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En profondeur

Journaliste:Louis-André Bertrand

Mise à jour le vendredi 14 mai 2010 à 16 h 21 HAE

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Trouver un homosexuel qui s'affiche publiquement dans une ligue sportive professionnelle tient de l'exploit.

En fait, il est impossible pour une majorité de partisans de nommer un athlète homosexuel qui évolue dans la Ligue nationale de hockey ou dans les ligues américaines et canadiennes de football. Les rares cas d'affichage de l'homosexualité ont habituellement lieu à la fin de la carrière, une fois que la sécurité financière est atteinte et que le vestiaire ne constitue plus une seconde demeure.

À l'occasion de la Journée internationale de lutte contre l'homophobie, qui a pour thème l'homophobie dans le sport, Radio-Canada.ca propose un regard sur ce phénomène et sur les raisons des sportifs à taire leur orientation sexuelle.

Témoignages de sportifs

Ancien patineur artistique, Jonathan Grenier a vécu beaucoup d'homophobie au secondaire. Il a dû mettre fin à sa carrière en raison de son épilepsie qui est apparue, selon lui, en raison du stress lié à la discrimination dont il a été victime.

Volleyeur de haut niveau, Pascal Clément est entraîneur-chef de l'équipe de volley-ball du Rouge et Or de l'Université Laval. Il a attendu d'être dans la trentaine pour s'afficher ouvertement comme homosexuel.

Durant toute sa jeunesse, Marc-André Beaucage a été un skieur de compétition. Amateur de ski, de cyclisme et de hockey, cet entraîneur de « cardio kickboxing » estime que le sport donne beaucoup de sens à sa vie.

Jonathan Rehel a fait l'objet de nombreuses insultes dans le contexte des cours d'éducation physique. Encore aujourd'hui, il associe la pratique du sport à un environnement qui lui est hostile.

Des mentalités d'autrefois

On note un certain décalage dans l'évolution des concepts de masculinité, entre la société en général et le monde du sport.

Alors que le modèle de l'homme macho qui n'affiche pas ses sentiments paraît dépassé dans la société moderne, ce même modèle reste celui qui est valorisé dans le milieu sportif, un peu comme s'il était resté figé dans le temps. Pour la Fondation Émergence, qui est un organisme québécois de lutte contre l'homophobie, ce secteur de la société a échappé à l'évolution des 30 dernières années en matière d'ouverture à la différence et aux réalités des minorités sexuelles, peut-on lire dans un dépliant de la fondation.

Justin Bourne

Justin Bourne

Ancien joueur de hockey et auteur du blogue sportif JTBourne.com, Justin Bourne attribue aussi l'absence d'ouverture à la diversité sexuelle dans le milieu sportif à ce retard dans l'évolution des mentalités.

« Une partie du problème réside dans le contrôle du milieu par l'ancienne génération, une génération qui est moins à l'aise avec l'homosexualité », affirme-t-il.

M. Bourne voit d'un bon oeil la plus grande ouverture d'esprit qu'il observe dans la nouvelle génération de sportifs.

De son côté, Michel Villeneuve, animateur de l'émission de sport La zone, estime que c'est plutôt l'absence de modèles homosexuels, et non un retard dans l'évolution des moeurs, qui explique le silence autour de l'homosexualité dans le monde du sport. « Un homosexuel au hockey, qui est un sport extrêmement traditionnel, c'est très mal perçu », admet-il cependant.

Le sport, c'est tellement macho que le public ne peut pas accepter qu'un athlète soit homosexuel.

— Michel Villeneuve, animateur de La zone

Pour échapper à ce climat hostile, certains athlètes en viennent à quitter le sport. Ceux qui restent sont contraints de cacher une partie de leur personnalité, contraints au « moule du silence », affirme Laurent McCutcheon, président de la Fondation Émergence.

Cet état de la situation donne l'impression à beaucoup d'athlètes qu'il n'y a pas d'homosexuels dans le milieu sportif, ce qui contribue au statu quo.

À vous la parole

Les amateurs de sport sont-ils prêts à accepter qu'un membre d'une équipe sportive professionnelle soit homosexuel? Participez à la tribune.