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Société

Masculinisme

L'audience de Rochefort est reportée

Mise à jour le mardi 16 mars 2010 à 15 h 34

Un texte de Barbara Debays

Jean-Claude Rochefort

Jean-Claude Rochefort (archives)

L'enquête préliminaire de Jean-Claude Rochefort, l'auteur d'un blogue antiféministe, a été reportée au 6 avril. L'homme de 61 ans est accusé d'avoir proféré des menaces à l'endroit des femmes.

S'appuyant sur la jurisprudence, l'avocat de M. Rochefort, Me Guillaume Langlois, a fait valoir que les femmes ne constituaient pas un groupe identifiable tel que défini dans l'article 319 du Code criminel. Cet article de loi mentionne la couleur, la race, l'origine ethnique ou l'orientation sexuelle comme paramètre permettant de définir un groupe en tant que tel.

L'avocate de la Couronne, Me Cynthia Gyenizse, a reconnu ce fait, mais a indiqué que certains sous-groupes de femmes, comme les lesbiennes et les mères monoparentales, étaient explicitement visées dans le blogue tenu par M. Rochefort.

La juge Hélène Morin, de la Cour du Québec, a donc décidé de reporter sa décision au 6 avril, le temps de prendre connaissance des preuves documentaires.

La défense a exprimé son intention de demander une révision des conditions de remise en liberté de M. Rochefort, à la lumière de nouveaux éléments au dossier qu'elle n'a pas voulu dévoiler.

L'activiste masculiniste est détenu de façon préventive depuis son arrestation, le 4 décembre dernier, soit deux jours avant les commémorations du 20e anniversaire de la tuerie de Polytechnique.

Une première demande de remise en liberté lui avait été refusée, en février. Le juge Claude Leblond, de la Cour du Québec, avait jugé que l'accusé était « une bombe à retardement ».

Les médecins de l'Institut Pinel ont jugé Jean-Claude Rochefort sain d'esprit et, par conséquent, apte à subir un procès.

La Couronne souhaite quant à elle que Jean-Claude Rochefort soit également accusé d'incitation publique à la haine, en plus d'avoir proféré des menaces de mort à l'endroit des femmes. L'homme de 61 ans a fait l'objet de plusieurs plaintes auprès des autorités policières, dont l'une a déjà mené à une accusation de possession illégale d'arme à feu.

Jean-Claude Rochefort, qui était présent à l'audience, n'a manifesté aucune émotion particulière. Plusieurs militantes féministes s'étaient déplacées pour l'occasion.

Des sites antiféministes

En novembre dernier, Radio-Canada.ca révélait l'existence de trois sites Internet faisant l'apologie de Marc Lépine, l'auteur de la fusillade qui a fauché la vie de 14 femmes le 6 décembre 1989, à l'École polytechnique de Montréal.

Sur ses sites, Jean-Claude Rochefort écrit de longs textes argumentaires dans lesquels il pourfend radicalement l'idéologie féministe. Il illustre sa prose masculiniste de montages graphiques faisant usage de la seule photo publique connue du « vrai » Marc Lépine. Ce personnage, présenté comme un héros qu'on croirait sorti d'une bande dessinée, figure presque toujours avec une arme à la main.

Marc Lépine

Photo prise du site de Jean-Claude Rochefort

Par exemple, dans l'un de ces photomontages, on peut voir un policier disant à Marc Lépine : « STP Marc, rends-nous service : tue toutes ces salopes ». Dans un autre, l'auteur du blogue décrète que le 6 décembre est le jour de la Saint-Marc « pour le souvenir de la première contre-attaque contre les féminazies [sic] dans la guerre contre les hommes ».

Jean-Claude Rochefort s'est défendu de verser dans l'apologie de Marc Lépine, affirmant faire plutôt de l'« humour ». De son point de vue, ce sont plutôt les féministes qui ont fait un héros de l'auteur de la tuerie de Polytechnique. « C'est un fait divers qu'on a récupéré pour en faire un monument. Est-ce qu'on va fêter Marc Lépine encore dans 50 ans? Arrêtez, c'est ridicule! », avait-il alors déclaré à Radio-Canada.ca.

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