Qu'est-ce que « mourir dans la dignité »?
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Exclusif - L'euthanasie : de quoi parle-t-on exactement? Puisque chacun peut avoir sa propre idée de ce qu'elle est ou de ce qu'elle n'est pas, Radio-Canada a voulu comprendre ce qu'elle signifiait pour les Québécois.
Plus de 83 % d'entre eux se disent favorables à la légalisation de l'euthanasie, selon un sondage de l'agence CROP dévoilé dimanche.
Les situations acceptables
Selon M. Sylvain Gauthier, vice-président de la maison de sondage CROP, « dans une situation où le patient souffre beaucoup, s'il est dans le coma, là où il n'y a aucune chance d'en revenir, l'euthanasie gagne des points ».
Plus d'une personne interrogée sur deux est d'accord pour affirmer qu'il s'agit du « droit de mourir dans le cas de souffrances extrêmes causées par une maladie sans aucune chance de guérison ».
Une proportion semblable de répondants estiment que c'est « le fait de ne pas maintenir artificiellement en vie un malade sans aucune chance de guérison ».
Presque autant de personnes pensent qu'il s'agit « du droit, en toute conscience, de choisir le moment de sa mort dans une situation de maladie sans aucune chance de guérison ».
Les Québécois s'entendent donc sur plusieurs notions pour définir ce qu'est « mourir dans la dignité ».
Il y a quelques réserves
Par contre, certaines situations ne justifient pas le recours à l'euthanasie, selon les répondants du sondage.
Par exemple, devrait-on avoir le droit de demander la mort dans le cas d'une maladie qui n'est pas mortelle, mais qui laisse le patient entièrement paralysé pour le restant de ses jours?
Les Québécois ne sont pas prêts à faire ce pas. Seulement 24 % d'entre eux croient que oui, mais 15 % estiment que c'est tout à fait contraire à leur opinion et 18 % n'arrivent pas à trancher.
Par ailleurs, devrait-on avoir le droit de mourir dans le seul but d'alléger le fardeau des membres de la famille qui s'occupent d'un malade sans aucune chance de guérison?
Cette question aussi divise les Québécois. Si 26 % d'entre eux répondent oui, 16 % disent non et 12 % sont ambivalents.
« Il y a des cas où l'on questionne davantage l'euthanasie, confirme M. Gauthier. Pour certaines personnes, dans les cas de paralysie, ça reste acceptable, et dans une proportion quand même appréciable - presque le tiers -, mais c'est discutable pour une majorité de répondants. »
Au-delà des définitions, des cas concrets
Lorsque l'on présente des cas concrets aux personnes sondées, les résultats démontrent des tendances claires.
Dans le cas où un membre de la famille connaît des souffrances intenses et qu'il ne lui reste plus que quelques mois à vivre, 82 % des gens accepteraient de l'aider à mourir.
Il y a presque un consensus dans le cas d'une personne comateuse qui n'aurait aucune chance de s'en sortir. Face à ce drame, presque 90 % des répondants accepteraient de recourir à l'euthanasie.
« Les gens prendraient plus facilement cette décision si le proche l'avait prévu, affirme Sylvain Gauthier. Il y aurait peut-être moins de cas de conscience. On aurait l'impression de respecter la volonté de la personne. Si la décision n'avait pas été demandée, on peut présumer que le choix serait plus difficile. »
Par contre, l'opinion des personnes interrogées est constante en ce qui a trait à la paralysie. La plupart des gens estiment qu'il ne s'agit pas là d'une situation justifiant l'euthanasie. Mais si la personne le demande, 59 % des gens seraient quand même prêts à l'aider à mourir.
Les résultats du sondage reposent sur 2200 entrevues téléphoniques effectuées du 5 au 15 novembre 2010. La marge d'erreur est de 2,1 %, 19 fois sur 20.
La dernière portion du sondage sur l'euthanasie réalisé par l'agence CROP sera dévoilée lundi soir.