Le président de la FTQ se porte à la défense des membres de la FTQ-Construction. La CSN-Construction condamne de son côté certains « talibans » qui se prennent « pour les seigneurs de la place ».
Le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arsenault, a commenté vendredi les allégations d'intimidation par la FTQ-Construction sur des chantiers de la Côte-Nord, présentés dans des reportages de l'émission Enquête diffusés cette semaine.
Dans des entrevues aux stations de la radio de Radio-Canada à Québec et Sept-Îles, M. Arsenault a condamné tout geste d'intimidation ou de taxage sur les chantiers de construction.
Il s'est du même souffle porte à la défense des membres de son syndicat et de ceux de la FTQ-Construction. Il a dit avoir envoyé une équipe inspecter les chantiers la semaine dernière, et que rien ne lui permet de croire que de telles situation se produisent.
Il a martelé que le Québec était une société de droit, et qu'il était inacceptable qu'on « accuse les gens sans enquête et sans poursuite ».
Michel Arsenault a surtout déploré les allégations de trafic de drogue visant Michel Bezeau, le représentant du local AMI à Sept-Îles, basées selon lui sur des témoignages anonymes de gens au visage caché. Le président de la FTQ pense que cela doit être très difficile à vivre pour M. Bezeau.
À propos des allégations d'intimidation visant le représentant du puissant local 791 des opérateurs de machinerie lourde à Sept-Îles, Bernard Gauthier, Michel Arsenault a affirmé qu'il ne le connaissait pas personnellement. Il a toutefois indiqué que des représentants de la FTQ avaient rencontré M. Gauthier, et que celui-ci avait offert sa collaboration à l'enquête conjointe de la Sûreté du Québec et de la Commission de la construction du Québec (CCQ).
M. Arsenault estime qu'on ne peut comparer les chantiers d'aujourd'hui à ceux de l'époque du saccage de la baie James, en 1974, à laquelle on a beaucoup fait référence récemment. Il donne l'exemple du projet Alouette 2, où on a respecté les délais et les coûts.
« Il ne faut pas dramatiser. Je lance un appel au calme. Il n'y a pas de saccages en vue, et c'est grossièrement exagéré, a-t-il dit. Si des gens sont victimes de ça, qu'ils se plaignent à la CCQ et à la police, Là, il y a aura enquête, et on se pliera aux résultats de l'enquête. »
Le président de la FTQ soutient qu'une majorité de travailleurs de la Côte-Nord choisissent son syndicat parce que ses quatre agents d'affaires font leur travail.
Faut-il changer le système de placement?
M. Arsenault a par ailleurs indiqué qu'il n'estimait pas nécessaire d'abolir ou de changer le système de placement des travailleurs par les syndicats, comme le préconisent les élus adéquistes. Le président de la FTQ estime que le système actuel permet aux travailleurs d'avoir un nombre suffisant d'heures sur les chantiers et de développer leurs compétences. Il rappelle aussi qu'un entrepreneur qui le souhaite peut aussi garder ses propres travailleurs.
Le principal rival de la FTQ-Construction, le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (CPQMCI), soutient lui aussi que le système de placement actuel est le plus efficace.
La CSN-Construction émet pour sa part un autre son de cloche. Le président du syndicat, Aldo Paolinelli, estime qu'il faudrait confier le placement sur les chantiers non pas aux syndicats mais à un organisme neutre comme la commission de la construction.
Jeudi, l'Action démocratique du Québec avait indiqué qu'à défaut de déclencher une enquête publique sur la construction, le gouvernement Charest devrait créer un bureau de placement indépendant pour éviter que les syndicats décident eux-mêmes qui travaille sur les chantiers.
Pas un cas isolé
La région de la Côte-Nord ne serait pas la seule à vivre des problèmes d'intimidation et de discrimnation sur ses chantiers de construction. La CSN vient de révéler des cas survenu en Haute-Mauricie, entre 2005 et 2009.
La centrale affirme que certains de ses travailleurs ont été intimidés, au moment où ils se trouvaient sur les chantiers de Chute-Allard et Rapide-des-Coeurs.
L'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec a de son côté indiqué qu'elle était au courant de cas d'intimidation sur certains chantiers de la Côte-Nord. L'association patronale, qui regroupe les principaux entrepreneurs en construction du Québec, dit avoir pris des mesures pour s'occuper des relations de travail sur le chantier de la Romaine, au nord de la municipalité de Havre-Saint-Pierre, et éviter les débordements.
En entrevue à l'émission Maisonneuve en direct, à la radio de Radio-Canada, le président de l'association, François Groleau, a admis que des plaintes avaient été portées à son attention, mais il assure que le climat de violence n'est pas généralisé.
La CSN-Construction critique
Aldo Paolinelli, président de la CSN-Construction
« Il faut que les organisations syndicales fassent leur travail responsablement. Les représentants syndicaux, ne sont pas là, quant à nous, pour empêcher les travailleurs de travailler », a réagi le président de la CSN-Construction.
« Le choix syndical qu'on fait est un choix personnel », fait-il valoir.
M. Paolinelli estime qu'il faut une volonté politique pour régler le problème.
S'il réclame une commission d'enquête sur l'octroi de contrats, il estime toutefois qu'elle ne devrait pas se pencher sur les relations de travail sur les chantiers. Selon lui, l'application des lois suffirait à régler la situation.
De son côté, le vice-président de la CSN-Construction, Pierre Brassard, en entrevue au Devoir, samedi, affirme que la FTQ intimide toutes les couches de la société. Selon lui, le Fonds de solidarité de la FTQ est devenu une caisse pour les partis politiques. Une enquête publique pourrait révéler des liens embarrassants, a-t-il laissé entendre.
Toujours pas d'enquête publique
Jacques Dupuis (archives)
Même s'il martèle qu'il faut faire cesser les actes d'intimidation, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, continue de s'opposer à la tenue d'une enquête publique. Selon lui, le mandat d'arrêt émis contre Jocelyn Dupuis prouve le bon fonctionnement de l'opération Marteau.
Selon lui, « le meilleur moyen de montrer à des gens qui veulent agir illégalement que quand on le fait, la police est après vous, elle va vous attraper, elle va vous traduire devant les tribunaux, et vous allez avoir des sentences. C'est la meilleure façon d'agir. »
Le ministre se réjouit en outre que des travailleurs aient accepté de parler « à visage découvert » à Radio-Canada pour parler de problèmes d'intimidation. « C'est plus facile pour les policiers de les rencontrer », a-t-il déclaré.