La grève des 5000 travailleurs de l'amiante à Thetford Mines et Asbestos en 1949 montre à quel point l'allergie à l'injustice est grande chez Michel Chartrand.
Ce conflit de travail éclate durant la période de l'histoire du Québec appelée la grande noirceur, qui sera suivie par ce qu'on appellera la Révolution tranquille.
Michel Chartrand venu encourager des travailleurs qui protestaient contre quatre projets de loi en 2003
Les dents de lait du syndicalisme au Québec commencent alors à se transformer en crocs acérés. L'objectif: s'attaquer aux politiques autoritaires, conservatrices, patronales et répressives du régime de l'Union nationale de Maurice Duplessis.
Michel Chartrand ira rencontrer les grévistes sur les piquets à Asbestos, à la demande de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC). C'est à ce moment-là que commence sa longue carrière de syndicaliste.
« Moi, je suis humilié depuis la grève à Asbestos en 1949, dans mon pays. J'ai vu des travailleurs dans la colonisation, sous Duplessis, j'ai vu des ouvriers de Montréal mourir dans les chantiers de la colonisation. Je suis insulté depuis ce temps-là. »
Arrestations et procès
Michel Chartrand deviendra ensuite organisateur de la Fédération nationale du vêtement et agent d'affaires pour le Conseil central de Shawinigan, pour le Syndicat de Rubin à Sherbrooke, puis pour le Syndicat du commerce.
En 1952, Michel Chartrand est arrêté plusieurs fois et il subit plusieurs procès, après ses interventions dans la grève à l'Alcan de Shawinigan, la mobilisation du personnel ouvrier de la Wabasso et la grève contre Dupuis Frères.
Membre fondateur du Syndicat des permanents de la CTCC, Michel Chartrand est élu membre du premier bureau de ce syndicat, qui l'embauche comme propagandiste en 1953.
Deux ans plus tard, en 1955, on retrouve M. Chartrand au poste de conseiller technique au Conseil central de Shawinigan. Il est de toutes les nombreuses grèves qui perturbent la région et est incarcéré sept fois. Il anime une série de tribunes téléphoniques à la radio dans la région de la Mauricie. Il devient ensuite responsable de l'éducation syndicale pour les Métallos de la FTQ à Rouyn-Noranda.
En 1957, il participe à la grève des travailleurs de l'Alcan à Arvida. M. Chartrand revient au Syndicat des travailleuses et travailleurs de Dupuis Frères à Montréal comme agent d'affaires.
Le 11 mars, c'est le début de la grève de six mois des travailleurs de la Gaspé Copper Mines (Noranda) à Murdochville. Ils sont membres des Métallurgistes unis d'Amérique (FTQ), un syndicat rival à la CTCC.
Michel Chartrand se rend à Murdochville durant ses vacances afin d'appuyer les grévistes. Il participe à une trentaine d'assemblées syndicales pour parler des conditions de travail et de la compagnie. Il fait une série d'émissions radiophoniques à Matane et à New Carlisle.
Son travail auprès d'un syndicat rival lui vaudra d'être congédié par la CTCC à son retour de Murdochville.
Un retour fracassant
Michel Chartrand fait un retour au syndicalisme en 1968, après une absence de près de dix ans. C'est Florent Audette, le directeur général du syndicat de la construction de Montréal (CSN), qui l'embauche. M. Chartrand sera responsable de l'éducation syndicale et de la santé et la sécurité au travail.
Durant une assemblée générale des délégués du conseil central de Montréal, Michel Chartrand est élu président du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal (CCSNM).
Michel Chartrand est aussi président de la Caisse populaire des syndicats nationaux.
Un adepte passionné du coopératisme depuis toujours, Michel Chartrand appuie le journal Québec-Presse, fondé par des militants de groupes syndicaux et coopératifs.
Le CCSNM regroupe 60 000 membres, tous affiliés à la CSN. M. Chartrand occupera la présidence du CCSNM durant dix tumultueuses années. Il ne posera pas sa candidature pour un autre mandat au congrès de 1978.
Peu de temps après, il quitte aussi la présidence de la Caisse populaire des syndicaux nationaux de Montréal. Durant sa présidence, l'actif de la Caisse passe d'environ 1,6 million à 40 millions de dollars.
Les lois à portée sociale dans l'oeil de Chartrand
Michel Chartrand, comme président du CCSNM, se fixe l'objectif de mobiliser tous les militants, autant du mouvement syndical que des groupes populaires. Pour y arriver, il demande au CCSNM de mettre sur pied un service-conseil pour l'application des diverses lois à portée sociale, notamment celles sur l'assurance-chômage, l'assistance sociale, les accidents du travail, l'assurance maladie.
Toujours à l'initiative de Michel Chartrand, à la suite de demandes répétées d'associations de locataires de Montréal, le CCSNM met sur pied un service d'aide et d'information sur les droits des locataires.
Cette initiative jettera les bases du concept du bail type tel qu'on le connaît aujourd'hui. Et par la suite, sous les pressions du CCSNM, la date de fin des baux passera du 1er mai au 1er juillet.
D'autres luttes avant le retrait
En 1972, Michel Chartrand participe à toute une série de manifestations des employés des services publics du Québec.
La grève générale, déclenchée par le Front commun intersyndical, mène à l'emprisonnement des chefs syndicaux Marcel Pepin de la CSN, Louis Laberge de la FTQ et Yvon Charbonneau de la Corporation des enseignants du Québec (CEQ).
Michel Chartrand est au nombre des organisateurs de la grande manifestation du 1er mai, qui réunit 30 000 personnes pour demander la libération des 3 présidents.
Lors du 15e congrès annuel du CCSNM, M. Chartrand convainc les membres d'adopter l'idée d'une participation à l'organisation du Congrès international de solidarité ouvrière (CISO).
Des délégués du Québec, des pays arabes, de l'Amérique latine, des Caraïbes et d'Afrique du Nord, du Sud et de l'Ouest participeront par centaines à ce congrès que Michel Chartrand présidera en juin 1975 à Montréal.
Le 23 avril, M. Chartrand prendra part à un nouveau débrayage du Front commun, malgré une loi spéciale. Au moins 20 000 travailleurs du secteur privé débrayent en appui aux employés du secteur public.
Quelques mois plus tard, le 14 octobre, c'est le 6e anniversaire de la Loi des mesures de guerre.
Michel Chartrand participe alors à une journée de protestation contre les mesures Trudeau. C'est la première grève générale au Canada: 1,2 million de travailleurs débrayent contre le gel des salaires imposé par Ottawa.
Le retrait, mais pas la retraite
Au congrès de 1978 du CCSNM, Michel Chartrand ne sollicite pas un nouveau mandat à la présidence. Il poursuit tout de même son offensive contre le projet de loi 17 sur la santé et la sécurité au travail, s'opposant du même coup à Louis Laberge, président de la FTQ et membre du conseil d'administration de la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST).
Quelques années plus tard, en février 1983, Michel Chartrand met sur pied la Fondation pour l'aide aux travailleuses et travailleurs accidentés (FATA). Il défend personnellement les dossiers des accidentés, comme procureur syndical, devant la CSST et la Commission d'appel en matière de lésions professionnelles (CALP).
M. Chartrand milite pour le revenu de citoyenneté garanti chaque fois qu'il est invité à donner des conférences par des groupes populaires et syndicaux, autant par des étudiants et des associations professionnelles.
Sa carte de visite n'est pas banale. Syndicaliste, militant anti-pauvreté et conférencier, c'est ainsi qu'il se présente lorsqu'il publie en 1990 avec Michel Bernard le Manifeste pour un revenu de citoyenneté.