Logo Radio-Canada
Société

Soins infirmiers

Sortir le privé du réseau public

Mise à jour le mardi 9 février 2010 à 23 h 15

Le ministre Yves Bolduc

Le ministre Yves Bolduc

Au lendemain du reportage sur le recours aux infirmières d'agence privées par le réseau public de santé du Québec, diffusé par Radio-Canada, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a réitiré sur nos ondes, mardi, son intention de restreindre, voire d'éliminer cette pratique le plus rapidement possible.

Notre objectif, c'est définitivement de réduire le plus possible, même, si possible, d'éliminer la main-d'oeuvre indépendante, mais pour cela, il faut faire de la réorganisation du travail.

— Le ministre Yves Bolduc

Cette restructuration ne se fera toutefois pas dans l'immédiat. « Actuellement, explique le ministre, ne pas utiliser la main d'oeuvre indépendante pour certains établissements, ça voudrait dire une rupture de service. Et ça, c'est encore moins acceptable. »

Ce n'est pas la première fois que Québec affirme qu'il désire ne plus solliciter les agences privées. Malgré les promesses répétées au fil des ans, les hôpitaux ont de plus en plus recours aux services d'infirmières travaillant pour l'une ou l'autre des quelque 140 agences de la province. En quatre ans, le recours à ces infirmières a presque doublé dans les établissements publics de la province.

En 2004-2005, les infirmières du privé ont représenté un peu plus de 2 % des heures travaillées dans l'ensemble du réseau. En 2008-2009, c'était environ 4 %.

Répartition d'heures travaillées

Le phénomène est toutefois plus marqué dans certaines régions. À Montréal, le taux avoisine les 7 %. En Outaouais, à Laval et dans le Nord du Québec, il atteint près de 8 %. Cela signifie que près de 1 heure sur 10 est maintenant travaillée par une infirmière du privé.

Aucun professionnel de la santé n'est à l'abri d'une erreur médicale, mais le contrôle de la qualité du travail des infirmières du privé est plus compliqué : elles sont payées par une agence, mais elles travaillent au sein de différents départements, dans divers établissements hospitaliers. De surcroît, leur encadrement varie d'une agence à l'autre.

Haro sur le privé

Stéphane Simard, un citoyen de Gatineau dont le fils a été victime d'un accident médical alors qu'il était sous la charge d'une infirmière d'une agence privée, demande au gouvernement Charest d'agir pour que les établissements de soins de santé cessent de recourir à ces dernières.

Dans les heures suivant sa naissance à l'hôpital de Gatineau, à l'été 2009, son fils, prématuré de quelques semaines et aux prises avec un taux de sucre trop bas, a dû être envoyé aux soins intensifs pour nouveau-nés. Le soluté par intraveineuse qui lui a été administré s'est accumulé sous sa peau parce que l'aiguille est sortie de sa veine.

Durant près de trois heures, l'infirmière n'a pas surveillé le nouveau-né, même si les normes de l'hôpital exigent une vérification toutes les heures. M. Simard n'hésite pas à parler de négligence.

Et l'hôpital, tout en se disant responsable de la qualité des soins, reconnaît avoir peu d'emprise sur les compétences des infirmières d'agence.

Marie-Claude Prémont, professeure de droit à l'École nationale d'administration publique, souligne que l'embauche d'infirmières venant du privé soulève « des problèmes en matière d'efficacité et même de sécurité pour les patients », puisque ces professionnelles connaissent moins le milieu de travail dans lequel elles doivent oeuvrer.

D'après un reportage de Brigitte Bureau