Le coopérateur



Michel Chartrand, déterminé à travailler pour les causes sociales, contribue à la fondation de dizaines de coopératives au Québec, dans divers secteurs, avant et pendant ses années de syndicalisme.

Il fonde notamment une coopérative de vêtements à bas prix, la Coopérative La Bonne Coupe.

« J'ai fondé ça en 1939 avec mon beau-frère Joachim Cornellier. On vendait des costumes sur mesure. C'est un des premiers emplois que j'ai eus », raconte Michel Chartrand dans une entrevue à la revue Profil, en 2004. Il était alors âgé de 88 ans.

« Nous avons fondé une coopérative de consommateurs où les acheteurs de vêtements payaient une part sociale. On allait acheter des vêtements et on en faisait fabriquer dans des usines de Montréal. Comme on avait de la difficulté à les faire confectionner, à un moment donné, on a acheté une manufacture de Sherbrooke pour les besoins de la coop. Mais là, c'était trop fort pour nos moyens. On a fait faillite. Mais c'était quand même une bonne idée. Le vêtement, c'est important! »

Michel Chartrand

Michel Chartrand s'est lié à des chefs de file du mouvement coopératif au Québec, par exemple le père Georges-Henri Lévesque au moment de la fondation du Conseil supérieur de la coopération en 1939, aujourd'hui le Conseil de la coopération du Québec.

« J'ai aussi côtoyé Alfred Rouleau qui venait acheter des habits à la coopérative et que j'avais connu dans les Jeunesses indépendantes catholiques. Par la suite, il est devenu président du Mouvement Desjardins », précise M. Chartrand.

C'est avec Alfred Rouleau que Michel Chartrand a parcouru le Québec afin de promouvoir la coopération avec le mouvement Maître chez nous. La revue Profil avait demandé à M. Chartrand ce que lui et M. Rouleau racontaient aux gens qu'ils rencontraient dans leur tournée du Québec.

« Qu'il faut contrôler nos affaires, j'veux dire! Il faut contrôler notre argent, d'autant plus qu'on n'en a pas beaucoup. Fonder une coopérative, c'est savoir qu'on ne se fait pas avoir; me semble que ça fait partie du respect humain. »

« Pour moi, c'est la seule façon de transiger humainement. Pour ne pas exploiter l'autre. » — Michel Chartrand sur le lien entre la justice sociale et le mouvement coopératif

Michel Chartrand a aussi participé à l'ouverture du premier supermarché coopératif d'alimentation Cooprix à Montréal. Il était alors président du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal (CCSNM).

« Au début, c'était un tout petit magasin d'alimentation, racontait M. Chartrand à la revue Profil en 2004. Puis on a fondé d'autres coopératives d'alimentation un peu partout. Dans les années 80 notre fournisseur, la Fédération des magasins Coop a fait faillite et les coopératives ont fermé. On avait une belle formule puis on ne l'a pas gardée. »

« Je peux pas croire qu'on a perdu au Québec le contrôle de notre alimentation : on a tout vendu nos commerces d'épicerie au Québec [...] Les Canadiens français ne sont pas persévérants en affaires. Ils vendent quand ils ont leur prix. Puis après, on laisse les autres décider de ce qu'on va manger puis porter. » — Michel Chartrand, dans la revue Profil, 2004