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Quelque 170 000 adolescents et jeunes adultes prennent le chemin des cégeps du Québec cette semaine.
L'entrée au cégep des premiers élèves québécois ayant grandi avec la réforme scolaire suscite une certaine inquiétude, tant du côté des professeurs que de la Fédération étudiante collégiale du Québec.
Les yeux du milieu sont particulièrement rivés sur les étudiants qui font leur rentrée dans le réseau collégial, puisqu'ils sont les premiers à avoir fait l'ensemble de leur scolarité sous le nouveau régime pédagogique.
Tant au primaire qu'au secondaire, ces adolescents ont eu droit à un enseignement différent de celui reçu par leurs aînés. La nouvelle approche, qui a attisé les débats au fil des années, met davantage l'emphase sur des compétences, développées par l'entremise de projets, que sur l'acquisition de connaissances.
Les cégeps n'ayant pas connu une réforme du même type, ils se retrouvent aujourd'hui dans une situation qui s'annonce compliquée : les méthodes d'enseignement préconisées et les grilles d'évaluation sont les mêmes qu'avant, mais seront-elles adaptées à cette nouvelle cohorte d'étudiants?
Les enseignants qui se préparent à les recevoir ne cachent pas une certaine inquiétude. Le président de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), Jean Trudelle, ne cache pas qu'il craint que les nouveaux étudiants soient « moins bien préparés ».
Au terme de la dernière année, les syndiqués du réseau avaient déjà affirmé qu'ils étaient d'autant plus inquiets que « les problèmes d'arrimage entre le secondaire et le collégial ont été amplifiés par certaines mesures d'assouplissement des exigences d'admission ».
Jean Trudelle
« Si, dans l'ensemble, les étudiants sont moins bien préparés et que nous maintenons les mêmes exigences, les taux d'échec vont nécessairement augmenter », a déclaré M. Trudelle au quotidien La Presse.
« Si la masse d'étudiants se retrouve devant des difficultés importantes, on a tout un problème. Qu'est-ce qu'on fait? Est-ce qu'on sacrifie les exigences collégiales? Est-ce qu'on met en place des mesures d'aides particulières? »
La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) croit qu'il convient effectivement de modifier les exigences. Le président de l'organisme qui représente 55 000 étudiants dans le réseau, Léo Bureau-Blouin, dit s'attendre à de « très graves problèmes ».
Le jeune homme avance d'ores et déjà que le ministère de l'Éducation doit adapter le contenu de certains cours. Il croit que cela risque de s'avérer nécessaire dans les matières nécessitant des connaissances de base, comme le français, les sciences et certains programmes techniques.
La ministre Beauchamp se fait rassurante
En conférence de presse, lundi, la FECQ y est d'ailleurs allée de huit recommandations destinées à favoriser un meilleur arrimage entre le secondaire et le collégial. Ces recommandations ont été formellement adoptées lors du congrès organisé par la Fédération en fin de semaine à Rouyn-Noranda.
La FECQ y va de plusieurs suggestions très précises, dont la création d'un second parcours pour le premier cours de français au collégial, et l'enseignement de certaines notions dans le premier cours de mathématiques et de chimie.
Les directions de cégeps devraient en outre aider les enseignants à adapter leurs pratiques pédagogiques aux nouveaux étudiants, ajoute la FECQ. Le ministère de l'Éducation est quant à lui prié de créer et de financer des structures locales réunissant des représentants des enseignants de chaque cégep et avec des professeurs des écoles secondaires qui constituent son bassin de recrutement.
La ministre de l'Éducation du Québec, Line Beauchamp
En entrevue à l'émission C'est bien meilleur le matin, la nouvelle ministre de l'Éducation du Québec, Line Beauchamp, avait d'ores et déjà annoncé qu'elle étudierait attentivement ces propositions. Elle n'a cependant pas voulu s'avancer davantage.
« On a déjà, par le passé, pris les devants et invité des professeurs du collégial à se pencher sur cette question : est-ce qu'il faut ou pas parler d'une transition ou d'un arrimage entre l'éducation comme cela s'est fait depuis que le renouveau pédagogique a été implanté et le cégep? », a soutenu Mme Beauchamp.
« Ces groupes-là qui se sont penchés sur la question [...] ont plutôt émis des rapports positifs. C'est-à-dire que le niveau de crainte au point de départ s'est affaibli et les rapports sont devenus positifs », affirme la ministre de l'Éducation.
Mme Beauchamp ajoute qu'une équipe de l'Université Laval a déjà été mandatée pour déterminer comment se déroule le passage au collégial de la nouvelle cohorte. « S'il y a des ajustements à faire, il faudra les faire », soutient-elle.
Un autre son de cloche
Léo Bureau-Blouin souligne toutefois que tout n'est pas noir. « On peut penser que ces étudiants auront une plus grande autonomie et une meilleure connaissance du monde, ce qui pourrait les avantager dans certains programmes, comme en sciences humaines », a-t-il déclaré à La Presse.
Ce point de vue est partagé par la mère d'un de ces étudiants, Yseult St-Jacques, qui a écrit au quotidien montréalais pour demander à la population de ne pas juger trop vite cette nouvelle cohorte. Elle soutient que la méthodologie par projets a permis à son fils d'apprendre à développer une vision globale et à bien exprimer ses idées.
« Ses textes de fin d'année étaient pertinents, dynamiques, très structurés. S'ils comportent encore quelques fautes, la qualité de l'argumentation dépasse de beaucoup ce que nous savions faire au même âge », affirme-t-elle.
Hausse de 2,4 % des dépenses
Le printemps dernier, la Fédération des cégeps s'est pour sa part dite satisfaite que le dernier budget du gouvernement Charest permette de couvrir la hausse de 2,4 % des dépenses prévue cette année.
La Fédération se disait « vivement préoccupée » par les mesures d'austérité budgétaire qui se profilent d'ici 2013-2014.
« La volonté du gouvernement d'élargir au personnel administratif du réseau de l'éducation, incluant les cadres, l'obligation de remplacer seulement un employé sur deux qui part à la retraite paraît excessive », affirmait le président-directeur général, Gaëtan Boucher.