Est-il juste d'affirmer que le sport est un milieu homophobe? Pas nécessairement.
La violence physique basée sur l'orientation sexuelle est la forme la plus extrême de l'homophobie. Ce type d'attaque extrême n'est pas plus fréquent dans le milieu sportif que dans le reste de la société.
Mais l'homophobie ne se limite pas à des démonstrations physiques. Les injures à caractère homosexuel peuvent avoir un impact encore plus dévastateur qu'un coup de poing.
Jonathan Rehel
Aujourd'hui âgé de 29 ans, Jonathan Rehel n'a jamais été victime de violence physique en raison de son homosexualité.
Il a cependant fait l'objet de nombreuses insultes dans le contexte des cours d'éducation physique.
Depuis, sa relation avec le sport est caractérisée par la peur de se faire juger, de se faire injurier.
Or, il semble que, dans les vestiaires, c'est la norme que de parler de façon négative des homosexuels et de la culture gaie en général, affirme Justin Bourne. En réfléchissant sur ses années passées dans le vestiaire, M. Bourne s'est rendu compte que, lorsque les joueurs se taquinent, ça tourne toujours autour de la sexualité.
L'ancien hockeyeur estime cependant que ces commentaires qualifiés par certains d'homophobes ne sont en fait que des taquineries. « Les gars ne pensent simplement pas à ce qu'ils disent », renchérit-il.
On entend souvent des athlètes dire « Y'est pas capable de frapper? C'est un fif! », dit Michel Villeneuve. On réserve le même genre d'insultes aux joueurs qui ne veulent pas jouer un style de jeu robuste. M. Villeneuve n'y voit pas de l'homophobie, mais plutôt une manifestation stéréotype de machisme.
Mais ces taquineries machistes peuvent faire très mal, et ce, même si telle n'est pas leur intention.
« Pour quelqu'un qui est en questionnement [par rapport à son orientation sexuelle], c'est un coup de masse de plus sur sa tête, dit Marc-André Beaucage, hockeyeur et ancien skieur amateur. Ça vient encore lui dire que l'homosexualité est quelque chose de péjoratif, que c'est associé à quelque chose de faible. »
Pascal Clément
Photo : Université Laval/Yan Doublet
Aujourd'hui entraîneur-chef de l'équipe de volley-ball du Rouge et Or de l'Université Laval, Pascal Clément a également vécu cette condamnation populaire de l'homosexualité lorsqu'il était volleyeur de haut niveau.
Cela a eu pour conséquence qu'il a repoussé sa décision d'afficher son homosexualité, un choix qu'il n'aurait probablement pas fait s'il s'était dirigé vers son autre passion, les arts dramatiques.
Ce report du processus d'affirmation peut avoir un impact sur les performances de l'athlète. « Si quelqu'un n'est pas bien [dans sa peau], une partie de ses énergies, au lieu d'être transférée à la performance en tant que telle, va être [transférée] à s'inquiéter, à avoir la tête ailleurs », affirme Sylvain Guimond, spécialiste en psychologie du sport. « Si on est mal à l'aise, que l'on cache des choses et qu'on sent qu'on ne peut pas être soi-même, à ce moment-là, ça va affecter la performance. »
Camaraderie ou domination
Guylaine Demers, professeure au Département d'éducation physique de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, a recensé en 2006 les écrits relatifs à l'homophobie dans le sport. Elle rapporte que le sport d'équipe permet à plusieurs hommes d'avoir de nombreux contacts physiques avec d'autres hommes dans les vestiaires (claque sur les fesses, accolade, baiser sur les joues par exemple), et que ces comportements sont totalement acceptés.
Pourtant, ces comportements seraient directement définis comme homosexuels à l'extérieur du contexte sportif, peut-on lire dans son article publié dans le Journal canadien des entraîneures. La présence affirmée d'un homosexuel vient en quelque sorte mettre en lumière le caractère pseudo-homosexuel de ces comportements, ce qui crée un malaise.
Ces manifestations de camaraderie ne doivent pas être considérées comme homosexuelles. Dans L'épreuve de la masculinité : sport, rituels et homophobie, le sociologue Simon Louis Lajeunesse estime que ces comportements proviennent plutôt du fort sentiment d'appartenance qui unit les joueurs.
« Les équipes gagnantes sont souvent celles qui ne font qu'un », rappelle le sociologue de la sexualité Michel Dorais. La création de cette unité se fait naturellement dans certains contextes. Le sentiment d'appartenance peut aussi passer par des actes particulièrement dégradants.
C'est le cas des rites d'initiation qui, en apparence, sont d'ordre sexuel, mais qui, dans les faits, sont une démonstration de pouvoir et de domination. Dans son essai, M. Lajeunesse rapporte le « rituel de la toast », où un athlète doit manger une rôtie sur laquelle tous ses coéquipiers ont éjaculé. Les sportifs rencontrés par le sociologue rapportent même des pénétrations anales lors de ces initiations.
Pour Michel Dorais, il faut prendre ces témoignages avec un grain de sel. Sans mettre en doute les témoignages anonymes recueillis par M. Lajeunesse, M. Dorais doute que l'on puisse généraliser ces agissements à l'ensemble du milieu sportif.
Marc-André Beaucage n'est pas du même avis. Confirmant l'existence du « rituel de la toast », ce sportif amateur affirme avoir assisté à des masturbations collectives et à des mictions sur les coéquipiers dans les douches. Selon lui, ces pratiques sont très répandues et restent inconnues, car ces histoires ne sortent habituellement pas du vestiaire.