Vers des gardes plus courtes

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Un autre groupe de résidents en médecine n'aura plus à faire des gardes de 24 heures, une condition de travail jugée contraire à la Charte canadienne des droits et libertés et à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec par la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ).

Tandis que la durée des gardes des médecins résidents fait l'object d'un grief en arbitrage, le Centre universitaire de santé McGill abandonne les gardes de 24 heures pour ses quelque 150 résidents en médecine interne.

Les quelque 150 résidents en médecine interne du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) feront désormais des gardes de 16 heures, comme c'est le cas pour un très faible nombre de programmes dans les trois autres facultés de médecine du Québec.

Mais la FMRQ tient à ce que les gardes de 16 heures deviennent la norme pour l'ensemble de ses plus de 3000 résidents. Un grief collectif à ce sujet a été déposé en 2007 et est présentement en arbitrage.

Six fois plus d'erreurs majeures

Selon des experts cités par les médecins résidents lors des premières audiences, en avril dernier, les risques d'erreurs augmentent considérablement après 16 heures de travail consécutives.

« Par exemple, il y a six fois plus d'erreurs médicales majeures lors d'une garde de 24 heures, comparativement à une garde de 16 heures », souligne le président de la FMRQ, le Dr Charles Dussault, citant les études du Dr Charles Czeisler, professeur émérite et chercheur à l'Université Harvard.

Selon les informations du ministère de la Santé, lorsque les gardes de 24 heures ont été mises en place, les médecins avaient suffisamment de temps pour se reposer. Avec l'évolution de la médecine, la tâche des médecins a changé et le ministère se dit ouvert à ajuster le nombre d'heures consécutives de garde des médecins résidents.

Le Dr Czeisler, cité par la FMRQ, estime qu'il y a plus de 40 ans, des études affirmaient déjà que les médecins résidents font deux fois plus d'erreurs de diagnostic dans les cas d'arythmies cardiaques lorsqu'ils sont en privation de sommeil, comparativement à lorsqu'ils sont reposés.

Invité à expliquer les conséquences d'une réduction de la durée de toutes les gardes des médecins résidents, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, n'a pas voulu réagir en raison des démarches d'arbitrage en cours.

Au cabinet du ministre, on reconnaît néanmoins que dans plusieurs autres pays, les gardes de 16 heures sont bénéfiques, et qu'il s'agit d'une avenue possible.

La cause se serait rendue en arbitrage, puisque le ministère de la Santé souhaitait étudier différentes possibilités, tandis que la FMRQ tenait à ce que toutes les gardes ne dépassent pas 16 heures.

« Du moment où l'un de nos membres affirme que les gardes de 24 heures contreviennent à la Charte des droits et libertés, on ne peut pas dire que la mesure s'appliquera seulement à certains résidents », explique le Dr Dussault.

Dans certains cas, et principalement en chirurgie, le Dr Dussault reconnaît qu'un travail d'adaptation plus important serait nécessaire puisque les horaires en salles d'opération sont moins flexibles.

Mais dans l'ensemble, les gardes de 16 heures ne changent pas le nombre d'heures de travail des médecins résidents, soutient le président de la FMRQ, puisqu'ils n'ont plus de journée de repos le lendemain, comme c'est le cas présentement dans la majorité des centres hospitaliers.

La décision du CUSM « montre au ministère de la Santé que les gardes de 16 heures sont possibles, soutient le Dr Dussault. Nous sommes tout à fait prêts à négocier les arrangements nécessaires avec le ministère », conclut-il.