricienne gynécologue à la Clinique de fertilité Ovo à Montréal, ce geste comporte de nombreux risques sanitaires.

« Pour être fait de la bonne façon, le sperme du donneur doit être mis en quarantaine pendant six mois. L'homme est testé pour toutes les MTS, les hépatites, le VIH et il doit être testé à nouveau six mois plus tard avant que son sperme soit utilisé », explique-t-elle.

Or, Philippe ne se soumet pas à cette procédure en clinique, même s'il affirme utiliser uniquement des seringues neuves pour récolter le sperme.

En fait, Philippe contrevient à plusieurs articles de la Loi sur les aliments et les drogues du Canada. Selon la loi, le sperme donné pour procréation devient un médicament qui doit être suivi. Au Québec, seulement cinq cliniques sont autorisées à effectuer cette procédure.

De plus, avec 15 enfants potentiellement issus de ses dons, il dépasse la limite permise de 10 femmes par donneur.

« De cette façon là [avec une limite de 10 femmes], on réduit les risques de consanguinité, de rencontre éventuelle entre les enfants qui ne sauraient pas qu'ils sont issus de donneurs », poursuit le Dr Lapensée.

Par ailleurs, l'offre de service de Philippe est devenue inutile au Québec depuis l'instauration en 2010 d'un programme public de reproduction assistée fiable.

Avec le reportage de Michel Rochon