À l'approche du dépôt du budget provincial, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) réclame une hausse des frais de scolarité afin de maintenir la qualité de la formation dispensée par les établissements québécois et la valeur des diplômes qu'elles délivrent. Le président de la chambre de commerce, Michel Leblanc, recommande d'augmenter les frais de scolarité de 1000 $ par année pendant trois ans.
Une étudiante sur le campus de McGill (archives)
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PC/Peter McCabe
Les universités sont fondamentales dans notre économie et les entreprises s'inquiètent de la qualité des formations qui y sont données. « Nos entreprises, les entreprises de la région, témoignent tous les jours des difficultés de recruter des talents dont elles ont besoin », affirme M. Leblanc. Elles s'inquiètent [les entreprises] que nos universités s'affaiblissent. Nos universités sont sous-financées depuis des années ».
De leur côté, les étudiants dénoncent ce raisonnement. Ils déplorent le recul de l'accessibilité aux études universitaires qu'une hausse des frais de scolarité entraînerait. Le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Louis-Philippe Savoie avance que les étudiants vivent avec 13 000 $ par année. « Il y a déjà 65 % des étudiants - les deux tiers - qui n'arrivent pas à la fin de l'année, explique M. Savoie. Si on augmente les frais de scolarité, on va empirer ce chiffre-là. »
Le président de la chambre de commerce estime qu'une bonification du régime de prêts et bourses pallierait à la hausse des droits de scolarité. M. Leblanc soutient notamment que le quart des augmentations (250 $ sur les 1000 $ annuellement demandés) devraient être injectées dans ce système de bourses. Il estime ainsi que les étudiants les plus riches paieraient davantage pour leurs études alors que les plus démunis auraient tout de même accès aux études de leur choix.
Une solution que la FEUQ rejette d'emblée. « Un bon programme de prêts et bourses [...] vient compléter des frais de scolarité abordables; ça ne peut pas les remplacer », explique M. Savoie. Ce dernier estime que le programme des prêts et bourses est déjà déficient.
« Le Conseil des ministres de l'Éducation du Canada [...] a fait une recension de la littérature scientifique [au sujet de la relation entre les frais de scolarité et l'accessibilité aux études]. Il conclut que les études simplistes, effectivement, concluaient qu'il n'y a pas de lien entre les frais de scolarité [et l'accessibilité aux études]. Du moment que l'on complexifie un peu, qu'on prend en compte plus d'un facteur, on se rend compte qu'il y a un impact négatif. »
Michel Leblanc
La contribution de l'État Les contribuables et les entreprises contribuent suffisamment, par le biais de leurs impôts, au financement des études universitaires. C'est donc aux étudiants de contribuer à leur propre formation. « L'État ne peut pas en faire plus, estime-t-il. L'État aura même du mal à contraindre ses dépenses dans le prochain budget. Ce n'est pas à l'État d'augmenter sa part. »
Une fois l'État et l'entreprise privée écartés, il ne reste plus que les étudiants pour financer leurs propres études.
Le président de la CCMM propose de moduler les frais de scolarité selon les coûts de la formation et les revenus anticipés que les étudiants devraient récolter de la pratique de leur métier. M. Leblanc compare les étudiants en anthropologie aux étudiants en médecine pour illustrer son propos. Les étudiants en anthropologie paient 40 % de leur formation alors qu'en médecine cette proportion chute à 14 %, avance M. Leblanc.
Les étudiants rejettent toutefois cette solution qui comporte un danger, malgré son aspect séduisant. Le président de la FEUQ soutient que cette avenue, empruntée dans le reste du Canada, a conduit à la diminution de la moitié des étudiants en médecine en provenance des classes moyennes et plus défavorisées de la société. Le tout, sur une période de 10 ans. « Il n'y a pas de justice sociale là. Au contraire, c'est de bloquer l'ascenseur social, estime M. Savoie.
Même s'il reconnaît que les universités québécoises s'apprécient favorablement au sein de la confrérie universitaire mondiale, le président de la CCMM soutient que le sous-financement chronique les entraîne inéluctablement vers le bas. M. Leblanc souligne le vieillissement des professeurs et les besoins d'investissement des infrastructures au nombre des problèmes qui assaillent les universités. Une affirmation réfutée par la FEUQ qui souligne la grande qualité des diplômes québécois.
Offrant une autre piste de financement, M. Leblanc propose d'accroître la philanthropie, autant personnelle qu'entrepreneuriale privée, ce qui constitue un autre moyen d'améliorer le sort des universités québécoises.