Avant la création du régime d'assurance maladie, le Québec avait l'espérance de vie la plus courte et le taux de mortalité infantile le plus élevé au Canada.
Moins de la moitié de la population était couverte par une assurance maladie prévue dans les conventions collectives ou payée par les employeurs. Les autres Québécois devaient donc s'en remettre à leurs économies ou à la charité des communautés religieuses, sans quoi ils n'avaient tout simplement pas accès aux soins.
1966 : La loi fédérale sur les soins médicaux est adoptée. Comme elle assure le paiement de 50 % des coûts des régimes mis en place par les provinces, ces dernières accélèrent la création de leur système.
La même année, la Commission d'enquête sur la santé et le bien-être social est créée peu de temps après l'arrivée au pouvoir de l'Union nationale, dirigée par Daniel Johnson. Claude Castonguay en assure la présidence.
1967 : En novembre, la Commission dépose la première tranche de son rapport, dans laquelle elle recommande l'établissement d'un régime d'assurance maladie couvrant l'ensemble des soins médicaux pour toute la population. La commission prévoit que les fonds publics et les contributions des travailleurs financeront le nouveau régime.
1969 : La Régie de l'assurance maladie du Québec est créée. Mais selon Claude Castonguay, « peu de choses avaient bougé en ce qui concernait le régime lui-même. On ne savait pas quelle forme il allait prendre. Au début de 1970, rien ne s'était encore produit. C'est ce qui m'a motivé à entrer en politique, à la suite de l'invitation de M. Jean Lesage et de M. Robert Bourassa. Je voulais développer et implanter ce que nous avions conçu. »
1970 : En mai, Claude Castonguay devient ministre de la Santé. Il prépare alors le projet de loi sur l'assurance maladie, déposé à l'Assemblée nationale un mois plus tard. Puis le régime entre en vigueur le 1er novembre 1970.
Lors de la mise en place du régime public, une entente est rapidement conclue avec les omnipraticiens.
Quant aux médecins spécialistes, ils s'opposent d'abord au nouveau système. Après une grève et une loi votée à l'Assemblée nationale en octobre afin de les obliger à reprendre le travail, les médecins spécialistes concluent finalement une entente avec le gouvernement à la fin de l'année.
« Ça n'a pas pris six mois aux médecins, qui étaient extrêmement récalcitrants au point de faire la grève en 1970, avant d'être bien contents du programme public d'assurance maladie », explique aujourd'hui le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.
Les médecins ont rapidement apprécié le meilleur accès aux soins pour leurs patients ainsi que la garantie de rémunération.
En entrevue à Radio-Canada.ca, le Dr Barrette souligne que des collègues qui ont vécu cette époque lui indiquent qu'avant la mise en place du régime d'assurance maladie, jusqu'à 40 % des patients ne payaient pas leurs services médicaux en raison de leur incapacité financière.
« On avait une dynamique où les médecins devaient avoir des patients capables de payer pour pouvoir recevoir des patients pas capables de payer, parce que la priorité était de soigner les gens. Alors, ça faisait une gestion de la pratique médicale assez complexe », explique le Dr Barrette.